‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 127 sur 230 · Souvenirs et eorrespondanre, etc., t · texte numérisé non relu

Souvenirs et eorrespondanre, etc., t

Xoa Deroe vobis, non hœc Rhœteia...

Est Dorycli coQJux. : divini signa decoris, Ardentisque notate ocalos ; qui spiritus illi, Qui Yoltus vocisve sonus, vel gressus eunti '.

Yers la fin de la soirée, M. Récamier, absent depuis quelques moments, reparut les mains pleines de lys, et les déposant devant sa jeune femme, nous dit :

Mauibus date lilia pleuis.

« — Non, non, dit M'"^ Bernard, d'une voix grave et triste; non, pas de fleurs aujourcVhui. » — Je remarquai alors que les salons de M"'^ Bernard, ordinairement tapissés de fleurs -, n'en renfermaient pas une seule. — « M™* Bernard a raison,» reprit M. Récamier. « Les fleurs aujourd'hui appartiennent à Marat », ajoula-t-il à demi-voix, comme s'il eût craint que ce nom hideux n'empoisonnât l'atmosphère de pureté et d'honneur que nous étions tous si heureux de respirer pendant ces trop courts instants.

Je suis sorti avec M. Lémontey. « Vous le voyez, me dit-il, quoi qu'on fasse et quelque soin qu'on y apporte, il n'est plus de réunion intime, plus de fête de famille que ne vienne troubler le spectre de la Révolution. C'est vainement que cet aimable M. Récamier a évoqué

1. Enéide, livre V. L'abbé Delille a ainsi traduit ces vers :

Non, ce n'est pas ici Béroé que je vois...

Voyez : sont-ce bien là les traits d'une mortelle ? Observez ces regards où la flamme étincelle. Cette marche, ce port, et cet éclat divin.

2. Salons politiques de Paris après la Terreur, par Louis Lacour, p. 78.

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le doux Virgile et ses riantes peintures. Chacun de nous avait présents à la pensée ces autres vers où le poète semble avoir décrit d'avance les monstres que l'enfer a vomis et que Paris couronne :

Tiistius haudillis momlrum, nec ssevior ulla Pestis, et ira deura Slyijm sese extulit undis *. »

1 Enéide, livre V.

Les funérailles de Lazo'wski'.

Mardi 30 avril 1793.

Les premières lettres de grâce signées par Louis XVI furent celles de Claude Lazowski, qui servait dans un régiment de cavalerie et avait été condamné à mort pour avoir frappé un de ses officiers ^.

Il était fils d'un Polonais venu en France à la suite du roi Stanislas. Tandis que son frère, appelé en 1784 à une des quatre places d'inspecteurs du commerce créées par M. de Galonné, ne se croyait pas délié par la Révolution des devoirs de la reconnaissance et montrait, après le 10 août, un dévouement sans bornes à son ancien protecteur, le duc de la Rochefoucauld- Liancourl, Claude Lazowski se jetait dans tous les excès, braillait dans les clubs, arborait des premiers la livrée du sans-culottisme et ne tardait pas à devenir

1. On trouve aussi, dans les journaux du temps, les formes ciaprès ; Lazonslti, Lajouski, Laziousld, Laliousid, Lasouski, Lajous/ii, Lasos/iiy, etc.

2. Anecdotes relatives à quelques personnes et à plusieurs événements remarquables de la Récolution, par le conventionnel Harniand (de la Meuse), p. 90.

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commandant des canonniers de la section du Finistère '. Au 20 juin, c'est lui qui fait transporter à bras un canon jusque dans la troisième pièce du château, dans la salle des Suisses. Au 10 août, il est à la tête des assaillants. Au 2 septembre, il est à Orléans avec Fournier l'Américain. Avec Fournier et Bécart, commandant du bataillon dePopincourt, il est un des chefs de celte expédition qui a abouti aux massacres de Versailles, à regorgement des cinquante-trois prisonniers de la Haute-Cour-. Au mois de mars dernier, il était, avec Desfieux et Varlet, un des chefs de la conjuration qui avait pour objet l'assassinat des principaux membres du côté droit. Son arrestation fut décrétée; mais le cœur manqua à la Gironde et on le laissa libre. Nous l'avons vu, depuis lors, parcourant nos rues avec la face enluminée d'un buveur et l'œil hagard d'un assassin ^, en horreur à tous les honnêtes gens, et si décrié auprès de ses complices eux-mêmes, que l'un

1. Dans SCS Mémoires, M"' Roland a écrit sur Lazowski des pages fort belles et, au fond, très justes, mais où se sont glissées quelques inexactitudes. C'est ainsi qu'elle a réuni sur une seule tétc ce qui concernait les deux Lazowski, et quelle a fait du héros du 10 aoiU l'ancien protégé et le commensal du duc de la Rochcfoucauld-Liancourt. Lacretelle jeune, dans ses Dix années d'épreuves pendant la Révolution, p. 67 et 110, a relevé cette erreur, ce qu'il pouvait faire mieux que personne, ayant été honoré, dans sa jeunesse, de l'amitié de M. de la Rocliefoucauld.

2. M"" Roland {Mémoires, p. 326) dit : « Les exploits de Lazowski datent du 2 septembre et de l'activité qu'il sut entretenir dans 1j massacre des prêtres à Saint-Firmin, sur la section du Finistère, qui était la sienne. » — 'M'"'' Roland commet ici une doulile erreur : Lazowski, le 2 septembre, n'était pas à Paris, mais à Orléans. Saint- Firmin était sur la section des Sans-Culottes, et non sur celle du Finistère. Le séminaire de Saint-Firmin, appartenant aux Pères de la Mission de la maison de Saint-Lazare, était situé rue Saint- Victor.

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