‹ Journal d'un bourgeois de Gisors; relation historique concernant les événements accomplis à Paris et dans les environs et notamment dans et entre les villes de Rouen, Amiens, Beauvais, Pontoise, 1588-1617. Publié pour la premiere fois, et en entier, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationaleChapitre 23 sur 31 · FF. XXXVII" (R'I · texte numérisé non relu

FF. XXXVII" (R'I

Arrestations dans Paris.

Le duc de Mayenne

à Chaumont-cn-

Vexin.

fon armée alloient recevoir grand nombre d'Efpagnolz qui venoient à fon aide et fecours) (i). Durant lesquelles journe'es , toute la plus grande partie des hommes, femmes et enffans de tous les dids villages s'eftoient réfugiez dans cette ville de Gifors , avec leur bestial, en grande défolation et calammité ; ayant, le fieur du Mayne, ou ses gens, faict emporter tous les bledz en grand nombre quij'avoient efté trouvez (au chafteau de Dangu), afin de subvenir pour la nourriture de fon armée; n'ayant, comme dit est, laiffé aucune choses aux dits villages {chose horrible à veoir, penser & croire, entendu que un chacun ou la plus grande partie des villages) qui eftoient à la dévotion & obéissans en tout et partout du fieur du Mayne et de fa gendarmerie, laquelle, ou quelques-uns d'icelle, comme (des) reytres et autres manières de gens, avoient mesmes entré en quelques églises (qui) avoient pris et emporté ce qu'ilz y avoient trouvé, et faict plufieurs autres indignitez, qu'il a convenu mieux taire que dire (2).

yant, le fieur du Mayne, paie en cefte ville de Gifors, grande quantité de pain et de vin ; durant lequel temps, affavoir au commencement du mois de mars, au dit an, l'on avoit pris dans la ville de Paris tous les plus principaux d'icelle ville , comme le prévost des marchandz , aucuns des eschevins de la ditte ville, aflavoir le fieur de Cotteblanche, et plufieurs autres, lesquelz on avoit mis prisonniers, et par après faict mourir, ainfi que le commun bruict eftoit ; ils avoient entrepris, à ce que l'on difoit, de livrer la ville de Paris au Roy, le tout ainfi qu'il avoit efté descouvert par les lettres mifl"ives que l'on avoit prifes entre les mains de certain personnage envoie exprès par les deflus ditz habitans de Paris au Roy.

Ce faict, le fieur du Mayne, et fon armée, ayant receu les Espagnolz eftans de cheval en grand nombre, le dit fieur eftoit venu coucher à Chaumont (3) la nuict du lundy v» de mars, surveille du mardy-gras ; et le lendemain, toute fon armée eftoit partie et allée droict à Maudétour, près Magny, lieu de leur

(i) Si l'on s'en rapporte à la citation faite par M. Hersan, tout ce passage, depuis les mots : « Ayant, le fieur du Mayne, etc. », n'aurait pas été reproduit par Berée de Courpont, dans le mss. d'Evreux.

(2) Ici s'arrête la citation de Berce de Courpont, reproduite par Hersan.

(3) Ckaumont-en-Vexin , chef-lieu de canton du département de l'Oise ; avant la Révolution, chef-lieu du comté de ce nom ; était possédé, au moment de la Ligue, par la famille de Longueville.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

rendez-vous , pour aller de là , par Mantes , droict à la ville de Dreux, devant laquelle l'on difoit eftre le Roy pour la gaigner et prendre par force d'armes ; lequel fieur du Mayne, premier que de partir du dict Chaumont, avoit envoie lettre en cefte ville de Gifors, par laquelle il demandoit aux habitans d'icelle la somme de deux mil escus, encores qu'il feust du tout impoflible de pouvoir payer la dicte somme, pour raifon d'autres grandz deniers précédents païez, mesmes les vivres et munitions fournies par les dits habitans; et laquelle somme l'on avoit peu fournir, ains (i) seuUement cinq centz escuz, à laquelle somme il s'eftoit passée et contentée.

Et le mercredy xiiiie du dit mois de mars mil vc mixx dix, les deux armées eftant proches l'une de l'autre, près d'Yvri-la- Chaulsée et la ville de Dreux, s'eftoient mis en bataille, et tellement combatu qu'au commencement la bataille fe gaignoit du cofté du dit fieur du Mayne; enfin, fur ce que les reystres et lansquenetz debvoient combattre & entrer en bataille, ilz avoient tour lé le dos et crié à haulte voix, et en leur langage : Vive le Roy, de telle façon que l'armée du dit fieur du Mayne, ne fâchant plus combattre à caufe du défordre et trahison qui y eftoit de la part des dits reystres, s'eftoient efpouvantez, de telle forte qu'ils s'eftoient tous deffuys. Pour raifon de quoy, et l'armée du Roy voiant telle affaire, les avoient tellement pourfuivis qu'ilz en avoient tué grand nombre , et les autres mis en vauderoute, et par ce moien, gaigné la bataille. Le fieur du Mayne, réfugié qu'il s'eftoit en la ville de Mantes, ayant vaillamment combatu par deux à trois fois, pour ce que, comme dit est, en premier lieu , ilz faisoient fuyr grande partie de l'armée du Roy, et mesmes jà gaigné deux pièces de canon ; enfin , le Roy et fon armée avoient repris les dictes pièces de canon , et deux ou trois pièces du cofté du dit fieur du Mayne, qui avoient efté conduictes à la ditte armée ; ayant , le fieur du Mayne , laifle six grosses pièces de canon dans la ville de Mantes, comme aussi le Roy et fon armée avoient pris tous les chevaux de l'artillerie, munitions de guerre, enfemble tout le bagage du fieur du Mayne, et tous les seigneurs eftans avec luy ; le seigneur de Nemours, et autres seigneurs, s'eftoient réfugiez dans la ville de Dreux, et

