Le Patriote français, n
3; Ibid;
qui avait commencé le malin à 8 heures, est levée à 9 heures du soir.
Tout fiers d'avoir voté l'arrestation de Marat, les membres de la Gironde se hâtent d'aller souper sans plus s'inquiéter de savoir si leur décret va recevoir son exécution. Tandis qu'ils s'éloignent, laissant l'ylmi du peuple à son banc, plusieurs habitués des tribunes glissent le long des colonnes, et, pénétrant dans l'enceinte réservée aux députés, se groupent autour de Marat et des Montagnards, au nombre de cinquante environ, qui sont restés près de lui. Ils le conduisent à l'une des portes de la salle. Une sentinelle s'oppose à sa sortie. On va chercher l'officier de garde qui arrive avec l'expédition du décret qu'il vient de recevoir, et que président et secrétaires ont oublié de signer : « Ce n'est qu'un chiffon de papier! » lui crie-t-on; il perd la tête, lève la consigne et laisse passer Marat, qui, suivi d'un nombreux cortège, va se cacher en lieu sûr, riant, non sans motifs, de l'ineptie des hommes d'Etat^.
Samedi 13 avril. — Un nouveau décret portant la peine de mort a été rendu au commencement de la séance, sur la proposition de Robespierre, appuyée par Danton. Il est ainsi conçu :
La Convention décrète la peine de mort contre quiconque proposerait de négocier ou de traiter avec des puissances ennemies, qui n'auraient pas préalablement reconnu solennellement l'indépendance de la nation française, sa souve-
1. Le Publicisle de la Ré-publique française (par Marat), n» CLXIX.
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raineté, riiulivisibilité et l'unité de la République fondée sur la liberté et l'égalité.
Après la lecture d'une lettre de Marat déclarant qu'il n'obéira pas au décret rendu contre lui, attendu qu'il se doit au peuple « dont il est l'œil », Delaunay, le jeune, monte à la tribune pour faire, au nom du comité de législation, un rapport sur tous les délits imputés h YArni du peuple. Ce rapport commençait par la reproduction delà fameuse circulaire signée Marat, président, qui avait donné lieu, la veille, à l'accusation portée contre lui. A peine Delaunay a-t-il achevé de la lire, que plusieurs membres de la Montagne se lèvent et se déclarent prêts à la signer à leur tour. « Je demande, dit David, que cette adresse soit déposée sur le bureau et que tous les patriotes aillent la signer. » A la suite de David, Thirion ', Dubois-Grancé, Camille Desmoulins, se précipitent vers le bureau, et, après eux, une centaine de leurs collègues. On remarque que Danton ne quille pas sa place. Quant à Robespierre, il s'avance à pas comptés vers le bureau et retourne à son banc sans avoir signé -, Pendant toute celle scène, le coté droit et le centre restent immobiles et silencieux; les tribunes, au contraire, ne cessent d'applaudir avec frénésie.
Granet demande que l'Adresse des Jacobins soit imprimée, envoyée aux départements et aux armées. Vergniaud et Lacaze appuient cette motion. Gensonné
1. Thirion, député de la Moselle, et non Thtiriot. comme le dit par erreur M. Mortimer-Ternaux, t. VIII, p. 134.