‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 11 sur 230 · Feuille fin ^[ntiti. on le Biillptin de Pnris. n · texte numérisé non relu

Feuille fin ^[ntiti. on le Biillptin de Pnris. n

que nous déposerons les restes de notre estimable collègue. Cest encore là, citoyens^ que nous déposerons les fatales jjréventions qui nous divisent... Michel Lepelelier entendra nos serments du fond de sa tombe, et, quels que soient les honneurs dont vous avez payé ses services, V Union de tous les citoyens sera la plus belle récompense de sa. vie et de sa mort * . »

Quelques instants avant de se rendre à la cérémonie funèbre, la Convention a adopté une .4 dresse aux Français, rédigée par Barère, Il y était dit : « En assistant aux funérailles de Michel Lepeletier, nous allons tous jurer, sur la tombe de ce martyr de l'opinion républicaine, de sauver la patrie. Cest là que nous allons déposer, par une réunion juste et nécessaire, toutes les rivalités et toutes les défiances réciproques-. » Quelques heures plus tard, au Pan-

1. Procès-verbal ordonni' par la Convention nationale des faila relatifs aiux funéraillp!t de Michel Lepeletier.

2. Cette adresse de Barcre fut adoptée dans la séance tenue par la Convention le matin du 24 janvier. Le Moniteur ne parle pas de cette séance, et MM. Bûchez et Rou.x (t. XXIII, p. 373i, trompés par ce silence du Moniteur, disent : « Il n'y avait pas eu de séance le matin à cause des funérailles de Lepeletier. » Il est rendu compte de cette séance du matin dans les Révolutions de Paris, t. XV, p. 239 : « Jeudi, 24. En attendant que la Convention allât au convoi de Lepeletier Saint-Fargeau, elle a entendu la lecture de quelques lettres; puis Barrère a fait lecture de VAdres.se au.x Français, de la rédaction de laciuellc il avait été chargé. » Le Procès-verbal ordonné par la Convention nationale des faits relatifs au.x fitnérailles de Michel Lepeletier, imprimé et envoyé au.x quatre-vingt quatre départements par ordre de la Convention, commenec ainsi : « Le jeudi 24 janvier 1793, lan II de la République, la Convention nationale, assemblée dès neuf heures du malin, a été avertie à midi et demi que le cortège, destiné à accompagner Miehel Lepeletier au Panthéon français, était réuni sur la place des Piques, ci-devant iiUe place Vendôme. Alors le président a levé la séance. » (Le Jour-

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Ihéon, Vergniaud faisait entendre ces paroles : « Il est un moyen d'honorer sa mémoire, plus digne de nous, plus digne de lui que les épanchements douloureux de notre sensibilité; cest de faire à Vamoui^ de la, patrie le sacrifice de toutes nos passions individuelles, n Barère s'était également exprimé en ces termes, en présence du cadavre de Lepeletier : « 0 mon collègue! que tes funérailles soient une victoire nécessaire sur nos passions particulières! Jurons tous, sur la tombe de Lepeletier, de n'avoir plus d'autre passion que celle de sauver la patrie.--» Et tous les membres de la Convention avaient levé les mains et joint leurs serments à celui de l'orateur ^ Or, le soir même, la Convention se réunissait pour la nomination d'un président, en remplacement de Vergniaud, dont les pouvoirs expiraient, Julien, député de la Haute-Garonne, demande la parole sur le procèsverbal et réclame le rapport du décret qui a ordonné l'envoi de la lettre de Roland dans les départements^. Guadet, qui occupe le fauteuil, fait observer que Julien a la parole sur la rédaction du procès-verbal et non pour demander le rapport d'un décret. D'énergiques protestations s'élèvent des bancs de la Montagne. La droite réclame à grands cris l'ordre du jour. Julien, Thuriot, plusieurs de leurs collègues insistent pour

nal des Débats et des Décrets, \V 129, donno le compte rendu de cette séance du matin.)

1. Procès-verbal ordonné par la Convention nationale des faits relatifs aux funérailles de Michel Lepeletier.

2. Il s'agissait de la lettre dans laquelle Roland donnait sa démission de ministre de l'intérieur. Elle avait été lue dans la séance du 23 janvier.

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avoir la parole. Le tumulte grandit; insultes et menaces s'échangent et se croisent d'un côté de la salle à l'autre. Le président est obligé de se couvrir. Lorsque le calme est enfin rétabli, on passe à l'élection du président, Rabaut Saint-P^tienne obtient 179 suffrages et Danton 150. Aussitôt le résultat proclamé, la Montagne éclate en cris de colère; elle accuse violemment les membres du bureau et se répand en injures contre le président qui vient d'être élu. Robespierre le jeune, Collot-d'Herbois, Lecointre de (Versailles), demandent à parler contre le résultat du scrutin. La parole leur est refusée. Ils se cramponnent à la tribune et refusent d'en descendre; il faut les éconduire successivement, l'un après l'autre, par trois décrets d'ordre du jour, et chacun de ces décrets est accueilli ici par des imprécations, là par des applaudissements. On procède enfin à l'appel nominal pour l'élection des secrétaires, et, cette fois, la Montagne l'emporte : Bréard, Cambacérès et Thuriot sont nommés. La séance est levée à minuit et demi, au milieu d'une agitation indescriptible, au bruit des provocations et des menaces. Et c'est ainsi que les membres de la Convention nationale ont déposé .sur la tombe de Lepeletier Ips fatales préventions qui les 'divisent, toutes les rivalités et tontes les défiances réciproques

1. Voyez sur la séance du je4.uli 24 janvier 1793, qui commença à sept lieures du soir; à Tissue de la cérémonie funèbre de Lepeletier, le Journal ch's Délmls pI (Ips rh-n-ot.-i. n" 129: et le Mercure français de janvier 1793.

