‹ Journal d'un bourgeois de Gisors; relation historique concernant les événements accomplis à Paris et dans les environs et notamment dans et entre les villes de Rouen, Amiens, Beauvais, Pontoise, 1588-1617. Publié pour la premiere fois, et en entier, d'après le manuscrit de la Bibliothèque nationaleChapitre 24 sur 31 · Partie de l'armée · texte numérisé non relu

Partie de l'armée

du Roy passée par Gisors.

Venue et arrivée du Roy à Gisors.

(i) Ces intéressants détails, sur le costume que portait Henri IV en campagne, nous révèlent dans le narrateur un observateur fidèle en même temps qu'un témoin oculaire de la plupart des événements racontés dans notre manuscrit; nous retrouvons à Gisors le panache blanc que le roi portait « coustumièrement », comme le dit notre chroniqueur, et le cheval gris traditionnel que montait « le Béarnais. »

(2) A tous ses voyages à Gisors, Henri IV logea à l'hôtel de M. de Grainville, près la Cohue : cet endroit se trouvait près du pont de l'Horloge.

LA, LIGUE. DANS LE VEXIN NORMAND

Fourniture et paiement fait au

Roy de II mil escuz, et xx mil

pains , par les habitans de Gisors.

Le Prêche fait à Gisors.

toutes les maisons et çourtz d'icelles eftoient logiez les Suifles et ansquenetz, mesmes aux faulxbourgs de la porte de Neaufle, vi vans tous,,. niesmes ceulx dedans la ditte ville à discrettion, ne voullans rien payer de leur despence, (i)

Le lendemain, jour de mercredy, ixe jour du mois d'Octobre, fur les huid à neuf heures du matin, le Roy avoit fait faire la presche en la chambre de derrière du did logis , allant à laquelle & dévallant de la chambré ou falle de devant, où il couchoit. Il luy avoit efté di(fl & remonstré par quelques gentilzhommes qu'il y avoit des voUeurs au village de Tiviniller (2) qui pilloient et ravageoient le dit village ; à quoy il avoit fait responce, qu'au fortir du presche, il escriroit afin de faire cefler les dits pillages; lequel presche , il avoit continué faire les jours ensuivants ; ausquels jours il avoit efté après disner à la chafle ayant faiél paier aux principaux habitans de la ville de Gisors la fomme de deux mille escus pour paier fes SuifTes ; fans compter vingt mil pains que l'on avoit livrez à fa venue, et qui avoient efté cuitz par fon commandement, premier, et avant que d'y venir ; ne pensans et n'attendans les dits habitans aucunement la ditte venue du Roy, qui avoit le vendredy ensuivant, ensemble tous ceulx logez en la ville, mangé du poiffon et autres chofes femblables ; mais le samedi, avoient tous mangé de la chair.

Et le lendemain, jour de Dimanche quatorziesme jour du diél mois, le Roy, accompagné de grand nombre des Tiens, avoit faid faire le presche , mesmes la Cène , en la grande salle de la Gauchie^ nommée le lieu des singes (?) du diél Gisors. Il avoit (le presche) commencé dès huit heures du matin, jusques à dix heures et demie, durant que l'on difoit la grand mefle de cette paroiffe ; après que le Roy avoit eu disné , il s'en eftoit allé hors la ville, ayant faid marcher, devant que fortir d'icelle, trois ou quatre régiments de gens de pied, et le reste faidl tenir aux villages circonvoisins tirans du did Gournay ; sy avoit mené avec luy toute fa cavallerie françoise et laiffé les reystres qui eftoient

(i) Décidén^ent, l'honneur pour Gisors de loger la personne du Roy, était bien « un honneur sans profit ! »

(2) Tliibivillers, village du canton de Chaumont. Son château fut brûlé en i566, au commencement des guerres de Religion ; l'emplacement de ce château s'appelle encore aujourd'hui : le Château-Brûlé.

MANUSCRIT p'UN. ROURGEO;S DE GISORS^ 43 ,

logez au village de Vodencourt (i) et ès-environs ; auffi avoit . lÔQO;

laifle en cette ville tous les Suifles, bagages, serviteurs, et autres gens ; mesmes eftoit demeuré en cette ville Monfieur le Chancellier nommé Giverny, fort antien (2), & tout fon grand conseil, qui efloient arrivez lors de la venue du Roy.

Tous les rendez-vous du train du dit Seigneur Roy, eftant le Départ du Roy dit jour de Dimanche, à Magny, ne fâchant les ditz foldats où on P**" Magny.

les voulloit faire marcher, & l'artillerie au nombre de six pièces, comme di6l est, et sept charetées de balles, chacune charrette contenant x?.xvi,le tout revenant à 11 cl. 11, et cinq chartées de barilz de poudre revenans à vingt-cinq barilz , qui eftoient au village de Çroitecourt (3), avoiçnt efté ramenez le dit jour de Dimanche, dan? ,une piècç de terre, « ensemencée de nouveau en blé ». (4), appartenant à la Léprosarie de Saint-Ladre, proche des Bournes, estans au chemin qui mayne au bois, y faisant tous les'jours et les nui(fts la garde par les Suifles. Le lendemain, jpur de Lundy, le fieur Maréchal de Biron eftoit forti dans sa litière, et eftoit allé jusques à B^hy pour faire, à ce que l'on did, quelque accord (5) avec. Meflieurs de Villeroy père et filz ; et lequel (père), secrétaire du Roy, avoit un fils nommé le fieur de Hallaincourt (6), qui eftoit gouverneur de Ponthoise poyr la Ligue.