Bataille faiâe et

donnée à

Yvri - la - Chaulsée,

près de Dreux, gaignée par le Roy.

(i) Ains, mais ; conjonction usitée dans l'ancien langage français.

Retraite du duc de

Mayenne

sur Pantoise.

Rendicion de la ville de Vernon au

Roy, et la ville de Mantes aussi.

Causes

de la déroute des

Ligueurs.

le dit fieur du Mayne en la ville de Mantes où il avoit couché le dit jour de mercredy.

Et le lendemain feroit allé à Ponthoise , où il avoit ejîé quelques journées , et par après à Saint-Denis en France ; le jeudy au foir, fur les viii à ix heures du foir, le seigneur duc d'Aumalle , accompagné de quelques six-vingts chevalliers, eftoit arrivé en cette ville de Gifors , où il avoit couché ; le lendemain , fur les huict heures du matin, il eftoit parti et allé droict à Beauvais. C'eftoit le commun bruict qu'il alloit au devant de grand nombre d'Espagnolz qui arrivoient dans le pays et royaume de France pour venir au fecours du fieur du Mayne.

Pendant ce temps, dès le jeudy, lendemain de la ditte bataille, le Roy, avec fon armée , eftoient allez à Vernon , qui luy avoit efté rendue par les habitans d'icelle ville, où il avoit couché une nuict ou deux ; et par après, le mardy enfuivant, furent allés devant la ville de Mantes ; laquelle, par semblable, luy avoit efté rendue ; il y avoit féjourné plufieurs journées, et pris là fix pièces de gros canons que le fieur du Mayne y avoit laiffés, avec les balles et munitions y estans, à caufe qu'il n'avoit peu les faire fortir, à raifon que tous les chevaulx d'icelle artillerie avoient efté pris par l'armée du Roy, laquelle pouvoit eftre de vingt mil hommes ; et celle du dit fieur du Mayne de vingt-cinq mil hommes ; de toutes lesquelles deux armées avoit efté tué à la ditte bataille, le dit jour de mercredy, sur les dix à unze heures du matin, quatorziesme jour de mars, au dit an mil Vc uii^x dix, quinze à seize centz hommes : alfavoir, du cofté du Roy, cinq à six centz ; et du cofté du dit fieur du Mayne , huict à neuf centz (i) ; la plus grande partie, en fuiant ; et, entre autres grandz seigneurs du dit cofté, le duc de Bronsuyt, conducteur des reystres, le comte Daiguemont (2), conducteur des Espagnolz et Bourguignons , le fieur de Ponsenacq et autres cappitaines, ayant vaillamment combatu, et plufieurs autres grandz seigneurs et gentilzhommes ; et de l'armée du Roy, avoient efté aufli tuez plufieurs grandz seigneurs.

La dicte bataille perdue et advenue, à ce que l'on peult juger et veoir clairement, par permijfion de Dieu, à caufe des exécrables & énormes peche:ç f^ict^ ^t commis par les dits traistres

(i) D'après divers historiens, la perte des Ligueurs fut bien plus grande. (2) MM. le duc de Brunswick, le comte d'Egmont, etc.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

reystres et autres foldatz du dit seigneur duc de Mayenne , par où ils avaient pajfé ; lesquelz, lors de la ditte bataille, avoient des chariotz plains en partie de calices et autres ornements des églises, chose indigne et dutout répugnante à la crainte, honneur et révérence que l'on doibt porter à Dieu, qui est tellement fcrupuleux et jaloux de fort honneur qu'il ne vouldroit donner aucune victoire (i) à telz malheureux perfonnages qui avoient commis tels pillages et indignitez soulz ombre de voulloir fervir et tenir la partie et querelle du fervice de Dieu et de la Sainte Religion ; auffi que du dict cofté , chacun y eftoit maiftre , sans aucune obéiflance et crainte de Dieu, faisant au quartier des dits reystres, le presche, sans aucun contredit ny repréhension.

u depuis la dicte bataille, affavoir à la fin du mois de mars, le Roy feroit allé devant la ville de Corbecq (Corbeil), laquelle luy avoit efté rendue. Et par après, avec fon armée, devant la ville de Melun, qui luy avoit efté aufli rendue, finon le chafteau d'icelle qui avoit tenu et réfîsté contre la ditte armée; de forte que, quelque temps après, ils s'eftoient rendus. Pendant ce temps, le seigneur du Mayne avoit tardé à amaffer d'autres gens d'armes. Eftant , le dit fieur, en la ville d'Amyens et es -environs, et le Roy eftant allé devant la ville de Sens, fur ce que les habitans du dit lieu avoient fait promefle qu'ilz fe rendroient, ayans parlé à luy, lequel s'y achemynant, avoit efté conseillé par le fieur Maréchal de Biron de n'y aller, à raifon qu'ilz eftoient fes ennemys ; pour raifon de

FF. XLII'i V'erso^

Rendicion au Roy

de la ville de

Corbeil et la ville

de Melun.