Le Testament de Louis XVI.

Maidi 29 janvier 1793.

Le mardi 25 décembie. jour de la fêle de Noël et veille de la comparution définitive de Louis XVI devant la Convention, le roi a écrit son Testament, et en a remis un duplicata à M. de Malesberhes, qui a pu le faire passer à sa destination hors de France '.

M. de Malesherbes en avait fait faire plusieurs copies, si bien que, dans la matinée du 22 janvier, l'une d'elles a pu paraître sous ce titre : Testament de Louis XVI, précédé des détails sur tout ce qui s'est passé avant et après V exécution'-. Ce même jour, Etienne Feuillant, le courageux rédacteur du Journal du soir, qui avait, de son coté, reçu communication de l'une de ces copies, s'est empressé de la publier ^.

1. Ce duplicata fail partie de la collection de M. le baron Feuillet de Conches. — L'original est dépoisé aux Arcliives nationales.

2. In-8", 8 pages. — De l'imprimerie de la Feuille de Paris, rue Grange-Batelière, n° 26.

3. Journal du Soir — de •politique et de littérature, rédigé par Kt. Feuillant, n" du mardi 22 janvier 1793. — Etienne Feuillant, né à Brassac (Auvergne), avocat au Parlement de Paris, avait créo. en 1789, (c JùurnoA du soir, qui obtint un succès considérable. Il

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La Commune de Paris, dépositaire de l'original, voyant qu'elle ne pouvait plus le tenir secret, s'est alors résignée à le faire imprimer comme un témoignage du fanatisme et des crimes du tyran.

J'ai relu ce matin ces pages sublimes où la vertu du meilleur des rois rayonne d'un éclat immortel. Je suis sorti ensuite pour aller aux nouvelles, et j'ai acheté un assez grand nombre de journaux. Presque tous s'occupent du Testament de Louis XVL

Comprenant, sans doute, que ce témoignage d'une âme si clémente et si chrétienne, cette bonté, cette tendresse, ce pardon surhumain, pèseront à jamais sur les régicides comme la plus terrible et la plus ineffaçable des malédictions, les feuilles républicaines insultent, avec un redoublement de rage, à la mémoire de Louis. Les journaux brissolins ne sont guère moins violents que ceux de la Montagne. C'est aux premiers que j'emprunte les extraits suivants :

« Il est inutile, écrit le Moniteur, d'en dire davantage sur ce testament où brille toute l'hypocrisie d'un dévot, toute la superstition d'un esprit faible, toute l'incorrigibilité d'un roi ^ . »

publia le premier le testamenl de Louis XVI dans son numéro du mardi 22 janvier 1793. Fidèle à ses principes royalistes, il fonda en 18U le Journal général de France. Dénoncé pendant les Cent- Jours à la Cliambre des Représentants, il fut arrêté et conduit à la Force. En 1815, il fut élu par le département de Maine-et-Loire à la Chambre des députés, et publia, en 1818, un ouvrage intitulé les Lois fondamentales. Il est mort, en 1840, en Anjou. En tête de ses amis figuraient 3Iicliaud, l'iiistoricn des Croisades, et Berryer. (Voir la Xotice nécrologique sur Etienne Feuillant, dans ^i Gazette de France du 26 juillet 1840.) 1. Moniteur du 28 janvier 1793.

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« Cette pièce, dit Carra, député de Seine-et-Oise, dans ses Annales patriotiques, est un chef-d'œuvre d'iiypocrisie ou de superstition; elle rappelle les baisers que Louis XI donnait à sa petite bonne Vierge de plomb : on sait que, pour être dévot, il n'en était pas moins tyran. La dévotion, surtout chez les rois, s'allie Ibrt bien avec tous les crimes ' . »

« Nos neveux, dit le Bulletin des Amis de la vérité, verront, dans cette pièce, à quel point une éducation mal dirigée et des prêtres fanatiques avaient égaré la raison de Louis Capet ^. »

Quant à Brissot, voici ce qu'il écrit dans son journal, le Patriote français : « Cette pièce est authentique, elle a été remise à la Commune par les commissaires du Temple. Le style entièrement contre-révolutionnaire de cette pièce est un démenti formel que Louis a donné lui-même à toutes ses démarches prétendues constitutionnelles. Si ses partisans appellent de son jugement au tribunal de l'Europe ou à celui de la postérité, nous demandons que ce testament soit la première pièce du procès ^. »

Tandis que je lisais ces gazettes au jardin de l'Egalité, un enfant criait et vendait : les Crimes de Louis XVI''.

Je suis sorti du jardin, le rouge au front, le déses-

' 1. Annules patriotiques, 1793, n» XXII.

2. N° XXV de l'année 1793. — DeschienS) Bibliographie des Journaux, p. 107, dit que le Bulletin des Amis de la vérité était « rédigé par le parti de la Gironde. »

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