Le lendemain, le dit fieur Maréchal de Biron estoit revenu en cette ville, le Roy estant allé, à ce que l'on pouvoit congnoiftre, au devant des munitions, tant de guerres que autres, que l'on voulloit porter en l'armée du fieur du Mayne ; mesmes eftoit allé pour mitrailler la ville de Corbeil, que le dit fieur du Mayne

(i) Vatidencourt , village du canton de Chaumont ; possédé en i588 par Marie- Imbert, veuve de Georges du Bec, baron de Boury.

(2) Philippe Hurault, chancelier, comte de Chiverny, successeur de Michel de l'Hospital et auteur des Mémoires qui portent son nom ; il était, à son passage à Gisors, en iSgo, âgé de 62 ans ; il mourut en iSgg.

|3) Droittccourt : avant la Révolution, petite paroisse, devint une commune du canton de Trie-sur-Troêsne ; c'est aujourd'hui un petit hameau dépendant de la commune de Sérifontaine (Oise).

(4) Petit détail, sans importance historique, mais qui démontre la précision et l'authenticité des faits contenus dans le manuscrit que nous publions.

(5) Cet accord ne se fit pas sans de longues négociations ; M. d'Alincourt ne rendit, ou plutôt ne vendit Pontoise au Roi qu'en 1594. Il reçut, pour cela, avec son père, M. de Villeroy, près de cinq cent mille livres, et, de plus, fut maintenu dans la place de gouverneur du Vexin.

(6) Les Villeroy possédaient à Alincourt ou Halincourt (aujourd'hui hameau de la commune de Parues), un château important. V. Histoire de Parnes, par M. A. Lefrançois, in-8» ; — et les publications sur Magny et environs, de M. Alfred Potiquet.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

DefFaiéle par le Roy du régiment du

fieur de

Pourtraincourt,

pour la Ligue.

Combat à Longchamps.

Prise de la ville de

Corbeil par le

fieur du Mayne &

prince de Palme.

Le Roy revenu à Gisors.

battoit. Et ayant le Roy découvert que le re'giment du fieur de Pourtraincourt pour la Ligue, eftoit venu au village de Suresnes, près Paris, pour porter vivres en la ditte armée du fieur du Mayne, et charger illecq vins ; il estoit entré dans le village avec ses compagnies, qui avoient tellement rué sur les compagnies du did régiment, qu'enfin s'eftant les compagnies réfugiées dans l'église du lieu , & ayant fermé l'huis sur eulx , il avoit eflé ouvert d'un pétard, et (il estoit) entré dans la ditte église, à laquelle ilz avoient mis le feu. Tellement, que les soldatz de dedans montez au clocher, et voulte d'icelle, avoient esté enfume:^ de telle sorte qu'ils estoient , ou la plus grande partie , mortz de telle façon ; enfin, ayans les gens du Roy, gaigné la ditte voulte, ils avoient tué le reste des dits soldatz ; lesquelz, ils avoient jettez du haut des galleries de la ditte église & aucuns pris prisonniers en rençon, le dit fieur de Pourtraincourt s'eftant sauvé.

Pendant ce temps, affavoir la nuiél d'entre le mardy et le mercredy du dit mois, le fieur de Tavannes, accompagné de grand nombre de gens de la Ligue, eftoit venu au village de Longchamps où eftoit le régiment de Saint-Jehan pour le Roy ; les soldatz duquel régiment , ou la plus grande partie , avoient esté taillez en pièces sur le champ ; les autres s'eftant desfuys & fauvez dans les bois. C'est pourquoy les chevaulx de l'artillerie du Roy estant à Éragny (i) et autres endroiétz, avoient esté contraindz de venir faire leurs gistes aux faulxbourgs de la porte de Cappeville de Gifors, & les dits jours, affavoir le mardy xvi» du mois d'octobre , entre cinq à six heures du foir, les fieurs du Mayne & le prince de Palme, avec leurs armées avoient pris par force la ville de Corbeil , et ce , par la brefche qui avoit esté faiéte de seize pièces de canon , durant laquelle ils avoient longuement esté et icelle battue par deux à trois assaulx. Tellement, qu'enfin, comme dit est, ceulx de l'armée du dit fieur du Mayne avoient entré dedans, par la brefche, et avoient tout mis au fil de l'espée, non sans grande perte des soldatz & cappitaines du dit fieur.

