‹ Journal d'un bourgeois de Caen, 1652-1733Chapitre 9 sur 11 · ADDENDA · texte numérisé non relu

ADDENDA

iPaits a»nis éiaws Me pjfoumai rl'tfft JBauÈ^aeai» éie Vaew*

Établissement des nouvelles converties ou nouvelles catholiques, pour servir d'asile aux jeunes filles de famille protestante, disposées à abjurer contre le vœu de leurs parents.

Arrêt du parlement de Rouen qui défend aux proleslanls de Caen de faire porter les coins du drap de leurs morts, de se servir d'un drap blanc aux funérailles de leurs jeunes filles et d'orner le cercueil de couronnes de romarin, ou de faire tenir à la main des couronnes semblables par les filles qui le portent.

Voici à quelle occasion cet arrêt est rendu : Pierre de Baillehache de Beaumonl, ministre à Caen, venait de perdre sa fille, âgée de seize ans ; il la fit inhumer avec la pompe accoutumée. Des couronnes furent attachées au

cercueil, et quatre jeunes tilles, portant en leurs mains des branches de romarin, soutenaient les extrémités du poêlemais les curés de Saint-Pierre et de Saint-Jean, indignés d'un tel spectacle, léclaraèrent devant le juge. De Baillehache, accusé de malversation, fut condamné par le baillage de Caen. Il en appela au parlement de Normandie, espérant y trouver plus de sympathies et plus d'égards. L'avocat du curé de Saint-Pierre osa reprocher à la famille désolée d'avoir marché comme en triomphe dans la ville de Caen, et d'avoir prétendu aller de pair avec les catholiques. ' Voire entreprise, dit-il, a blessé les yeux du public. Il n'appartient point à ceux de la religion prétendue réformée de faire aucune pompe ni cérémonie dans leurs enterrements , cet honneur étant réservé à ceux qui professent la religion du prince. Il ne peut y avoir ni égalité, ni commerce entre les deux religions : la religion catholique étant maîtresse et dominante, doit avoir tous les avantages. La prétendue réformée doit demeurer dans l'abaissement, dans le silence et dans l'obscurité; il n'est pas juste que la servante se pare des mômes ornements que la maîtresse. » Le parlement, partageant de telles idées, confirma la sentence des premie;s juges. Les deux cents premières pages du tome VI de l'Histoire du parlement de Normandie, par le savant IVÎ. Floquet, sont remplies d'anecdoctes du même genre. Ces persécutions contre les prolestdAtsfont présager la révocatioîi de l'édit de Nantes.

Fondation du couvent de Notrc-Dame-de-la-Charilé pour les filles repenties.

Recherches de la noblesse de Normandie, faites par ordre du Roi. par de La Galissonnière, de Charaillard et de Marie, intendants des généralités de Rouen, Caen et Alençon.

16 mai 1667.

Mort du célèbre orientaliste Samuel Bochart, à l'âge de 68 ans; il fut frappé d'apoplexie au milieu d'une séance de l'Académie des belles lettres de Caen, dans le feu d'une discussion au sujet de l'origine de quelques médailles espagnoles. Il fut saisi d'une soudaine angoisse, qui ne lui laissa que le temps de s'écrier : Mon Dieu ! ayez pitié de moi! et le priva de la parole et de la connaissance. Les académiciens consternés le transportèrent dans une chambre voisine, où il mourut au bout d'une demi-heure, après avoir une seule fois ouvert les yeux et paru annoncer par un signe qu'il se joignait aux prières qu'offrait pour lui le pasteur Morin. Le lieu et les circonstances de ce triste événement donnèrent occasion au poète Moysant de Brieux de dire dans son épitaphe :

Musarum in gremio leneris qui vixit ab annis, Musarum in gremio debuit ille mori.

C'est à Cormelles, à une demi-lieue de Caen, que furent déposés les restes mortels de Bochart, dans un bosquet attenant à l'habitation de M. de Colleville, son gendre, et alors consacré à la sépulture de la famille, qui possédait dans ce lieu un château et des terres. Le cours du temps a transformé l'endroit en un petit champ, que les habitants du village nomment tantôt le Clos-du-Pavillon, tantôt lo Cimclière des

Protestants : les travaux champêtres y ont épargné un seul tertre, sous lequel, d'après la tradition, reposent les cendres de ce grand homme. {Recherches sur la vie et les ouvrages de Samuel Bochart, par E.-H. Smith, Caen^ 183e, in-8»,)

14 septembre 1671,

Le sieur François Mauduit, prédicateur des controverses en l'église Notre-Dame de Caen, a fait imprimer et distribuer dans le public une lettre, en forme d'avis, adressée à messieurs de la religion prétendue réformée de Caen , ensuite du prêche fait par M' Du Bosc leur ministre, le mardi 8 septembre 1671. Cet imprimé, in-k", contient 10 pages (1;.

