‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 120 sur 230 · Mercure français, n° du 13 avril 1793, p · texte numérisé non relu

Mercure français, n° du 13 avril 1793, p

2. André Murcllet (1727-18191, membre de rAcadémie française depuis 178Ô. Il tint, pendant la Révolution, une conduite très courageuse. Il a laissé des Mémoires d'un vif intérêt, publiés en 1821 .>;ous ce titre : Mémoires sur le dix-liuUli'me siècle el sur la Révolution.

PARTS EX 179:3 2v'l

Allons, mon pauvre chevalier, n'y revenez plus. Vous croyez-vous donc encore sous le règne de Louis XVI ou sous celui de Numa Pompilius? — La parole aujourd'hui n'est pas à Florianet\ elle est à Fouquier-Tin ville.

1. B-lorian, cigû de dix ans (1765), avait reçu de Voltaire le nom de Florianet. — Le plus inoffensif des poètes n'a pas trouvé grâce devant la Révolution. Florian fut arrêté le 27 messidor an II (15 juillet 1794) et conduit dans la prison de Port-Libre. On lit dans le Journal des événements arrivés à Port-Libre. ci-devo.nt Port-Royal : « Du 27 messidor. On nous a amené ce matin un homme bien estimable, le chevalier de Florian, auteur de Niima Pompilius, cVEstelle, etc. Il nous a appris que Parny, le poète du naturel et des grâces, était aussi incarcéré, mais il ignore dans quelle maison d'arrêt. » — Je trouve, dant une note de La Harpe, au tome IX de son Cours de littérature, p. 464, les lignes suivantes sur la mort de Florian : « On sait qu'échafjpé en thermidor aux bourreaux révolutionnaires, il passa de la prison dans son lit de mort, où il fut emporté en peu de jours par une fièvre chaude, suite des angoisses et des horreurs de la situation dont il sortait. Dans son délire continu, son imagination sensible, et frappée sans remède, l'entourait de tous les monstres de la Révolution. Il sera toujours compté au nombre de ses victimes, sinon de celles qu'elle a tuées, au moins de celles qu'elle a fait mourir; ce qui est la même chose devant Dieu et devant les hommes, »

Le triomphe de Marat.

Vendredi 26 avril 1793.

« Peuple, c'est demain que ton incorruplible défenseur se présente au Tribunal révolutionnaire' ». Cet Avis au lecteur, publié avant-hier par le journal de Marat, affiché sur les murs et colporté dans les faubourgs, a produit son effet. Un grand nombre de sans- culottes ont passé la nuit dans la salle du Tribunal -. Hier matin, avant huit heures, toutes les salles du palais de Justice, les corridors, les cours et les rues adjacentes étaient remplis d'une foule énorme, hurlant tour à tour la Carmagnole ou l'Hymne des Marseillais, et poussant des cris formidables de Vive Marat! Vive Vami du peuple! A bas les Rolandistes ! Mort aux Brissotins !

1. Le Publiciste de la Rcpuhliqiie française, par Marat, l'ami du peuple, député à la Convention, auteur de plusieurs ouvrages patriotiques, n" 176. Mardi 23 avril 1793. — De l'imprimerie de Marat, rue des Cordeliers, vis-à-vis celle Haute-Feuille.

2. Jean-Paul Marat. l'ami du peuple, par M. Alfred Bougeart, t. II, p. 219.

Lorsque Marat a été introduit dans la salle, escorté de quelques-uns de ses collègues de la Convention, d'un colonel de la garde nationale, d'un capitaine de frégate et de plusieurs administrateurs et municipaux qui avaient passé la nuit avec lui à la Conciergerie % il a été salué par un véritable tonnerre d'applaudissements.

Le tribunal, présidé par le citoyen Montané, les jurés, le citoyen Fouquier-Tinville, accusateur public, l'ont reçu avec les marques de la plus extrême déférence. Est-ce que l'un des pages, Roussillon, n'a pas dit, lundi soir, au club des Gordeliers : a Ne craignez rien pour sa tête. On parle de l'arrêter; je vous invite à poignarder celui qui oserait porter une main sacrilège sur l'Ami du peuple... Que le peuple nous amène aussi toute la faction girondine, vous verrez lesquels auront la tête sur les épaules en sortant du Tribunal -' »

A peine entré, Marat dit à ses juges : a Citoyens, ce n'est point un coupable qui paraît devant vous, c'est l'apôtre et le martyr de la liberté ; ce n'est qu'un groupe de factieux et d'intrigants qui ont porté un décret d'accusation contre moi ^. » Dès ces premières paroles, il était aisé de voir, en effet, que ce n'était point là un accusé comparaissant devant ses juges, mais bien plutôt un souverain à la tête de ses sujets : il était évident que nous allions assister, non au procès, mais au triomphe de Marat.

VAmi du peuple était vêtu avec une sorte de

Page 1