Sens.

(i) Suite de la théorie consistant à faire intervenir Dieu dans le résultat de toutes les batailles perdues ou gagnées ; si l'on admet ce système d'intervention continuelle de la Divinité , le Souverain Juge dut se trouver souvent dans un bien grand embarras pour décider de la victoire ; car il résulte du propre Journal de notre chroniqueur catholique, que les armées royales, comme les armées de la Ligue, ne laissaient, après leur passage, que des souvenirs de pillage, d'exactions, de méfaits, et de calamités de toute nature.

Les Réformés, de leur côté, dans le Cantique à l'honneur de Dieu, à l'occasion de la bataille obtenue sur les Ligueurs, font parler le Roy en ces termes :

l'ay veu l'ejlonnement, et ma troupe esbranlée A demy l'a senty ; mais alors tout certain De tonfecours. Seigneur, j'ay suivy mon dessein Et marchay courageux encore en la meslée.

Mille et mille sont morts, et en ce/le poursuite l'ai veu les grands eff'eéls de ton sainél jugement Qui tarde quelquefois, mais plus violamment Les mesclians en ruyne enfin il précipite.

(Chansonnier Huguenot du XVI' siècle. XX. 3i5).

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Combat

sous Paris

(Porte St-Antoine).

Siège du château

de

Beaumont-sur-Oise

par le Roi,

Exécutions à

Charenton-le-Pont

et Saint-Maur.

quoy, le Roy n'y eftoit allé en perfonne, mais y avoit envoie quelques seigneurs avec une compagnie pour scavoir la volonté du cappitaine , foldatz et habitans , qui gardoient la ditte ville ; et eftans dedans icelle , et voyans que le Roy n'y eftoit en perfonne , fuivant leur entente , avoient tellement chargé deflus la dicte compaignie, qu'ilz avoient tout mis au fil de l'espée.

Et là, le Roy avoit faict acheminer quelques compagnies de fes gens pour prendre ou furprendre la dicte ville de Paris , par la porte de Saint-Anthoine : quoy ayans apperceu , les habitans de la ville avoient fait fortie sur les dites compagnies tellement qu'ils les avoient bien escarmouchez.

Ce voiant , le Roy avoit faict achemyner fon armée devant la ville de Beaumont, commandée par le fieur de Pourtraincourt le jeune, qui avoit si bien et si vaillamment desfendu le chafteau du lieu pour la Ligue ; qui après avoir envoie fon heutenant et autres parler au Roy, par deux foys, ayans demandé plufieurs journées à respondre au Roy sur la reddition du dit chafteau. Enfin, le fieur de Pourtraincourt, sur la demande du Roy, avoit parlé à luy, et luy auroit demandé seullement six jours d'advis au finir de la rendicion du chafteau ; difant au Roy qu'il avoit faict promefle à Monseigneur du Mayne de tenir ferme la place , et que dedans le dict temps, l'armée du dict seigneur eftoit forte et puiflante pour faire lever le fîége du Roy.

Lequel temps avoit efté accordé au fieur duc de Poultraincourt. Devant lequel afliégement de Beaumont, le Roy avoit faict mourir au bourg et pont de Challenton plufieurs foldatz, jusques au nombre de quarante-cinq ou cinquante, à caufe qu'ils ne s'eftoient, ny les habitans du dict bourg, vouUus rendre à luy : ce qu'il avoit par semblable faict à Saint-Mors-des-Fossez, où il feroit par après allé , qui ne s'eftoient aussi voullu rendre.

Ce faict, le jour de lundy enfuivant, xxic de may iSgo, à midy, le marché de cette ville de Gisors eftant jà comme paffé, arriva un bruict qu'il y avoit grande compagnie de cavallerie qui eftoit à la porte de Cappeville du dict Gisors, et que le Roy y debvoit à l'inftant venir (i) ; pour raifon de quoy, les habitans

(i) « s. M. fit une cavalcade Jusqu'à Gisors, tant pour s'assurer de cette ville » que pour y laisser quelques forces qui puissent ôter aux ennemis la communin cation de Beauvais à Pontoise. » Discours, etc. Tours, Mettayer, imprimeur du Roi ; 1590.

de la ville, ne fachans et n'aians entendu la ditte venue, se seroient tenus sur leurs gardes , et ayant pris advis du fîeur de Flavacourt, bailly de Gisors, qui, lors de la rendition de Mantes, avoit de rechef promis au Roy de luy garder fidellement la ville. Après avoir entendu la ve'rité de la ditte venue, il avoit commandé de n'empescher aucunement ceulx qui voudroient entrer en la ville. En laquelle, fur les deux ou trois heures après midy, le dit jour, le Roy y eftoit venu et arrivé, qui s'eftoit logé au logis qu'il avoit cy-devant pris, aflavoir : la maifon du fieur de Grainville , près l'orloge ; ayant efté (premier que d'entrer en la dide ville), harangué par Monseigneur Frontin (i), Ueutenant général d'icelle, accompagné des principaux habitans de la ville (2). Et le lendemain, fur les huict à neuf heures du matin, le Roy fe feroit allé promener à la Roche , accompagné seullement de vingt chevalliers, & feroit revenu le même jour à dix ou unze heures du foir.