Le vendredy xix^ du diél mois, le Roy, avec ses compagnies, estoient rentrez à cinq heures du foir, en cette ville de Gifors,

(i) £rd!gMj-sur-£'jjfe, village du canton de Chaumont ; son château, construit tout en briques , date de la fin du xvi« siècle ; on y remarque deux escaliers assez curieux.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

n'ayans sceu donner aucun fecours aux soldatz en garnison du did Corbeil, encores qu'ils en feuflent tout proches, (i)

La nuid duquel vendredy, sur les douze heures, le feu avoit este' mis aux faulxbourgs de la porte de Paris de Gifors , près Revillon , par un des serviteurs des Suifles , qui , allant panser deux chevaulx, estant dans une estable de Fran (?) Gosse, laboureur, s'estoit endormy ; et la chandelle qu'il avoit attachée dans le foin y estant , tout avoit aussitoft flambé ; & icelle estable mise en feu, les chevaux bruslez. Le ferviteur s'eftant éveillé au bruid d'iceulx s'eftoit desfuy n'ayant eu le loifir de fortir qu'à grand peine de la ditte eftable ; et lequel feu s'estoit tellement embrasé, à caufe de la couverture de chaulme d'icelle eftable, qu'il avoit pris en une grange, et, par aprez, aux logis du di(fl Gosse, proches d'icelle eftable ; lesquelz logis, couverts de chaulme (joinct le grand & impétueux vent qu'il avoit faict toute la journée, & faisoit lors du dict feu), toutes les maifons, tant de costé que d'autre , couvertes de chaulmes , avoient efté tost toutes brûliez ; et en fomme, jusques au nombre de quinze espaces, sans les eftables et granges qui y estoient, dans les quelles, comprins celle du logis des ferviteurs du feu cappitaine le Bret (2), avoit esté brullé grande quantité de gerbes de blé, d'orge et d'avoine, qui n'estoient encores battues ; mesmes grand nombre de foing , tellement que le feu y avoit esté si grand & impétueux, comme dit est, qu'il avoit brullé le lendemain tout le long du jour, qui estoit chose espouvantable à veoir, n'y ayans, les habitans du dict Gifors, peu donner aucun fecours, ou bien peu, à caufe que l'on n'en favoit aprocher pour la grande véhémence du feu , de la fumée , et du vent qu'il faisoit ; enfin , si ce n'eust esté quelques maisons couvertes de tuille, qui y eftoient, tout le reste du dit faulxbourg de la Croix Chassemare eust esté brullé.

Grand incendie à

Gisors

{dans la nuit du

ig octobre i5go).

(i) On trouve dans la correspondance de Henri IV de nombreuses traces de ses passages à Gisors ; et on peut juger par les termes de ses lettres de l'importance qu'il attachait à la conservation de cette place; nous reviendrons plus loin sur ce sujet.

Signalons seulement ici, pour mémoire, les lettres ci-après, écrites par le Roi et datées de Gisors : du 1 1 octobre iSço, à M. de Gauville; du 16, à M. de Chanaleilles ; du 23, à M. de Houdetot; du 27, au Conseil d'Etat du royaume des Pays- Bas; et deux autres lettres du même jour, adressées au roi de Danemark et au duc de Saxe.

(2) Le capitaine Robert le Bret, seigneur du Mesnil-Guilbert, hameau de Bézu- Saint-Eloi, avait été gouverneur de Gisors et de Mantes, et capitaine de 100 arquebusiers à cheval et de 100 hommes de pied.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

lOQO Lors duquel feu, aucuns mauvais garçons du faulxbourg avoient

pourfuivy & faict mourir quelques Suifles, & pris l'or & l'argent.

FF. LXXI« irectoj. Le Roy, ayant demeuré en là ditte ville, faisant faire le presche tous les jours jusques au mercredy ensuivant, 24e jour du di(fl mois (i), qu'il feroit aile' dès le matin, accompagné seuUement de douze à xv chevalliers, à la Roche ; il eftoit revenu fur les neuf heures du foir le dict jour; le vendredy ensuivant xxvi« jour du mois d'octobre , dix heures du matin , il s'en estoit allé , avec la plus grande partie de fon armée, qui eftoit passée "par

Le Roy à Ecouys. cette ville, droict à Escouys (2) , lieu du rendez-vous avec l'artillerie. Et le jeudy précédent, fur la remonstrance faicte au Roy par le fieur dé Senquerolles que toute la contrée d'allentour cette ville de Gifors eftoit ruynée, perdue et destruicte, n'y ayartiis plus de grains dans les graftgeS, le Roy avoit- faict respôhce

Réponse du Roi. ^^ ces termes: « C'est pour quoy je fuis venu icy; je lé veulx » ainjt, d'autant que ce font tous Ligueurs par deçà la rivière ; » si je ny feuffe venu, les Ligueurs y feuf/ent venus. »

Et le dirhanche quatriefme de novembre au dit an iSgo, une ■grande partie de la cavallerie du Roy eftoit paflee par cette ville après midy, et allée à Chaiimont et Nemours; auquel lieu de 'Chaumont le Roy avoit couché ; il n'avoit palTé par cette ville de Gifors. C'estoit le cbmmun bruict qu'il alloit avec sa caval- 'lerie, devers la Champaigne, faire lever le fiége des en'nemys qui estoient devant la ville de Mënnehou (3)-, qui tenoit pour duy, & le reste de fon armée, aflavoir tous les foldatz de pied , avoient tousjours depuis efté au village de Pafly {2i bis) St èsenvirons qui avoient tout ruyné et destruiél.