Fondation de l'hôpital Saint-Louis.

(1) Les passages en italique appartiennent à un cahier annexé à notre journal.

Pierre ïhomine Du Bosc, né à Bayeux en 1619 ou 1623, mort en 1692, à Rotterdam où il s'était réfugié après la révocation de Tédit de Nantes. Député en 1668 pour faire des remontrances sur un édit de Louis XIV contre les calvinistes, ce prince dit, après l'audience : « Je viens d'entendre le plus beau parleur de mon royaume. » On a de Du Bosc : 1" des sermons, Rotterdam, 1692 et 1701, 4 vol. in-8"; 2" des lettres, avec sa vie, par Philippe Legendre, son gendre, 1694, in-S**, réimprimées en 1716, in-S*.

Plantation du Petit-Cours.

13 Février 1676.

La nef de Véglise cathédrale de Bayeux a été totalement

brûlée.

Redressement de la rivière d'Orne, depuis les carrières de Ranville jusqu'au moulin de Glopée, sous la direction de Vauban.

19 Décembre 1684.

Le procureur général et l'intendant de Caen font décréter de comparance personnelle les ministres protestants, pour n'avoir pas voulu produire les registres des donations faites à leur église, et celui des personnes qui avaient quitté la religion» catholique.

29 Janvier 1685.

A partir du 13 novembre précédent, jusqu'à ce jour, la mer gela sur les côtes jusqu'à deux lieues de ses bords, ce qui empêcha les navires d'approcher pendant la plus grande partie de ce temps.

ISjuin 1685.

On a commencé la démolition du prêche des huguenots en la ville de Saint- Lo.

Les temples de Bouen, Caen et Saint- Lo ont été démolis pour contravention aux édits, par arrêt du parlement de Normandie (1).

Et par celui du conseil d'état du 9 juillet 1685. Les matériaux de ces temples ont été adjugés aux hôpitaux desdits lieux (2).

2 octobre 1685.

Louis-le-Grand a révoqué Védit de Nantes, qui avait établi la liberté de conscience, et a fait détruire le temple de Charenton, par les soins des sieurs De La Mare, Le Page et Labbé, commissaires au Châtelel, qui, en moins de six jours, firent raser cet édifice sans en laisser aucun vestige. Ainsi , par la piété de ce monarque, Vhérésie a été entièrement détruite (3).

(1) En date du 6 juin.

(2) L'hôpital St-Louis fut en partie construit avec les matériaux du temple de Caen. « Le prêche de Caen tomba en dubris au bruit des trompettes, des fanfares et des cris de joie de la foule. Les magistrats du lieu y avaient voulu mettre cette démonstration solennelle. Le peuple, entrant dans ces sentiments A sa manière, déterrait les morts dans le cimetière, se jetait leurs ossements, et, avec leurs têtes, jouait à la boule. » (Floquet, Histoire du parlement de Normandie, t. VI, p. 135.)

(3) L'hérésie ne fut nullement détruite ; mais les persécutions

Octobre 1688.

Vive alarme sur toute la côte de la Basse-Normandie à l'occasion de l'apparition d'une grande flotte du prince d'Orange. On démolit les fortifications de Cherbourg et on transporte à Caen les canons et la poudre de cette ville. La noblesse de Caen et une partie des bourgeois s'étant portés sur Cherbourg, le peuple profite de leur absence pour se jeter sur les protestants (1;. Le gouverneur, M. de la Croisette, est obligé de se mettre à la tête de la garnison pour réprimer le désordre.

La flotte du prince d'Orange était celle qu'il avait équipée pour usurper la couronne d'Angleterre.

contre les protestants devinrent odieuses. A Gaeo, on envoya loger chez eux et à leurs frais seize cents soldats ; on en envoya huit cents à Bayeux. Les priïicipaux religionnaires furent exilés dans des abbayes ; leurs filles furent enfermées dans des couvents, et on prit sur ies revenus de leurs parents le montant des pensions dans ces communautés. On laissa sans sépulture les corps de ceux qui refusaient d'abjurer au lit de mort, et le manque de respect pour leurs restes fut poussé à ce point qu'on jeta leurs cadavres à la voirie. Le souvenir d'un grand nom n'eût même pas été un égide contre la persécution. On raconte que les descendants de Bochart s'eritendirent avec le curé de St-Pierre pour feindre que sa veuve avait changé de religion ; en sorte que la même populace, qui aurait ignominieusement insulté sa dépouille mortelle, la porta en triomphe avec enthousiasme. Elle fut enterrée dans le chœur de l'église Sl-Pierre, où l'on n'inhumait que les prêtres et les personnages marquants. '

(1) « Au commencement du mois d'octobre , Mg' de Matignon , goqyerneur de Cherbourg , fit détacher huit c€nls bour-

24 juillet 1690.