Et le lendemain matin , mercredy, du diél mois de May, fur les dix heures , le Roy s'en eftoit retourné droict à Lille-Adam , près Beaumont , et avoit did à fon Parlement, à Meflieurs de cette ville (fur la révérence qu'ilz luy avoient faiéle de rechef) : « Qu'il les ajfureroit , garder oit, & maintiendroit tant qu'il pour- » roit ». Et d'autant qu'il entendoit ruyner fes ennemis, qu'iceux habitans ne trouvassent mauvais ce qu'il avoit faiél, qui eftoit qu'il avoit ordonné garnifon en cette ville de la compaignie de Monfieur le conte de Saint-Pol, ayant did par semblable, montant à cheval en ces termes : « Allons en dix jours dans Paris, ou bien la bataille. »

A laquelle garnifon , toft après le dit partement du Roy, l'on avoit pris et marqué aucuns des logis de la ville. Et eftoit le commun bruid que le Roy eftoit ainsi promptement venu en la ditte ville sans le faire aucunement scavoir aux habitans d'icelle, afin d'y mettre la ditte garnifon , & en attendant la rendition du chafteau de Beaumont, comme est cy-devant did; d'autant que le Roy avoit efté adverti que l'armée de Monseigneur du Mayne aprochoit et vouUoit, ou Monseigneur d'Aumalle, avec ceulx de

Arrivée du Roy à Gisors.

Le Roi à Isle-Adam

Garnifon ordonnée

par le Roy i

Gisors.

(i) Achille Frontin, lieutenant du bailli de Gisors.

(2) La présence du Roi à Gisors fit croire que Beauvais allait être assiégé. Dans cette crainte, Godin, maire de cette dernière ville, manda de Picardie le sieur de Gribeauval, qui s'y porta avec 5oo soldats. (V. La Ligue à Beauvais, par M. Dupont-White ; Paris, 1846 in-8», p. 39.)

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

FF. XLVIII» (Ro.)

Le eomte

de Saint-Paul à

Gisors.

Barricades faifles

au dit Gisors

par la garnifon y

edans.

Garde au clocher de jour et de nuit.

Beauvais & d'Amyens, venir en cette ville de Gisors, pour y • pafler vivres à porter à Paris , à caufe qu'ilz en avoient grand besoing et néceflîté.

Le Roy, pour cette occafion, ayant mis et pofe' la dide garnison à Gisors, comme par semblable, il voulloit prendre et avoir à luy la ville et chafteau de Beaumont, pour empescher que les dits vivres ne fe portaffent à la ville de Paris et Pontoise. Le fieur conte de Saint-Pol s'eftoit logé au chafteau de cefte ville de Gisors, et y avoit efté quelque temps ; les cappitaines de dessoubz luy en la ville , aussi , affavoir le fieur de Mailly, le capi- ' taine Roncherolles et le fieur de Voulencourt, filz de Monsieur de Beaurepère ; jusques à la fin du mois d'aoust enfuivant , que l'on avoit porté au Roy, à Saint-Denis en France où il eftoit, plufieurs seings des habitans de Gisors aux fins de la confervation de la ditte ville, sans aucune garnifon ^ ce qu'il avoit accordé.

Durant laquelle garnifon , les foldatz d'icelle avoient fai6l des barricades de la largeur de la rue au bout d'en hault de la halle du diél Gisors ; n'ayans laifle pour tout que le paffage d'une charrette , proche de l'huis de la maison de la Coupe ; et par semblable barricadé le dedans de la ruelle d'en hault et le bout d'icelle. Pour raifon de quoy, l'on ne pouvoit fortir, ny aler dans la ruelle ; & auroit convenu que la proceflion paflaft par derrière la grande court & porte du fief de la grange du did Gisors, pendans le dit temps. Toute la grange ayant efté auparavant abattue par le commandement du fieur de Verines, à la requeste de la plus grande partie des habitans, qui avoit efté néantmoins par arreft de la court faite rebastir par les habitans d'icelle ville qui y avoient efté condamnez & en ces années mil vc un" xv et im" XVI.