- (i) C'est à peu près à cettie 'époque que le célèbre hïstorieîi de Thou fut le héros d'une singulière aventure qui faillit lui être funeste. Il s'acheminait de Sentis à Méru, avec sa femme (Marie de Barbançon), et emportait tout ce qu'il avait pu sauver du pillage de La Père, lorsqu'il fut arrêté par un parti de Casaques rouges (c'était le sobriquet de la cavalerie ligueuse de Beauvais). Il dut laisser sa femme aux mains des Ligueurs, et parvint à grand'peine à gagner le château de Chaumont-en-Véxin , où commandait son ami, M. dé Guitry. Malgré les démarches qui furent faites, le prévôt-maire de Beauvais ne voulait pas rendre la prisonnière. Il fallut recourir au Roi, qui était à Gisors ; et Biron put enfin obtenir la mise en 'liberté de madame dé Thou, et iïiême là restitution de ce qui avait été pris jiàr les àbldats.

(2) £coa»s, petite ville du département de l'Eure; était possédée an xvr siècle par la famille de Gondy. Charles de Gondy épousa Antoinette de Longueville; fille de Marie de Bourbon , châtelaine de Trie. On remarque dans l'église d'ECouis le tombeau d'Enguerrand de Marigny.

(3 et 3 bis) SainU'Menehould. — Pacyi-sur-Eure.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Cependant, environ la my novembre, le fieur de Tavennes, accompagné de grande compagnie de foldatz, avoit repris & forcé le bourg de Lions, & mis à vaulderoute (i) les foldatz qui y avoient esté laiffez en garnifon par le Roy ; depuis la départie duquel de cette ville , les habitans d'icelle , ny autres , n'ofoient fortir, ny venir en cette ville de Gifors, à caufe des volleurs eftans dans les dicts Lions, Gournay, Beauvais, Girbroy (2), Pontoise et autres lieux. Lesquels (voleurs) venoient journellement, jusques aux portes du di(fl Gifors, prendre chevaux, vaches et autres bestiaux y estans, tellement que aucuns habitans des faulxbourgs eftoient contraincts de venir coucher dans la ville. Une partie desquelz Volleurs s'estoit réfugiée dans la maison du fieur d'Aragny au dit lieu ; et le fieur de Flavacourt, nostre gouverneur et bailly, en estant adverty, y avoit envoie ses foldatz qui avoient afliégé une nuiél les dits volleurs ; si bien que le lendemain, jour de samedy, tiers jour de novembre, au dit an mil vc iiii'fx dix, le dict fieur bailly avoit faict /o««er le tambour ; et plufieurs habitans de Gifors, tant de pied que de cheval, y eftoient allez afin d'entrer par force dans le dit logis. Quoy voians, les foldatz de dedans, s'eftoient rendus à la discrettion du fieur bailly qui les avoit pris jusques au nombre de quinze ou seize , & faictz amener prisonniers au chasteau de Gifors ; ils y avoient esté ung mois pour le moins ; enfin, on les avoit laifles aller, leurs armes ayans esté prifes par les dits habitans & foldatz. Un nommé Benion (?) Auberi dict la Rame, de Gifors, avofif esté tué d'un coup de harquebufe en aprochant d'icelle maison.

Pendant ce temps, le fieur du Mayne feroit venu à Paris, où il avoit esté quelque temps , et la plus grande partie de son armée mise en garnifon en aucunes villes comme Beauvais, Meaux & en la vallée de Montmorency. Le prince de Palme et les Espagnols, estans au pais dé Champaigne et de Lorraine, avoient esté affaiilis en bataille par le Roy & fon armée à la fin du mois de novembre ; tellement que grand nombre de foldatz

Reprise de Lions

par le

fieur de Tavennes,

pour la Ligue.

Volleurs

de la Ligue par les

chemins.

Volleurs pris dans

la maison du fieur d'Eragny.

(i) Eh déroute.

(2) Probablement Gerberoy ; cette petite ville eut comme gouverneur (teilant pour l'Union), François Bigard, de iSSgà iSgi. En octobre i5^ï, le maréchal de Biron, s'étant emparé de la place, mit pour gouverneur Charles de Soyecourt marquis de Mouy. (V. pour l'histoire de cette viUe le livre de Jean Pillet, chanoine de Gerberoy. Lire également le l'éeît d« Ce qui se passa dans cette malheureuse ville le 5 octobre iSSg , dans l'ouvrage intitulé : Deux Ligueurs de Picardie^ par M. A. Bigaut ; documents historiques, etc. ;- gr. in-8», 1874, p. «i et suiv.)

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Prise

des villes de

Corbie, Bapaulme

& autres.

Grande malladie à Gisors.

Entrée par

escallade dans la

ville de

Saint -Denis

en France. ( 2 )

eftoient demeurez à la place , les Espagnolz s'eftans retirez en la ville de Reyms, proche de la quelle s'estoit faicte la dicte escarmouche. Le Roy avoit prins en ce temps les villes de Corbie , Bapaulme et autres.

Les habitans de Gifors avoient, comme dit est, esté en grande pe'nurye depuis la fortie du Roy & des dites compagnies de cette ville ; d'autant que la plus grande partie d'iceux habitans avoient esté mallades d'une malladie de maulx de corps, appellée la Courante (i) , de laquelle en eftoit deceddée journellement grande quantité ; eftant la ditte malladie venue en partie, à ce que l'on pouvoit présager, du mauvais air laifle par les dictes compagnies. De la ditte malladie, comme par femblable, en eftoit demeuré beaucoup de mallades en cette ville qui y eftoient deceddez.