Le roi Jacques H, après l'expédilion d'Irlande, vint à Caen, avec une suite peu nombreuse. A son arrivée à la

geois de la ville de Bayeux et des autres les plus voisines, à proportion de ce qu'elles en contenaient, pour aller faire garde a Cherbourg et à Carentan, parce qu'on soupçonnait que le prince d'Orange avait dessein de faire une descente dans celle Province pour y taire quelques ravages. U obligea les gentilshommes d'y aller aussi, et les paysans de faire garde sur le bord de la mer; et. les bourgeois ne furent pas deux jours sortis de la ville qu'un bruit se répandit partout que les huguenots voulaient mettre tout à leu et à sang, et que le prince d'Orange n'était pas éloigné de la ville : ce qui causa tant de trouble qu'un chacun dans la ville criait au feu, aux armes, l'ennemi est au Bourg-l'Abbé qui met tout à feu et à sang. On voyait de tous les villages un grand nombre de personnes apporter dans la ville ce qu'ils avaient de meilleur et de plus considérable, en pleurant et en gémissant comme désespérés : on voyait toutes sortes de gens, de l'un et l'autre sexe, les uns l'épée à la main, les autres des broches de cuisine, tellement animés contre les hérétiques qu'ils en frappèrent un nombre assez considérable, les regardant comme la cause de tout le trouble, et les eussent mêmes égorgés si l'on n'y avait prêté la main. Tout cela n'était qu'une fausse alarme, qui donna néanmoins bien de ''épouvante dans tout le pays. »

(Martyrologe de la Charité de St-Nicolas.)

(Note communiquée par M. GS. Treiutien.)

M. Gervais, dans un excellent article sur V Eglise Saint-ISicolas de Caen, inséré dans le t. XIV des Mémoires de la société des Ârvtiquaires de Normandie, dit, p. 386, que « celte panique coûta

porte de Bayeux, on lui présenta dans un plat d'argent les clés et la bourse de la ville, sur lesquels il mit la raain en souriant. H dîna à l'intendance et partit ensuite pour Ponl- Audemer. Il avait couche la veille au château de Thorigny.

24 avril 1692.

Nouveau voyage du roi Jacques dans la Basse-Normandie; à Caen, il lefuse tout cérémonial d'entrée, et va coucher à l'évêché. Le lendemain il part pour Bayeux^ après avoir visité les Jésuites et l'Abbaye-aux-Hommes.

20 juin 1G92.

Le roi d'Angleterre passe de nouveau par Caen, après le combat de la Hougue.

Premières fouilles exécutées sur l'emplacement romain de Vieux, par les soins de l'intendant Foucault.

Démolition du pilori anciennement existant vers le railieu de la place du marché.

la vie à plusieurs proleslanls, qui périrent victimes de l'irrilaiion qu'elle occasionnaîi. » Nous n'avons pas vu le document où il a puisé ce fait.

Construction des bâtiments de l'Université.

16 mars 1718.

On affiche dans les rues de Caen une ordonnance du bailliage criminel dont voici la teneur :,

Devant Nous Jean-Léonord le Gardeur, Ecuyerj

Conseiller du Roiy Lieutenant-Général

Criminel au Bailliage et Siège

Présidial de Caena

Vu la requête à nous présentée par Pierre du Chesne, fermierfgénéral des biens des religionnaires, saisis ou confisqués pour fait de religion dans l'étendue du royaume, poursuite et diligence de maître Jean Chesnefront,son procureur substitué en la généralité de Caen ; expositive que par la déclaration du Roi, du dix-neuf novembre mil six cent quatre-vingt, Sa Majesté veut que messieurs les juges qui auront avis des maladies de ceux de la religion prétendue réformée, et qui seront en danger de mourir, soient tenus de se transporter vers lesdits malades, assistés des procureurs du Roi, ou des procureurs fiscaux des lieux, et de deux témoins, pour recevoir les déclarations desdits malades, et savoir d'eux s'ils veulent mourir dans ladite religion prétendue réformée; que par autre déclaration du treize décembre mil six cent quatre-vingt-dix-huit, article douze, il est enjoint aux médecins, et à leurs défauts aux apothicaires et chirurgiens qui seront appelés pour visiter les malades, entre autres ceux de la religion prétendue réformée, d'en donner avis à messieurs les curéi des paroisses dans lesquelles il demeurent, aussitôt que la maladie pourrait

