‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 121 sur 230 · Bulletin du Tribunal criminel révohitionnuire, n · texte numérisé non relu

Bulletin du Tribunal criminel révohitionnuire, n

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recherche. Au lieu de sa houppelande de tous les jours, il portait une lévite jadis verle, relevée d'un collet d'hermine jaunie. Il avait renoncé, pour ce grand jour, à nouer autour de sa têle un mouchoir gras et sale; son front découvert attendait les couronnes et les fleurs.

Après la lecture de l'Acte d'accusation, il est procédé à l'audition des témoins. Le débat roule tout entier sur un article du Patriote français; et, sur le réquisitoire de l'accusateur public, le député Brissot est invité à se rendre à l'audience. Cette décision du Tribunal est accueillie par des applaudissements, et c'est Marat luimême qui invite l'auditoire à garder le silence. Puisque c'est lui qui préside véritablement l'audience, il est juste qu'il fasse la police de la salle. On entend encore quelques témoins, qui ne sont interrogés que sur l'article du Patriote, lequel est complètement étranger à l'alfaire^. Le président annonce que, sur laletlre par lui écrite au président de la Convention pour demander la comparution de Brissot, la Convention a passé à l'ordre

1. Voici cet article du Patriote français, inséré dans le n" du 17 avril 1793 (et non du 16, comme le dit par erreur le Bulletin du Tribunal révolutionnaire) : « Un triste événement vient d'apprendre aux anarchistes quels sont les funestes fruits de leur doctrine affreuse. Un Anglais, dont je tairai le nom, avait abjuré sa patrie, parce qu'il détestait les rois; il vient en France, espérant y ti'ouver ia liberté; il ne voit que son masque sur le visage hideux de Tanarchie. Déchiré de ce spectacle, il prend le parti de se tuer. Avant de mourir, il écrit ces mots, que nous avons lus écrits de sa main tremblante, sur un papier qui est dans les mains d'un étranger célèbre : « J'étais venu en France pour jouir de la liberté, mais « Marat l'a assassinée. L'anarchie est plus cruelle encore (jue le « despotisme. Je ne puis résister au douloureux spectacle du o triomphe de l'imbécillité et de l'inhumanité sur le talent et lu « vertu. "

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du jour; puis il donne la parole à Marat. Le plaidoyer de YAini du peuple n'a élé qu'un long réquisitoire contre ses collègues, et chacune de ses phrases a été couverte d'applaudissements.

Les questions soumises aux jurés étaient ainsi conçues :

1» Est-il constant que, dans des écrits intitulés VAmi du peuple, par Marat, et le Publiciste^ l'auteur ait provoqué : 1° au pillage et au meurtre; 2" un pouvoir attentatoire à la souveraineté du peuple; 3" l'avilissement et la dissolution de la Convention nationale?

2° Jean-Paul Marat est-ill'auteur de ces écrits?

3° Jean-Paul Marat a-t-il eu dans lesdits écrits des intentions criminelles et contre-révolutionnaires ^ ?

Les jurés se sont retirés dans la salle de leurs délibérations et sont rentrés à l'audience au bout de 45 minutes.

Le citoyen Dumont, premier juré, a motivé son opinion en ces termes :

J^ai examiné avec soin les passages cités des journaux de Marat. Pour les mieux apprécier, je n'ai pas perdu de vue le caractère connu de l'accusé, et le temps pendant lequel il a écrit. Je ne puis supposer d'intentions criminelles et contre-révolutionnaires à l'intrépide défenseur des droits du peuple. Il est difficile de contenir sa juste indignation, quand on voit son pays trahi de toutes parts ; et je déclare que je n'ai rien trouvé dans les écrits de Marat qui me parût constater les délits dont il est accusé ^.

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