A la fin du mois de Décembre, au dit an iSgo, Monseigneur le Chevallier d'Aumalle, grand guerrier, accompagné de quelques cinq centz hommes, seigneurs et cappitaines, estoient entrez, par escallade ou autrement, dans la ville de Saint -Denis en France, tenue pour le Roy; et eftans entrez dedans, ou la plus grande partie, au moien de l'aide d'un religieux du dit lieu, l'affaire avoit efté descouverte par le gouverneur de la ville, qui, avec ses gens, avoient tellement rué deffus le dit fîeur d'Aumalle, qu'il avoit efté tué et la plus grande partie de ses gens. (3)

Le fieur d'Espernon eftant arrivé avec quelques forces seroit venu à Chaumont ; en lequel lieu Monseigneur le Comte de Saint- Pol, qui eftoit venu en cette ville de Gifors, il y avoit quelques quinze jours, avoit mandé la garnifon de Mantes; le fieur de Charmont, le fieur de Liencourt le jeune, et autres, eftoient allez trouver le dit fieur d'Espernon au dit Chaumont.

(i) Au xv« siècle on disait la Courance : « Et ne mangeoient que prunes et fruitz, dont la courance se preit... et moururent beaucoup de nos gens. •> (O. de La Marche , Mémoires.)

(2) « Par le fieur Chevallier d'Aumalle qui y avoit efté tué avec fes gens. » (Note sur le manuscrit).

(3) Le chevalier d'Aumale fut trouvé, selon l'expression de Pierre de l'Estoile, i( sur le pavé » avec une vingtaine de ses hommes, tués dans ce coup de main des plus singuliers et hardis. Comme d'Aumale avait pillé le couvent de l'abbaye de Saint-Antoine, on fit cette épigramme sur sa mort :

Saint Antoine, pillé par un chef des Unis,

Alla, comme au plus fort, se plaindre à saint Denis

Qui lui dit : « A ce tort, la vengeance est promise ! »

Un peu de temps après, ce pillard entreprit

De prendre Saint-Denis : mais Saint-Denis le prit

Et vengea dessus lui, l'une et l'autre entreprise.

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Sur les dix à onze heures du soir, ils s'estoient pre'sentez devant les murailles de Gournay, que tenoient pour la Ligue le fieur de la Fallaize (i) & sa garnifon ; lesquelles murailles à l'inftant ilz avoient entourez d'e'chelles, afin d'entrer au dit Gournay par escallade d'un coste' ; et mettre le pétard par la porte pour l'esfondrer, & par ainfi , entrer dans la ville. Mais ceulx de dedans, ayant esté advertis de telle affaire, avoient laissé mettre les eschelles sans faire aucune réfistance ; et quand les foldatz s'estoient présentez pour monter & escallader, ils avoient esté tellement chargez de coups de harquebuze et autres pièces de canon , qu'ilz avoient faiéf quiter la place aux compagnies qui esfloient devant la ville , non sans grande esfusion de fang ; si bien, que le lendemain matin, le fieur Conte de Saint -Pol, & ses gens, ensemble la garnifon de Mantes, estoient revenus en cette ville de Gifors, et la ditte garnison retournée à Mante.

Au surplus, la ville de Gifors eftoit journellement menacée par le fieur de Tavennes, gouverneur de la ville de Rouen pour la Ligue; pour raison de quoy, à ce que l'on disoit, le fieur Conte de Saint-Pol estoit venu en cette ville. Ledit fieur de Tavennes avoit envoie un esleu (2) à Gournay, qui avoit délivré mandement pour la taille aus villages circonvoisins , comme Eragny, Thurgeville (3), Serifîontaines, Saint-Denis de Serment, Bézu-le-Long, Saint-Elloy, & à tous les autres villages de la province de Normandie.

Et laquelle taille, il leur avoit convenu paier pour la garnison dudit Gournay et autres ; tellement que les villages avoient paie les tailles à deux : au Roy et aux. Ligueurs (4). N'osans les

(i) Le 25 décembre (iSqo) le duc de Mayenne écrit à M. de la Falaise, gouverneur de Gournay, pour le remercier et le féliciter des mesures que ce dernier avait prises, et du soin avec lequel il veillait à la conservation de sa ville ; il termine en lui promettant un envoi de fonds. A/55, inédits de la Bibl. de Reims, publiés par MM. Henry et Loriquet (I. 2o5, in-S", 1860).

(2) Esleu, Elu, magistrat qui connaissait de l'assiette des tailles, aides, et autres impositions des deniers royaux.

(3) Tierceville, était autrefois une paroisse ; aujourd'hui ce n'est qu'un simple hameau dépendant de la commune de Bazincourt, canton de Gisors. — Séri/ontaine (Oise), bourg du canton de Chaumont, fut longtemps possédé par des seigneurs de la maison de Trie. — Saint-Denis-le-Fcrment, village du canton de Gisors. On remarquera que notre chroniqueur écrit Saint-Denis de Serment. — Bé{u-le-Longet Saint-Eloi formaient autrefois 2 paroisses, réunies aujourd'hui en une seule commune du canton de Gisors. En 1564, le chevalier d'Aubourg était seigneur de Bézu et de Saint-EIoi.