Durant le temps de laquelle garnifon, les foldatz d'icelle avoient faid la garde au clocher de l'église, tant de nuid que de Jour, pour descouvrir de plus loing, sans que lés habitaûs leur ëuflent rien diél pour éviter débats et querelles ; faisans journellement, les ditz foldatz, la garde à la porte de Neaufle du did Gisors, par laquelle, en cas de furprise de la ville par les ennemis d'icelle, les dits foldatz fortiffent & fe feuflent desfendus eh la rue du bourg au-deflus de la halle. Le fécond jour de Juing, au dit an, le Roy a faid publier lettres par lesquelles il commàndoit , à

peine d'eftre rebelles & de confiscation de biens, à tous gentilzhommes du bailliage de Gisors (1), de venir trouver le fieur conte de Saint-Pol, en cette ville de Gisors, afin de tenir la main forte à tous ceulx qui voudroient aprocher de Gisors, en attendant la rendition de la ville de Paris, laquelle il espe'roit en brief; et devant laquelle ville , et paffage d'icelle , le Roy et fori armée avoit toujours efté du depuis fon partement de cette ville de Gisors. Le fieur conte de Saint-Pol, ayant faiél abattre quelques maisons proches du chafteau du did Gisors, de'moUy les jardins eftans aux fossez du chafteau, et par après avoir efte' trouver le Roy.

n lequel mois de Juin, Monseigneur le conte de Tavannes, du party de la Ligue, s'eftoit présenté avec fes compagnies devant les murailles de la ville de Vernon, contre lesquelles il avoit faid tirer plufieurs coups de gros canon ; enfin, après bresche faide, ils s'eftoient présentez à l'assault, & ils avoient efté repoulsez par les habitans & la garnifon de la ville, tellement que le fieur de Saint-Pol et fes compaignies, qui eftoient vers Pontoise, eftoient arrivez promptement près de Vernon , & avoient faid lever le fiége du dit conte de Tavannes, qui s'eftoit, avec fes compagnies et fon artillerie, retiré en la ville de Louvyers.

Environ ce temps, ou devant icelluy, la ville d'Evreux, qui tenoit pour la Ligue, avoit efté furprise par ceulx du Roy, aflavoir : par le fieur de Larchant & de Hallot, avec leurs compagnies qui avoient entré dedans & ravagé la ville. Comme aufli , à la fin du mois de Juing, au dit an iSgo, la ville de Senlis avoit pèiisé éftre prife par escallade par les gens du dit fieur du Màynè (2).' Quelques foldatz eftans jà niontez' au hault de la mitraille, qui avoient efté descouverts par ceulx de la ville après l'advertiflement à eulx' donné par ung quidam du parti du fieur du'Màyne qui avoit descouvert l'affaire au fieur de Tore, qui commandoit dans la ditte ville ; et par après le dit fieur de Tore

Convocation des nobles à Gisors.

AfltadH donné par le conte de

Tavennes

contre la ville

et les habitans de

Vernon.

Surprise

de la ville d'EvreuK

par le Roy.

(i) Henri IV considère ici Gisors comme un important point stratégique. Pendant le siège de Paris, les campagnes du Vexin furent parcourues par une quantité incroyable de pillards et de maraudeurs de tous les partis : aux environs de Gisors, notamment; uii capitaihé Picard, de là compagnie de Beauvais , venait faire « des • captures » dans les communes ; le maire de Beauvais futmciïïe forcé d'intervenir à ce sujet.

(2) C'était le 3 iiiillet. (V.' Vaultier dé Senlis et J. Mallet).

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Deux

gentilshommes

tués par le

tonnerre.

Combats dans les

faubourgs de

Paris.

Quatre escolliers conduits au Roy.

avoit faiél mourir ceulx qui avoient efté pris à la ditte escallade, & autres de la ville , spéciallement douze ou quinze relligieux et prêtres qui efloient confentans à tel faiél.

Et continuant , par le Roy, à gaigner la ville de Paris par la rendition d'icelle famyne ou autrement lui avoit efté quicté et rendu la ville de Saint-Denis , le lundy neufviesme de Juillet , au dit an i Sgo , en laquelle il feroit entré , et la plus grande partie de fon armée ; tellement que la nui6l du mardy xxiiiie du mois de Juillet, eftans le Roy dans la ditte ville, et fes troupes, le tonnerre eftoit tombé qui avoit tué et faiél mourir deux gentilzhommes, et fort blessé un autre dedans une chambre.

Le lendemain mercredy, xxv^ du diél mois , l'armée du Roy s'approchant et s'efForçant d'entrer dans la ville de Paris par les faulxbourgs Saint-Honoré, il y en avoit eu de ceulx de la ditte armée quelques quantités de tuez sur le champ par les Parifiens, comme aulTi il en eftoit tombé quelque nombre de leur part ; et le dit jour, ou le lendemain, l'armée du Roy se s'eftoit approchée, dans le faubourg de Saint-Denis, de la ville de Paris, lequel ils avoient gaigné, le Roy & grande compaignie des Tiens ayans, le mardy, dernier jour du did mois ., fait faire le presche & la Cène dans la ville de Saint-Denis , en intention de donner bataille le lendemain, ou bien les jours en suivant; comme, par femblable, le fieur du Mayne et fon armée avoient Jaiâ les Pasques dans la ville de Meaux, le dimanche xxix» du dit mois, à l'intention auffi de bataille.