être dangereuse ; comme aussi aux parents, serviteurs, et autres personnes étant auprès desdits malades, de faire entrer auprès d'eux lesdils curés, et les recevoir avec tout le respect dû à leur caractère, à peine d'amende, et d'interdiction en cas de récidive; que> par un abus ou par une néglig^ence, les uns ni les autres, jusqu'à présent, n'ont fait aucun état d'exécuter à cet égard les intentions de Sa Majesté, de sorte qu'il est mort et qu'il meurt encore tous les joup« différents particuliers de ladite religion prétendue réformée dans leurs erreurs, faute d'avoir reçu desdits sieurs curés ou prêtres, les exhortations et secours spirituels dans leurs maladies, que l'on affecte de tenir secrètes, de même que leurs décès; quoique lesdits sieurs curés, vicaires ou prêtres soient également tenus de donner avis à messieurs les juges du refus que feront lesdits malades de se convertir, pour y être pourvu aux termes des déclarations des vingt-neuf avril mil six cent quatre-vingt-six et huit mars mil sept cent quinze. Et comme de pareilles négligences intéressent uniquement la vraie religion, pour le soutien de laquelle le feu roi Louis XIV, de glorieuse mémoire, a pris toutes les précautions que son zèle lui avait inspirées pour détruire l'hérésie, en imposant, par différentes déclarations, des peines corporelles, avec confiscation de biens contre ceux qui meurent dans ladite religion prétendue réformée, soit qu'ils l'aient abjurée ou non ; le suppliant est obligé de requérir à ce qu'il nous plaise voir les déclarations du Roi attachées à ladite requête des dixneuf novembre mil six cent quatre-vingt, vingt-neuf avril rail six cent quatre-vingt-six, treize décembre mil six cent quatre-vingt-dix-huit et huit mars mil sept cent quinze, et en conséquence enjoindre à tous médecins, et à leur défaut aux apothicaires et chirurgiens qui seront appelés pour visiter les malades de la religion prétendue réformée, soit qu'ils aient fait abjuration ou non, de donner avis de la maladie, lorsqu'elle sera dangereuse, aux sieurs curés,

vicaires ou prêtres de leur paroisse, même aux parents, serviteurs et autres étant près desdils malades de faire entrer auprès d'eux lesdils curés, vicaires ou prêtres pour les exhorter à se convertir, et en cas qu'ils refusent de le faire, et que lesdits malades déclarent vouloir mourir dans leurs erreurs, lesdits sieurs curés, vicaires ou prêtres soient tenus sur-le-champ de nous en donner avis, afin de nous transporter chez lesdils malades avec lesdils sieurs curés ou prêtres, le procureur du Roi et autres témoins pour recevoir les déclarations desdils malades et être pourvu aux termes des règlements, à peine contre lesdils médecins, parents et serviteurs de deux cents livres d'amende pour la première fois, et d'interdiction en cas de récidive, et afin que personne n'en prétende cause d'ignorance, permettre au suppliant de faire lire, publier et afficher la sentence qui interviendra partout où besoin sera, répondue de notre ordonnance, d'être communiquée au procureur du Roi, du neuf de ce mois: conclusion de l'avocat du Roi pour son procureur, du onze. Vu ladite requête, ensemble les déclarations du Roi des dix-neuf novembre mil six cent quatre-vingt, vingt-neuf avril mil six cent quatre-vingtsix, treize décembre mil six cent quatre-vingt-dix-huit et huit mars mil sept cent quinze, notre ordonnance étant au bas de ladite requête, d'être communiquée au procureur du Roi, du neuf de ce mois. Conclusion du procureur du Roi par son avocat, du onze. Tout considéré , nous avons ordonné que les déclarations du Roi seront exécutées selon leur forme et teneur ; ce faisant, enjoint à tous médecins, chirurgiens, apoihicaires et autres qui seront appelés pour visiter les malades de la religion prétendue réformée, soit qu'ils aient fait abjuration ou non, de donner avis de la maladie, lorsqu'elle sera dangereuse, aux sieurs curés, vicaires ou prêtres des paroisses de leur résidence, à peine de cent livres d'amende, et d'interdiction en cas de récidive. Enjoignons aux sieurs curés, vicaires et autres prêtres