(4) C'était absolument la situation des provinces du Nord de l'Espagne pendant ces dernières années, alors que les populations de cette contrée étaient tour à tour mises à contribution par les troupes de Serrano et par celles de don Carlos.

Surprise de

Gournay qui avoit

efté découverte.

Taille payée au Roy & aux Ligueurs.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Misère des campagnes.

habitans des dits villages , ou bien peu ozé , venir à Gifors ny ailleurs, à cause qu'ils eftoient mis en prison par le fîeur de Flavacourt, nostre bailly, qui retenoit les dites tailles pour le Roy, si bien qu'il ne venait au dit Gifors que des femmes. Comme par semblable , les dits paouvres villageois n'osoient coucher dans leurs maifons , de paour des ravageurs & pillards qui , nui(5l et jour, paflbient par les dits villages pour voiler & piller ; ains estoient contrainélz coucher dans les bois , maifons des gentilzhommes & ailleurs , laiflans leurs femmes et enffans dans leurs maifons à l'abandon des dits pillards, (i)

FF.LXXVIII'fFoj.

Siège et prife de

la ville de Chartres

par le Roy.

u commencement de Février iSgi, le fieur Conte de Saint-Pol s'en eftoit allé de cette ville de Gisors en la ville de Mante, & de là, trouver le Roy, qui, avec son armée , avoit afliégé la ville de Chartres. Les habitans et soldatz de ceste ville de Ligue avoient tellement soustenu et résisté, que le Roy avoit efté contraind de faire tirer le canon contre icelle, les dames et damoiselles du lieu eftant sur les murailles, se mocquant & raillant; à l'aprochement et arrivée de laquelle ville , avoit esté tiré quelques coups de canon par ceulx de la ville, tellement que le cheval sur lequel eftoit monté M. le Baron de Biron avoit efté tué soubz luy, le Roy estant à costé du dit Baron, qui avoit juré mourir devant la ville premier que d'en partir, ou qu'il feust dedans icelle ; les foldats et cappitaines de la ville estans braves hommes et bons guerriers.

Toutesfois, le xixe d'avril, au dit an iSgi, ayant appointé au gouverneur, qui avoit di6l ny avoir plus de pouldres, le Roy avoit entré dedans la ville de Chartres , accompagné de grand nombre de gentilzhommes et autres cappitaines et soldatz, ayant esté chanté le Te Deum laudamus dans l'Église du lieu, et les prestres eftant allez au devant du Roy, premier que d'entrer en la ville.

(i) Ces craintes étaient justifiées; le 3o janvier iSgi, en effet, Henri IV écrit une lettre aux officiers et habitants de Mello , dans laquelle il leur mande que le lîiilliage et le siège présidial avaient dû, par suite d'une rébellion, être transportés deBeauvaisà Chaumont-en-Vexin, mais « qu'estimans qu'il seroit;>/M5 en seureté à Mello » qu'à Chaumont, il les transfère dans la première de ces deux localités. {Original: Arch. du château de Mello}. Rappelons, par occasion, que le Bailliage de Chaumont avait été exclu de l'exercice de la religion réformée. (V. Correspondance de Henri IV, I, p. 38o , in-4').

Notre chroniqueur, témoin oculaire des désastres qu'il enregistre sur son journal, justifie, par la peinture qu'il fait de l'effroyable misère de cette époque, cette phrase de Montaigne ; u II n'y avoit ni loi, ni justice, ni magistrat qui fît son office. »

MANUSCRIT d'un BOURGEOIS DE GISORS.

Les habitans d'icelle crians : Vive le Roy. Et premier que d'entrer par le Roy dans la ville, les foldatz d'icelle, par l'appoinélement, efloient sortis avec leurs armes et conduictz jusques proche de la ville d'Orle'ans ; les habitans avoient payé grande fomme de deniers au Roy pour son armée; lequel, après avoir esté trois ou quatre jours dans la ville, sortit d'icelle y aiant laissé forte garnifon & son chancellier.

Pendant lequel fiége de Chartres, le fieur du Mayne et son armée avoient pris la ville de Chasteau -Thierry, proche de Meaux , qui tenoit pour le Roy, après brefche faide à icelle ; devant laquelle M. Le Bret, fieur de la Vallière, qui s'eftoit de nouveau remis au service de l'artillerie pour le fieur du Mayne, avoit efté frappé d'un coup de canon par la jambe , laquelle il luy avoit convenu coupper ; et tost après la rendicion de Chartres, il décedda, ayant, comme dit efl;, promis son fervice au Roy, lorsqu'il seroit venu en son dernier voiage à Gifors ; encores que le difl Le Bret feust en premier lieu fort refpecté et advancé au fervice du fieur Duc de Mayenne.