Eftans fortis de Paris, les dits jours, quatre escolliers, qui avoient efté présentez au Roy, comme aufli il fortoit journellement par pafle-portz du dit Seigneur Roy, ou autrement , toutes perfonnes qui voulloient fortir delà ville de Paris, ne fachans plus de quoy se nourrir. Ausquelz escolliers, l'on avoit demandé si les Parifiens ne se voulloient pas rendre au Roy ; lesquelz avoient faiél responce que non ; & qu'ilz, ou la plus grande partie d'iceux, eftoient résollus de mourir « phistost qu'il entrast dans » la ville, et que n' ayans plus de vivres, il:^ men géraient plustost » leurs enffans. »

Dans laquelle ville de Paris eftoit le Légat, ou Primat du

Pape, qui eftoit arrivé à Paris avec grandes compagnies, comme

'est cy-devant parlé. Les seigneurs duc de Nemours, Maréchal

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

d'Aumalle, Madame de Montpensier (i), Madame de Guyse, et autres grandz seigneurs , cappitaines et foldats , qui deflfendoient la ditte ville avec tous les habitans d'icelle qui avoient vesqui en grande pénurye, perplexité & chareté de vivres, et, depuis le commencement d'Avril, au dit an, que les villes de Melun et Corbec avoient efte' rendues au Roy, qui eftoient les villes & partages de la plus grande partie des vivres qui venoient à Paris, et spéciallement depuis que le Roy eftoit parti et forty de la ville de Gisors, et la rendition de Beaumont, et tellement que ce a efté la vie la plus eftrange à paffer, durant le dit temps.

Encores du depuis, qu'elle a efté plus dyvine que humaine, jusques à la prife de la ville de Lagny dont sera cy-après parlé, ayant efté le fimple peuple & autres en grand nombre, l'espace de plus de quinze jours fans manger pain, ains seullement avoient mangé une petite bouillie qu'ilz faisoient de farine d'avoyne avec de l'eaue , pour ce qu'il n'y avoit plus ou peu de pain dans la ville; de forte qu'il eftoit mort tant de perfonnes, hommes, femmes, & spéciallement grand nombre d'enfans, que, tous les jours, les rues en eftoient plaines, ayans mangé les chevaulx, ains chiens, chats, & toutes autres chofes qui fe pouvoient adviser de manger (2), jusques au cuyr de vache, qu'ilz faisoient rôtir après en avoir ofté le poil ; outre que l'on diél avoir trouvé des teftes de petits enfans dans la rivière, ce qui faiél juger & préfumer que l'on en avoit mangé les corps ; non pas les François, mais grand nombre de foldatz et racaille d'ejirangers qui eftoient dans la ditte ville, & qui mouroient de faim ; chose eftrange à penfer & croire.

L'on tient pour certain que du compte faiél, il est mort à la paroifle Saint-Eustache du did Paris, lors du siège, vingt mil enffans & plus. Le boifleau de blé, mesure du lieu, qui revient environ à quatre & demy de la mesure de Gisors (3), a efté vendu quatre escus balliflant xii^ & plus ; la pinte de vin xv* & plus ; la livre de lard, x' ; le quartier de mouton, xx'; la livre de beurre, deux escuz & plus. Chacune vache a efté vendue cent

(i) La fameuse de Montpensier, « aux ciseaux d'or. »

(2) <( Dont Diego d'Ibarra, agent d'Espaignc à Paris, proposa de calciner les os humains rangés dans les charniers <? cimetières, & d'en faire une bouillie qu'il assurait ejtre très-nourriffante. » (Note en marge sur le mss.)

(3) On voit par cette comparaison de mesure que notre auteur appartient bien à Gisors.

Mortalité,

grande famyne, &

charte de vivres

dans la ville

de Paris.

Détails sur le siège de Paris.

LA IjIGt^E . X>AÎ>i^ .^E yEKlU: -NORMAND^-

i599ti

Sorti<54il.,égat „ et ambass^fle du

Pappe,. de Paris, pour parler au Roy

et traitter de la paix.

Arrivée du prince de Palme.

Champ de bataille esleu entre

le Roy et les fieurs du Mayne

et prince de Palipe.

escuz & çe> lors, qu'i], les cpnvepoijt tuer, à caufe qu'ilz ne poui» voient. plus . donner de lait pour ce qu'ilz n'avoient plus de pas- ,.; ture , ny manger ; le petit picqjuet de fleur d'avoine pour faire 7a bomlliç,des enffans, quarante.sol:^ & plus.