faisant les fonctions curialcs, sur Tavis qui leur en sera (îonné, de se trcnsporte; ch(?z lesdiîs mrJades pour les exhorter et faire las autres devoirs de u jr minstère, peur recevoir les sacrements» do l'église et eo cas de refus par les malades de recevoir les sacrements de l'église, et qu'ils leur auront déclaré qu'ils veulent mourir dans la religion prétendue réformée, de nous en donner incessamment avis, el au procureur du Roi, aux fins de recevoir la déclaration des malades, sous les peines au cas appartenant, et seront tenus les parents, serviteurs, domestiques et autres personnes étant auprès desdits malades, de faire entrer auprès d'iceux les sieurs curés, \icaires ou prêtres faisant les fonctions de curés, et de les recevoir avec la bienséance convenable à leur caractère, aux fins d'exhorter lesdits malades à se convertir, à peine de cent livres d'amende, et sera la présente sentence lue, publias et affichée par tout où il appartiendra. Si donnons en mandement au premier huissier ou sergent royal dudit bailliage, sur ce requis, la présente exécuter, instance dudit sieur du Chesne. Donné à Caen, en la chambre criminelle dudit bailliage, le mercredi seize mars milsept cent dix-huit. La minute signée du juge, sur laquelle est écrit : reçu, pour le garde minute, un sol huit deniers. Ce vingt-un mars rail sept cent dix-huit.

Signé: FÉLIX.

Scellé à Caen, ce vingt-deux mars mil sept cent dix-huit. Reçu quinze sols.

Signé : Mallegot.

DUQUESNEY, greffier.

Lettres de privilèges du grand écuyer de France, Charles de Lorraine, qui autorisent la fondation de l'académie

d'équitation de Gaen^ pour l'éducation de la jeune noblesse française et étrangère.

Fondation du Bon-Sauveur, appelé d'abord le petit couyent. Les religieuses s'établissent dans les carrières de Vaucelles, rue du Four, sous la direction d'Anne le Roi leur fondatrice et leur première supérieure.

13 et 14 septembre 1733.

Exorcismes des demoiselles de Léaupartie dans la commune de Landes.

Le curé Ueurtin, pourvu de la cure de Landes le 6 février 1723, avait été chargé de la direction spirituelle des trois filles de M. Levaillant de Léaupartie, seigneur de la paroisse. Elles ne tardèrent pas, ainsi que quelques autres femmes, à passer pour possédées ; elles faisaient des choâes extraordinaires qui en, imposèrent pendant longtemps à la foule et à la plupart des ecclésiastiques; l'évêque lui-même fut, pendant longtemps, dupe de ces jongleries. On finit par envoyer l'abbé Heurtin à l'abbaye de Belle-Étoile; il fut ensuite exilé à Barbeville chez le curé qui était son neveu, et y mourut, en 1757, dans un âge assez avancé. Ses pénitentes, séparées les unes des autres, mises dans des couvents, sous la conduite de femmes douces et sages, soumises surtout à un régime raffraîchissant, eurent bientôt recouvré le bon sens, le calme et la santé. La possession des filles de Landes est la dernière affaire de ce genre qui, dans notre pays, ait occupé l'attention publique. Le ridicule la termina : un demi-siècle plus tôt, elle eût pu conduire plu-

sieurs personnes à Téchafaud. On a publié un grand nombre de mémoires pour et contre la possession des filles de Landes (1).

(1) Mémoire sur la prétendue pissession des demoiselles f' ' Léaupartie, par M. l'abbé Forcé, chanoine honoraire du S inl- Sépulchrc, Csen, 1733, in-4". — Mémoire justificaiif de laposses~ sien de huit personnes de la paroisse de Landes, diocèse de Bayeux, 1735, in-4". — Examen de la prétendue possession des filles de Landes, Antioche, 1737, {0-4'. — Journal de la possession ou obsession de demoiselle Claudine-Françoise Levaillant de Léaupartie. — Le pour et le contre de la possession des filles de la paroisse de Landes, diocèse de Bayeux, à Antioche, chez les héritiers de la bonne foy, à la vérité, 1738, in-8°.