Et préceddent, la ville de Dreux & la ville du Havre-de-Grâce avoient pensé estre prifes par les trahisons d'aucuns habitans et soldatz de dedans, durant que le fieur Marefchal de Biron, avec grand nombre de foldatz, eftoient « tournoyans les dittes villes, » par longtemps, durant que le fieur Conte de Saint- Pol eftoit en cette ville de Gifors; pendant lequel temps, et toujours par après, durant les mois de Février, Mars, Avril, May, Juin et autres enfuivant, les habitans de Gifors, ny tous autres, n'euffent osé eftre si hardis de sortir les portes de la ville , ny aller seulement en aflurance aux Argilliaires , de paour des coureurs et voUeurs des foldats de Gournay, Giebroy, et autres lieux , et par ce moien, le trafficq & pratique de toutes choses avoit cefle.

lôgi

Prife de la ville de Chafteau-Thierry

par le fieur du Mayne.

u depuis, en la fin du mois de Mars, aucuns des soldatz de Gournay et autres, s'eftoient venus habituer à Saint- Cler (i), qui avoient faid renforcer le chaft;eau du did lieu de foffez , et tenaces ; partant , nul n'osoit paffer par illecq ny allentour, qui ne feuft voilé, mais tost après, le fieur de

Prise de Saint-Cler

par les foldatz de Gournay

& faident fortir par le fieur de Buhy

(i) Saint-Clair-sur-Epte, bourg célèbre par le traité de 912 fait entre Rolion I"", duc de Normandie, et Charles-le-Simple, roi de France.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

Le chafteau de

Chaumont pris par

des volleurs de

foldatz.

Et le lendemain reprise par le fleur

de Hallot

& autres, pour le

Roy.

Buhy, accompagné de foldatz y avoient esté, et faiél mener quelques pièces de canon,- qui avoient faid sortir les dits foldatz du dit Chafteau de Saint-CIer. Le dimanche v" jour de May au dit an, les foldatz qui eftoient au logis nommé la Muette, Énencourtle-Secq (i), et autres lieux, se couvrant du manteau de la Ligue, ou d'environ , pour voiler & piller, avoient pris le Chafteau de Chaumont , dans lequel estoit le filz du fieur de Quitry (2) avec quelques foldatz qui tenoient le dit chafteau pour le Roy ; ausquels l'on avoit pris et pillé tout ce qu'ils avoient, et fpéciallement les grand^ chevaulx du fieur de Quitry qui eftoient au dit chafteau ; lesquelz ils avoient faiél conduire à Beauvais.

Ce qu'ayant entendu, le fieur de Hallot, le dit jour, eftoit arrivé à Gifors, avec une grande compagnie, de retour du voyage qu'il avoit faiél pour le Roy en Angleterre, pour avoir de l'argent ; lequel (fieur de Hallot) faisoit conduire (l'argent) au Roy qui eftoit à Senlis. Icelluy, fieur de Hallot, avoit, dès le mesme jour de Dimanche, envoie par devers les dits foldatz afin qu'ils euffent à rendre & quicter le chafteau, finon que luy & ses compagnies avec cinquante des foldatz de Monseigneur de Flavacourt , bailly de Gifors , yroient les faire fortir. A quoy iceux foldatz avoient fait responce : « Qu'il:^ ne rendraient la diâe place, & qu'ils entendraient y vivre ou maurir. »

Le fieur de Hallot et ses compagnies eftoient parties le lendemain lundy matin, et avoient afliégé le Chafteau de Chaumont ; enfin, par belles parolles , les soldats, et les cappitaines, deflus dits, s'eftoient rendus, & qui avoient esté défarmez et amenez prifonniers jusques au nombre de quarante ou quarante -cinq aux prifons de Gifors. Quatre ou cinq jours après, ils en eftoient sortis avec congé pour ce qu'ilz euffent trop cousté à nourir (3).

remier que les dits foldatz se feufl^ent rendus , il eftoit arrivé proche de Chaumont quelques cinquante chevalliers de la ville de Pontoife, afin de donner secours aux dits foldatz ; mais comme ilz aprochoient, le fieur de Hallot,

(i) Enencourt-le-Sec , village du canton de Chaumont-en-Vexin.

(2) Chaumont — Guitry — Bertichères.

(3) On peut juger de la misère extrême dans laquelle étaient plongées les populations du Vexin, non-seulement par les curieux détails qui précèdent, mais encore par ce fait: que la ville de Gisors se voit obligée de rendre la libené à un petit nombre de prisonniers, et ee, au bout de quelques jours, 0 faute de pouvoir les nourrir. »

le fieur de Raullet le Jeune, le fieur de Vardes, et autres, avecques leurs gens, jufques au nombre de cent chevaulx et plus, avoient couru deffus. Quoy voians, par les dits chevalliers de Pontoife , que leur partie n'eftoit bien faille , ils avoient tourné le dos & s'eftoient desfuys ; après lesquelz ilz avoient couru et tuez quelques ungs, comme aufli l'on en avoit bleffé et pris à rançon. Le reste s'eftant sauvé, le fieur de Hallot et autres s'en eftoient revenus à Gifors, le dit jour de lundy au foir, sur les six heures, avec les foldatz prisonniers ; et lequel fieur de Hallot, et RoUet et leurs compaignies, s'en estoient deux jours après allez avec l'argent qu'ilz conduisoient droiél à Senlis, d'où ilz eftoient revenus quelque peu de temps après et retournez à Mantes & Meullant ; le Roy, avec son armée, eftoit demeuré au dit Senlis et aux environs d'illecq.