Le lundy, vi^ jouf d'aoust, au dit an mil v*^ ini^x dix, le Légat accompagné du fieur Cardinal de Gondy et plufieurs autres i eftoient fortis de la ville de Paris, ils avoient efté trouver le Roy à Saint-Denis, pour traitter la paix; ilz lui avoient demandé entre autres <:hoses,, que s'il youlojt yivre en vray chrestien, & aller à la meffe comme fes préde'çefleurs Roys, ils luy ouvriront,,-, les.pprte^ de la ville .& non autrement; ce que le Roy avoi; accordé,, ^eftaçs & mettans bas par les dits habitans et foldatz de ; la ditte ville de , Paris leurs armçs : ce qu'ilz n'avoient voullu., accordçr. Pour raifon de quoy, le Légat , et autres qui l'accompagnpienf. .s'en eftçient retournez sans aucun accord.,

Duranî. icquel temps, .& afliégement de la ville plufieurs d'icelle, , conupe dit est ,.,|'ortoient journellement avec des pafle portz ou,, autrement, les uns, payant rançon, ,les autres eftans fouillez & > voliez ; les femmes & filles prifes, et la plus grande partie diffa-^ ., mées ^ viollées par les foldatZ; I^ y estoit le plus grand désordre r que l'on fauroit penser; la niort estant si véhémente dans Saint- Denis, & en l'armée du Roy, tant pour la grande cherté des vivres joind: à la challeur, que les rues, les champs, et les fossez , du ,di<^ Saint-Denis, e/Zo/enfj3i<3zn5 de corps, morts.

Environ, la my-aoust ou .peu devant, le prince de Palme (i), . accornpagi?é d'une grosse armée, comme de xv à xx mil homm.es,, feroient venus trouver le dit fieur du Mayne, pour luy donner,, confort et ayde. La dite armée eftoit composée de quatre mil chevalliers, chacun la lance au poing, tous leurs chevaulx bard^e^. . Autre semblable nombre tous armez, ayans chascun le poitrinal (2) à la selle de leurs, chevaulx ; & le restç, gens de .pied.,., toujs Espagnpjz, ^Ior:es. et Egiptiens. Et le xxx^ du mois d'aoust,. le Roy ayant eUe,u un champ de bataille entre Lagny et Saint- . Deijiis, s'y eftoit^ , trouvé ^aveç fon armée, pour ce qu'il avoit . entendu que le fieur du Mayne & le prince de Palme, avec leurs armées, debvoient se trouver, ayant laifle et habandonné les

(i) Alexandre Farnèse, prince et duc de, Parme.

(2) Poitrinal o\ipétrinal,ancieane arme portative, à rouet, intermédiaire entre l'arquebuse et la pistole (pistolet) ; elle était surtout en usage dans la cavalerie, .

faulxbourgs 4e Paris, et quelque garnifon à ! Saint-Denis', pour raifon de quoy, plufieurs eftoient fortis hors de la ville de Paris ;n comme, par femblable, on y avoit porté les vivres qu'on avoit peu recouvrer, mais d'autant que les dits fieurs du Mayne et prince de Palme, ny leurs arme'es, ne s'eftoient préfentez au champ de bataille , le Roy s'en estoit revenu le vendredy à Saint- Denis.

Le dit jour, au foir, ayant receu nouvelles que l'armée du fieur du Mayne apparaifToit , & qu'il avoit avec le dit prince de Palme afliégé Laigny, le Roy y feroit allé le famedy : il avoit gardé la prise du dicl Laigny jusquesau jeudy enfuivant vi^ jour de septembre, que le dit fieur du Mayne, &fon armée, l'avoient pris par force d'armes, après bresche feude ; et ce, au troisiesme aflault, depuis cinq heures jusques à huid heures du matin. Ausquelz assaulx, avoit efté tué grand nombre de gens d'armes de : cofté & d'autre ; tant , que l'armée des dits fieurs du Mayne & prince de Palme avoient fait pafler au fil de l'espée tous ceulx, qu'ilz avoient trouvez dans le dit Lagny portans armes, & icelluy :■ pillé & ravagé, fans que le Roy y eust peu donner ordre.

Pour raison de quoy, la ville de Paris avoit efté plus fibre à avoir quelques vivres ; non toutefois sans grande charte, pour ce qu'il y en alloit peu à caufe de la garnifon que le Roy avoit laiffé à Saint-Denis, comme dit est ; et luy et fon armée avoient efté entre Creil & Senlys, jusques au xxo du dit mois de septembre qu'il avoit afliégé Clermont ; durant lequel fiége, le fieur de Tore feroit revenu de Senlis où il eftoit , à fon logis à Dangu , avec sa femme et famille.

Et le mardy xxv^ jour du dit mois de septembre , au dit an iSgo, fur les trois heures du matin, le fieur de Saint-Luc, avec ses gens d'armes, et la garnifon du Pont-de-l'Arche , et autres, auroient furpris par force d'armes la garnifon et habitans de Lions (i) qui tenoient pour la Ligue, tellement qu'ilz en avoient pris la plus grande partie prifonniers, et les autres tuez et mis en pièces , et pillé tout le bourg de Lyons ; — ce faisant, avoit usé de grande cruauté envers les dits habitans, leurs femmes et enffans, les ayant pris en partie couchez dans leurs lictz, et

Prife de la ville de

.Lagny par les

fieurs du Mayne et

de Palme.

Afliégement

de Clermont par le

Roy.

Prife du bourg de Lyons par le

fieur de Saint-Luc, pour le Roy.

(i) Lyons-la-Forêt ; petite ville du département de l'Eure; le sol de son territoire recèle de nombreux objets romains. Il y avait autrefois un château remarquable, que Charles IX habita en 1570.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Les voleurs maîtres de tous côtés.

FF. LX« (verso).

