Ibid
Une immense clameur : Vive Marat! Vive le peuple! Vive la République! accueille le cortège à son arrivée sur le quai de l'Horloge. Aussi loin que la vue peut s'étendre, les deux rives de la Seine, les rues, les ponts, sont couverts et comme inondés par des flots de peuple. Le fauteuil qui porte Marat et ses couronnes avance lentement, battu, soulevé par ces flots humains. Par instants, il semble qu'il va sombrer; mais il reparaît bientôt, triomphant et superbe. Aux cris qui le saluent, aux fleurs qu'on lui jette, Marat répond par des sourires qui le font paraître plus bideux encore. Il remue la tête, se démène sur son fauteuil comme un épileplique, étale avec complaisance sa poitrine débraillée. Il ouvre les bras comme pour embrasser le peuple. Il met la main sur son cœur, — le cœur de Marat! De dislance en distance, les orateurs des clubs et ceux des sections arrêtent le cortège, prononcent des harangues et offrent des couronnes à l'objet de leur culte. Il a fallu plus d'une heure pour aller du palais de Justice au Pont-Neuf. Dans la rue de la Monnaie, les femmes des Halles ont littéralement noyé Marat sous les fleurs. Le pauvre homme, éperdu, aveuglé, suffoqué, a secoué ses oreilles, et de ses cheveux gras, de son cou cuivré, de son collet jauni, est tombée une véritable pluie de lilas et de roses. Mais c'est dans la rue Saint-Honoré que l'enthousiasme sans cesse grandissant a atteint son apogée. Les spectateurs s'écrasaient dans la rue, encombraient les marches des églises ', garnissaient les fenêtres, et par-