La bibliothèque de Caen possède, outre le recueil de ces mémoires, un manuscrit in-4° intitulé : Relation des exorcismes faits à Landes en 1733 , et des iVofes critiques du P. André, ami du médecin Larchevêque, qui fut le praticien qui contribua le plus à faire découvrir les fourberies du curé Heurlin. (Voir sur Larchevêque les notices, p. 258 et 362, dans le t. !«' du P. André, par A. Charma et G. Mancel.)

lEattraits fies Jftéwnaires' tte

Au commencement de cette année, M. de Croissy a demandé pour moi au Roi l'ambassade de Constantinople, qui vaquait par la mort de M. Girardin ; mais Sa Majesté l'a refusée, disant que je lui étais nécessaire dans les proYinces de son royaume.

J'étais intendant en Poitou, où ayant reçu plusieurs dégoiits de la part de M. de LouTois, qui était ennemi déclaré de tous les amis de M. tolbert et de ceux qui étaient attachés à sa famille, je priai M. Seignelay de me tirer de cette province. Ha obtenu du Roi de m'envoyer à Caen.

Le 25 janvier, il m'a expédié une commission d'intendant dans celte généralité, à la place de M. de Gourgucs(l).

Le 2 février, M. de Louvois m'a écrit que le Roi avait nommé M. de Ribeire pour me remplacer en Poitou, et qu'après l'avoir informé de l'état des affaires de cette province j'irais prendre posseasiou de l'emploi que Sa Majesté m'a accordé.

Le 7 mars, je suis arrivé à Caen. M. de Gourgues, mon prédécesseur, m'y attendait chez M. l éyèque de Bayeux. Comme il voulait partir le lendemain pour Paris, il était

(1) Armand-Jacques, marquis de Gourgues, né le 8 mars 1G43, intendant de la généralité de Caen, en 168G , mort le 5 mars

fort impatient de mon arrivée. Nous eûmes le soir une conférence d'un quart d'heure, et le lendemain nous la reprîmes pendant une heure assez superficiellement sur les affaires de la généralité. M. de Gourgues n'a pas réussi dans cette intendance.

Le 28 mars, j'ai mandé à M. de Châteauneuf que la demande que les échevins de Gaen faisaient au Roi , de la maison du sieur de Brieu (1), religionnaire, pour en faire un hôtel-de- ville, me paraissait favorable, n'y ayant point de lieu à Caen pour tenir les assemblées publiques. Ce M. de Brieu était ministre à Caen, et avait épousé la fille de Du Bosc (2), fameux ministre de la même ville. Ils ont tous deux passé en Hollande avec leurs familles. Brieu a laissé à Caen un frère qui a plus de cinquante mille écus de bien. La maison que demandaient les échevin,? vaut quinze mille livres et était louée trois cent cinquante livres.

Sur la fin de mars, ayant été averti que les religionnaires du côté d'Athis et de Condé-sur-Noireau, qui sont près de trois mille dans l'espace de cinq à six lieues, s'assemblaient au nombre de deux cents, trois cents et jusques à quatre cents, j'ai proposé à M. ùq Louvois d'envoyer une compagnie de dragons pour les contenir, et j'ai fait arrêter trois personnes accusées d'avoir prêché dans ces assemblées. J'ai envoyé les dragons dissiper ces assemblées ; ils leur ont donné l'épouvante, et cela n'a pas eu de suites.

En ce même mois, M. de Louvois m'a envoyé un mémoire qui lut avait été adressé sur la conduite de MM. le

(ij Cet hôtel, aujourd'hui la Bourse, ne fut acheté définitivement par la ville qu'en 1733.

(2) Voir p. 380. Le ministre Moisant de Brieux était le fils du poète latin Jacqaes Moisant.

comte de Fères et. de La Forest; frères, surtout par rapport à la religion. Je lui ai mandé qu'ils étaient tous trois fort zélés pour la religion prétendue réformée, cl même dangereux ; que le comte de Fères avait été mis à la Bastille, s'étant trouvé impliqué dans l'affaire du chevalier de Rohan (1), et que, faute de preuves suffisantes, il avait été mis en liberté; qu'un de MM. de La Forest avait été mis au château de Caen pour fait de religion, et que j'estimais qu'il était à propos de les éloigner de la province.

Le même mois, M. de Louvois m'a envoyé deux lettres; l'une prétendue écrite par le sieur de Bellefontaine, gentilhomme demeurant à Bayeux, nouveau converti, à la femme du nommé Yve, orfèvre de Caen, par laquelle il lui mande qu'elle prenne courage, et que le prince d'Orange vengera dans peu les religionnaires des tyrannies qu'on leur fait ici ; et l'autre adressée à M. l'archevêque de Paris par le nommé Montagny, qui lui envoie la lettre dudit Bellefontaine.