Rendicion au Roy

de la ville

et challeau de

Clermont.

Passage de Henri IV à Magny,

à la

Roche-Guyon , et

Mantes.

précédent telle furprise. Le dit Lions avoit toujours tenu ferme pour la Ligue; s'eftans illecq & dans les bois du lieu réfugiez grande quantité de foldatz, qui, journellement, pilloient et volloient ceux qui paffoient par les chemins d'allentour, ayans couppé & abattu plufieurs arbres du did bois, qu'ilz avoient mis aux chemins & paflages de peur de furprise ; n'osans , les habitans de Gisors et des environs, fortir de leurs portes, ny aller par les chemins , qui ne feuffent pris par telz volleurs & autres de la ville de Gournay, Neuf-Marché, Beauvais, Pontoise et autres endroidz, et spéciallement depuis que le Roy eftoit venu en cette ville de Gisors, au mois de May, et qu'il avoit laifTé garnison. Tellement, qu'entre les autres, maistre Jehan Petit, advocat à Gisors, s'eftant allé promener à son jardin aux Argilliaires (i), avoit efté pris par la garnifon de Gournay, et mené au diél lieu sans que l'on lui eust peu donner aucun fecours ; il avoit efté deux mu;, s et plus prifonnier au dit lieu, jusques à ce qu'il eust payé six centz efcus, et quelques deux centz livres de despence ; comme par semblable, Gabriel Charamy (2), maistre Jehan le Vasseur, et Nicolas Daussi, qui avoient efté détenus prifonniers à Beauvais, deux ans et plus, jusques à ce qu'ilz euffent payé rençon ; et aufli, journellement ils prenoient les chevaulx qui labouroient aux champs.

Ce qui s'est exercé durant le temps deflus dit , & encores par après, a'osans, les habitans du diél Gisors, sortir jusques aux faulxbourgs de la ditte ville.

Le mardy, fécond jour d'octobre, au difl an, avoit le Roy fai(fl tirer plufieurs coups de canon contre la ville de Clermont : la garnifon et les habitans qui eftoient dedans avoient demandé temps d'advis pour la rendre. Enfin le dit jour de mardy, ilz avoient rendu la ville et chafteau du dit lieu au Roy qui avoit lailîé aller la dite garnifon à Beauvais, sans leur faire aucun tort, ny pillé autrement la ville, synon qu'il y avoit laiffé garnifon. Et de là, le Roy avec fon armée s'en eftoit venu droid à Magny, le vendredy cinquiesme du mois d'octobre, et couché le dit jour samedy en suivant à la Roche ; et le dit jour de samedy il avoit

(i) Le lieu dit les Argillières est devenu aujourd'hui une rue de Gisors, parallèle à l'Epte, et proche de la forteresse.

(2) Vraisemblablement Cheramy ; l'auteur du manuscrit a spécialement souligné ce nom, comme celui d'une personne que l'on connaît particulièrement.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

efté à Mantes, d'où il avoit envoie ses fouriers pour marquer & prendre le logis de cette ville de Gisors, pour y loger.

Et de faiél, le lundy huictiesme jour d'octobre, au dit an mil vc inixx dix, une grande compaignie de fon armée eftoit passée par dedans cette ville, en la compaignie de Meffires les Maréchalles & Baron de Biron ; lequel Maréchal de Biron eftoit dans une litière à caufe qu'il n'eftoit guary du coup qu'il avoit eu par le bas du ventre, lors de l'afliégement de Clermont.

Lesquelz fieurs de Biron, le vicomte de Touraine, et autres grandz seigneurs qui y eftoient par après arrivez, s'eftoient tenus dans la ville de Gisors avec plufieurs compagnies, logez en la plus grande partie des logis de la ville, eftans paffez par les faulxbourgs de la porte de Paris de Gisors six pièces d'artillerie, avec les munitions d'icelles, qui avoient efté conduises par les moulins à tan, et de là, paflez et allez à droite route, chemin, et paflage pour aller à 1^ ville de Gournay. Les dides compagnies avoient logez aux villages circonvoisins d'icelle pour la bloquer, à ce que l'on difoit.

Le Roy eftant allé de Magny en la ville de Vernon , avec le reste de fon armée, il y avoit resté jusques au lendemain, jour Saint-Denis, au dit an, qu'il eftoit arrivé en cette ville de Gisors, à six heures du soir, monté sur un cheval grison, sur lequel coustumièrement il ejloit, ayant, à fon chappeau de pelhiche de foie noire, iing grand plumache blanc, (i)

1 eftoit accompagné feulement de douze à quinze chevaulx, & eftoit allé loger à fon logis coustumier, aflavoir au logis du fieur de Grainville, près La Cohue (2) ; sa garde de Suiffes eftant le long et dedans icelle Cohue; & sa garde française, proche de l'autre garde, au logis de Jehan Hue (?) et Perquin , fourbiffeur ; environ quatre-vingt-dix ou cent personnes aux gardes. Meflieurs de cette ville eftans allez au devant du Roy jusques à la Croix Chaffemarre, au bout des faulxbourgs de la porte de Paris du diél Gisors, ausquelz faulxbourgs, et en

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