Environ le quinziesme jour de May, la place et Mont de Sainte - Catherine de Rouen, forte place, gardée lors par le nepveu du fieur Visconte de Tavenne , avoit pensé eftre rendue pour le fervice du Roy, par quelques traiftres du dit lieu qui y avoient crié : Vive le Roy. Quoy ayant apperçu, le fieur de Tavennes , et les habitans de la ville de Rouen , y eftoient allez en grand nombre : le nepveu du dit fieur de Tavennes & ses gens leur avoient rendu la place en laquelle il y avoit esté posé un nouveau cappitaine , et faift mourir plufieurs foldatz dedans.

Et le jeudy pénultiesme {3o) du dit mois de May, quelques trois centz hommes Lorrains, foldatz du fieur de Tavennes, s'eftoient acheminez à Tailly, à trois ou quatre lieues de Rouen ; grand nombre d'Anglois qui en précédant avoient efté envolez par la Royne d'Angleterre en la France pour fervir le Roy, avoient esté derechef mandé par iceile Royne au fecours de quelques villes , tenans du dit Angleterre , qui avoient esté ou pensé eftre prises par grand nombre d'Efpagnolz, envolez pour le service du fieur du Mayne ; iceulx Angloix eftoient en bien plus grand nombre que les Lorrains, et s'estoient ruez sur iceux, tellement qu'après s'eftre, les dits Lorrains, desfendus, ilz avoient esté tous desfaiélz. Comme auffi, il en estoit demeuré grand nombre des dits Angloix.

Le Roy eftoit à deux lieues de la ville de Dreux , environ la fin du mois de May, pour penfer prendre la ditte ville ; ayant faid pafTer fon armée & l'artillerie , au revenir de Senlis , par la

iSgi

Cavalerie envoyée

de Pontoise contre Chaumont.

Desfaifle de foldatz Lorains

par Angloix, près de Rouen.

LA LIGUE DANS LE VEXIN NORMAND

iSgi

La trahison

descouverte en la

ville de Pontoise.

25,000 pains fournis par Gisors

Rendicion surprise

de la ville de

Louviers par le

fieur Maréchal de

Biron, pour le

Roy.

ville de Mantes, ne'antmoins sans davantage tarder, ny aprocher de la ville de Dreux, il avoit rebroufle, et reprins son chemin à grand haste, droi<5l en la diéle ville de Mantes, où il estoit arrivé le Dimanche, fécond jour de juing, au dit an, pour entrer, à ce que l'on disait, dans la ville de Pontoise par quelque façon et menée, ce qui avoit ejîé descouverte, (i)

Comme aufli, il penfoit entrer à Beauvais, à Gournay, et en autres villes qui lui avoient esté promises ; ce qui n'avoit peu estre faid, à caufe que l'affaire avoit esté descouverte. Et grande quantité des gens du Roy, avec le fieur Maréchal de Biron , efloient allez, à ce qu'ils difoient, au devant des munitions qui luy venoient d'Angleterre. Il avoit esté demandé aux habitans de Gifors vingtcinq mil pains & quelque quantité de vin, ce qui avoit esté fourny, le mercredy vii^ jour de Juin, au dit an, ou une grande partie ; encores qne aucuns partiallisez (sic) du diél Gifors vouUoient avoir garuifon au dit lieu ; affavoir, la compaignie du fieur Vallaigre, de paour qu'ilz avoient de l'armée du fieur du Mayne qui debvoit venir par de ça, à ce que l'on difoit ; ce qui avoit occasionné que aucuns habitans de Gifors efloient allés trouver le Roy pour luy remémorer la promefle qu'il leur avoit faide en précédant , de ne laifTer aucune garnifon à Gifors. Le Roy & ses gens s'eftoient par après acheminez à Vernon ; et en lieu d'aller, par le fieur Maréchal de Biron et ses compagnies, au devant des diéles munitions d'Angleterre, ainsi qu'ilz difoient, ils efloient allez droiél à la ville de Louviers.

Estans proche de laquelle , affavoir dans un petit bois près la dite ville, le jeudy vie de Juin, au dit an mil vc iiiixx unze, estoient venus quelque petite quantité de foldatz à cheval estans bien advertiz et certains d'entrer dans le dit Louviers, suivant la compofition & vendicion de la diéle ville par un prestre du lieu et un autre homme nommé Huillyer. Estoit l'un des caporalz de la diéle ville , lors en garde en l'une des portes d'icelle ; le prestre , estant à l'eschaudiette (2) pour fonner la clochette y estans , lors que l'on voyait des gens de cheval venir droit en la

(i) Il s'agit d'une sorte de conspiration qui fut faite par MM. de Ganseville et de La Mare, dans le but de livrer Pontoise au Roi ; ils furent décapités dans cette ville le 1 1 juin iSgi. (V. La Ligue à Pontoise, par H. Le Charpentier ; et le Journal de Vaultier de Sentis.)

(2) Echauguette, guérite de bois, placée sur un lieu élevé et d'où une sentinelle faisait le guet.

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