J'ai été commis, par arrêt du conseil, pour faire le procès aux auteurs de ces lettres.

Le 14 août, j'ai proposé à M. de Chaleauneuf de donner aux filles de la Providence, établies à Ducé, la maison où se tenait le prêche ; ce qui leur a été accordé.

(1) Le chevalier de Rohan-Guéménô, homme perdu Me dettes et de débauche, qui pendant quelque temps avait brillé à la cour et s'était fait remarquer au jeu du Roi par ses prodigalités, s'était fait donner de l'argent pour livrer aux Hollandais ou Quillebeuf ou Honfleur, dont il se disait maître. Il fut arrêté, avec ses complices, et exécuté le 27 novembre 1694. Le chevalier de Rohan est le seul exemple d'un grand seigneur exéculé, pour crime d'étal, pendant un règne aussi long que celui de Louis XIV.

J'ai éié commis, par ariêl du conseil, pour iustruire el juger au présidial de Caen le procès du nommé La Reigle, accusé d'avoir passé des religionnaires aux îles de Jersey et de Guernesey. Il s'est trouvé encore convaincu d'avoir étranglé, dans un grand chemin, un homme d'affaires de M. Pellot, et de l'avoir volé. Il a été condamné à être roué, le 3 février 1689 (a), et a reconnu ses crimes.

La dame de Branay, veuve d'un gentilhomme de Caen, et fort attachée au calvinisme, avait une fille t^ès belle que je fis mettre aux nouvelles catholiques, et un fils que je fis entrer aux mousquetaires. La mère ayant la liberté de voir quelquefois sa fille, l'empêchait de se convertir, ce qui m'obligea de faire venir un ordre du Roi pour faire aller la demoiselle à Paris et la faire entrer dans la maison des nouvelles catholiques. Elle se convertit, et, paraissant accomplir un devoir, elle me pria de la laisser aller chez sa mère, qu'elle espérait faire rentrer dans la bonne voie ; mais, par faiblesse ou par crainte, la fille se pervertit. Sur l'avis que j'en eus, j'envoyai un archer de la prévôté pour la ramener à Caen. Elle se cacha entre deux matelats d'un lit où elle fut trouvée. On la reconduisit dans la maison des nouvelles converties de Caen. Peu de temps après, j'allai à Paris, où je reçus une lettre d'elle, par laquelle elle me priait de faire en sorte que sa mère ne la vît plus, parce qu'elle ne se sentait pas assez de forces pour résister à ses pressantes sollicitations. J'écrivis à la supérieure des nouvelles catholiques que j'apprenais que madame de Branay abusait de la liberté qu'elle lui donnait de voir sa fille et

io] Cet article est de l'annexe 1690.

qae, ciaignaat quelle ne la pervertît une seconde fois, je jugeais à propos qu'on ne lui permît plus de la voir. Lorsque je fus de retour à Caen, je trouvai la fille si confirmée dans les sentiments qu'elle avait pris pour la religion catholique, qu'elle était l'exemple des plus zélées des nouvelles converties, en sorte qu'au bout d'un mois elle me demanda la permission d'entrer dans le couvent des Carmélites. Je lui dis qu'il devait lui suffire, quant à présent, d'être bonne catholique, et qu'il ne fallait pas aller à pas de géant dans une pareille affaire. Trois mois après, elle me fit de nouvelles instances pour entrer au\ Carmélites ; je lui demandai encore six mois : enfin, cela fut conduit par des remises successives jusques à une année, que je ne i>us lui refuser de suivre sa vocation, à condition néanmoins qu'on ferait de nouvelles épreuves avant que de prendre l'habit. M. l'évêque de Bayeux et ce qu'il y avait de plus habiles missionnaires la virent pendant ce temps, et me rendirent de si bons témoignages de la solidité et des motifs de sa vocation que je consentis qu'elle prît l'habit. Pour n'avoir rien à me reprocher, je voulus encore qu'elle fît un noviciat de vingt-huit mois. Ce noviciat terminé, la voyant plus résolue et plus ferme que jamais, je donnai les mains à sa profession, et lui fis donner trois cents livres de pension par le Roi , car sa famille n'avait pas voulu contribuer à sa subsistance. C'est une des meilleures et des plus édifiantes religieuses que j'aie vues. Son frère à quitté les mousquetaires et a repris ses erreurs.

Le 6 septembre, j'ai reçu ordre d'empêcher que les nouveaux convertis ne remplissent les charges de maires^ d'échevins et de syndics des villes.

