‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 126 sur 230 · Moniteur du 26 avril · texte numérisé non relu

Moniteur du 26 avril

2. « î;t cet homme est porté en triomphe au aein de la Convention même qu'il venait d'outrager! Il y parait en vainqueur! Et Danton appelle un beau jour ce jour de deuil pour la vertu et la liberté! Et Osselin demande l'insertion au Bulletin de ce scandaleux jugement ! Et l'Assemblée reste muette, ferme les yeux sur la prévarication, sur la violation de la loi, sur loutrage fait à la représentation nationale! » iJ.-P. Brissot à ses commettants, p. 26.)

« M. Michelet, dans son Histoire de la RévoliUion, n'a guère commis qu'une seule erreur de fait. » C'est M. Jules Simon qui a délivré à M. Michelot, dans la Notice qu'il lui a consacrée, comme secrétaire perpétuel de l'Académie des sciences morales et politiques, ce brevet d'exactitude. Une seule erreur .'La, vérité est que l'ouvrage du célèbre historien fourmille d'erreurs sans nombre et que, pour les relever, il faudrait plusieurs volumes. J'en veux signaler une que je trouve dans le récit du procès de Marat et qui ne laisse pas d'être assez forte. « A ce tribunal, dit M. Michelet (t. V, pp. liSk, 485, 486), à ce tribunal, composé de Robespierristes ou de Maratistes, les Girondins avaient envoyé Marat. Le président du tribunal, c'était Robespierre dans le doux Herman d'Arras, son ami. Le vice-président, c'était lui dans le franc-comtois Dumas. Ceux dont il refit plus tard la Commune étaient là déjà [Payan, Coffinkal). Son fanatique admirateur, le peintre Topino-Lebrun, siégeait pour lui au tribunal... Son imprimeur Nicolas était juré révolutionnaire... Nommons en tête Antonelle, Boisent... Souberbielle. » — De tous les personnages cités ici par Michelet, pas un seul n'a siégé dans le procès de Marat; pas un seul, au mois d'avril 1793, ne faisait encore partie du tribunal révolutionnaire, soit comme juge, soit comme juré. Voici, d'après le procès-verbal d'audience, la composition du tribunal dans sa séance du 2k avril 1793 : Président : Jacques-Bernard-Mario Montané; juges : Etienne Foucault et Antoine Roussillon ; jurés : Dumont, Coppins, Jourcleuil, Fallot, Ganney, Leroy, Brochet, Duplain, Saintex et Chrétien. (Archives W 269, n" 16, dossier Marat).

Si rien n'est plus rare que l'exactitude chez les historiens de la Révolution, au moins devrait-elle se rencontrer chez les éci-ivains qui ont circonscrit leur sujet et consacré des monographies, soit à un homme, soit à un épisode particulier. Il n'en est malheureusement pas ainsi. Voici, par exemple, M. Alfred Bougeart, qui a écrit une Vie do Marat l'ami du peuple, en deux volumes in-octavo (Paris, 1865); il traite de menteurs, de calomniateurs, ceux qui accusent Marat d'avoir demandé 270,000 tètes. Il affirme que ce chiffre est de pure invention et qu'on ne le trouvera nulle part. Il suffit cependant, poijr le trouver, d'ouvrir le Moniteur. On lit,

Î3-2 PAPas EX 1793

cil cft'ét, au compte rendu de la séance de la Convention du 2k octobre 1792 :

« N. Je demande que l'on reçoive les déclarations de tous ceux qui connaissent la conduite de Marat. Je sais qu'un membre de cette assemblée a entendu dire à Marat que, pour avoir la tranquillité, il fallait que 270,000 tètes tombassent encore.

» VERMONT. Je déclare que Marat a tenu ce propos auprès de moi.

« MARAT. Kli bien I oui, c"est mon opinion, je vous le répète. »

{Moniteur de 1792, n° 300. — Histoire parlementaire de la Révolution française, par Bûchez et Roux, t. XIX, p. 379.)

Le mariage de M'"^ Récamier.

Samedi 27 avril 1793.

Le destin se plaît parfois à d'étranges rapprochements. Jeudi 24 avril, à l'heure même où le triomphe de Marat se déroulait dans les rues de Paris, avait lieu le mariage de M"" Juliette Bernard et de M. Récaniier, l'un des principaux banquiers de la capitale. Le soir, quelques amis, répondant à l'invitation de M. Bernard, se sont réunis dans son hôtel, au n" 13 de la rue des Saints-Pères \ Un peu remis de mes émotions de la journée, je m'y suis rendu vers les dix heures. A mon entrée dans le salon, où se trouvaient déjà Tassin le banquier et son frère ^, M. Lémontey, ancien député à l'Assemblée législa-

1. Souvenirs et correspondance tirés des papiers de M""= Récamier (par M"'« Charles Lenormant, sa nièce), t. I'^'".

2. Tassin (Louis-D-aniel), banquier, députe suppléant du tiers état de la ville de Paris aux Etats-Généraux, l'un des ofliciers du bataillon des Filles-Saint-Thomas, dont son frère, Tassin de Lestang, était commandant en premier. Les deux frères Tassin furent traduits au Tribunal révolutionnaire et guillotinés tous les deux le même jour, 13 floréal an II (2 mai 179ij.

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tivft ^ M. de La Harpe et quelques autres personnes, la belle Juliette est venue à moi et m'a tendu la main. Dans la rue Saint-Honoré, j'avais vu le crime dans toute sa laideur, et voilà que je contemplais l'innocence dans toute sa beauté. Juliette a quinze ans et demi-. Des cheveux châtains, naturellement bouclés, un front pur et charmant, le nez délicat et régulier, une bouche petite et vermeille, des dents de perle, un éclat de teint incomparable, la tête la mieux attachée, la taille la plus fine, la démarche la plus gracieuse, et par-dessus tout, une physionomie pleine de candeur et que l'expression de la bonté rend irrésistiblement attrayante, telle est celle qui s'appelle maintenant M"^® Récamier, si svelte , si aérienne , si divinement belle, qu'il nous semblait par instants voir en elle l'ange même de la réconciliation et de la paix. Comme elle traversait le salon, M. Lémontey me rappela ce que le duc de Saint-Simon, dans ses Mémoires, dit de la duchesse de Bourgogne : « Les grâces naissent d'elles-mêmes de tous ses pas, de toutes ses manières... Une marche de déesse sur les nues. » — Et vera incessu patuit dea, dit avec un sourire M. Récamier, qui aime à citer des vers d'Horace et de Virgile ^. M. Lémontey n'est point de ceux que l'on prend aisément sans vert. l\ continua donc à son tour :

1. Lémontey (1762-1823i, membrn tic l'Acatlémic française, était de Lyon, comme M"« Récamier.

2. M"» Récamier (Jeanne-Françoise-JuUc- Adélaïde Bernard) était née à Lyon le 3 décembre 1777.

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