Le jour de Noël, il s'est fait une assemblée de quinze ou seize nouveaux convertis dans une maison particulière, où ils ont chanté les psaumes à haute voix et entendu un sermon ; j'en ai fait arrêter six. Ayant demandé à M. do Chateauneuf si son intention était qu'ils fussent condamnés à

la peine portée par la déclaration de 1686 et l'ordonnance de 168^, qui est la mort, et hii ayant marqué que celte peine me paraissait trop forte pour une assemblée de cette nature, j'ai proposé, attendu la conséquence, de juger les coupables aux termes de ces ordonnances, mais de faire commuer leurs peines ; ce qui a été fait. J'ai été commis, par un arrêt du conseil, pour juger celte affaire au présidial de Caen. Un homme et quatre femmes ont été condamnés à être pendus. Le nommé Trianon, qui avait prèle sa maison, entonnait les psaumes et lisait les sermons, m»^rilait d'être pendu, quand le Roi aurait fait grâce à ses complices ; mais sa peine, aussi bien que celle des autres hommes, a été commuée en celle des galères, et les femmes ont été rasées et mises au couvent de la Charité de Caen.

Madame de Montgommery , nouvelle convertie , mais aussi attachée au calvinisme qu'avant sa conversion, étant décédée en son château de Chanteloup, sans vouloir donner aucune marque de catholicité, ses domestiques l'ont portée la nuit dans l'église de sa paroisse, où ils l'ont inhumée dans l'endroit le plus honorable, en vertu d'une ordonnance du sieur de Monts, lieutenant général du bailliage (1). M. révoque de Coutances a été d'avis de la faire exhumer et de porter le corps dans un autre endroit, mais la difficulté était d'y faire consentir les parents. Cependant j'ai engagé M. de Montgommery (2) à faire faire celte exhumation, ce qui a été exécuté.

(1) Du bailliage da Coutances.

(2) Jean de ?»1ontgomuiery, comte de Clianleloup, polit fils du célèbre chef calviniste Gabriel de Montgommery décapité en

Il s'est lait une assemblée de nouveaux convertis à Fresnc, près Tinchebray ; j'ai jugé les coupables au présidial de Caen, le 18 décembre 1691. Comme il ne s'est trouvé de preuve complète que contre le nommé Richard Onfroy, dans la maison duquel ces assemblées se sont tenues, il a été le seul condamné à mort, et ses deux filles ont été condamnées à servir les pauvres dans un hôpital.

Faute de preuves concernant ces assemblées qui se sont tenues la nuit, il y a eu un plus amplement informé contre ceux qui y ont assisté;

J'ai mandé à M. de Chateauneuf que je croyais à propos de faire exécuter le jugement susdit en la personne d'Onfroy, étant un opiniâtre et dangereux religionnaire qui avait fort maltraité et laissé pour mort un huissier qui avait voulu dresser un procès-verbal de ces assemblées. Cependant la peine a été commuée en celle des galères perpétuelles ; mais il ne s'est pas trouvé en étal d'y servir.

Le 21 avril, M. le maréchal de Bellefonds m'a mandé que les Anglais faisaient de grands préparatifs pour faire une descente en France, par leurs correspondances avec les religionnaires, et qu'ils avaient quatre cents voiles.

Le 7 juin, M. de Ponlchartrain, lors secrétaire d'état et contrôleur général des finances, m'a écrit, sur l'incendie do nos vaisseaux(l), une lettre dont voici la copie :

(1) Voir noire note, p. 3^,

« A Paris, le 7 juin 1692.

« Je suis surpris, Monsieur, qu'il me revienne raille difrérents écrits de divers endroits de ce qui s'est passé à la Hogue et à Cherbourg, et qu'il ne m'en soit venu aucun de votre part, quoique vous dussiez être pour moi un homme de confiance plus qu'aucun autre. Si vous vouiez que j'oublie bien absolument ce coupable silence, mandez-moi avec La dernière exactitude tout ce qui s'est passé de bien et de mal. Nommez toutes choses par leur nom ; n'épargnez personne, depuis le roi d'Angleterre jusques au moindre matelot. Il faut que je sache la vérité de toutes choses ; l'usage que j'en ferai ne sera que pour moi, et le secret que je TOUS garderai sera inviolable. £t afin que nos lettres, en semblables rencontres, ne tombent pas dans les mains de commis, mettez une seconde enveloppe sur laquelle il n'y ait que ces mots : Pour vous seul. Adieu, monsieur. »

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