Peltier. t. II, p
PARIS EN 1793 3t
commissaires pénétrèrent dans ma chambre. Ils venaient d'arrêter M. Séron ^ . Était-ce satisfaction d'avoir mis la main sur cet honnête homme? Un pauvre diable de célibataire, dont l'arrestation n'aurait fait verser de larmes à personne, leur paraissait-il un trop mince régal, et leur fallait-il l'àpre jouissance d'arracher un père de famille à sa femme et à ses enfants? Quoi qu'il en soit, après m'avoir honoré de quelques injures, ils se retirèrent et me laissèrent libre.
Les arrestations opérées dans la nuit du 30 août et dans la journée du 31, s'élevèrent au chiffre de trois mille. Les massacres de Septembre pouvaient commencer.
Tels sont les souvenirs, à jamais ineffaçables, que ravivait dans l'âme des Parisiens le décret du 21 janvier, autorisant de nouvelles visites domiciliaires.
Aux souvenirs de la nuit du 30 août 1792 viendront s'ajouter maintenant ceux de la nuit du 27 janvier 1793.
J'étais allé lire les journaux au café Corazza. Les cafés, les galeries, les jardins, les grottes flamandes, le berceau lyrique, étaient pleins d'une foule immense. On n'évalue pas à moins de six à sept mille les citoyens qui étaient venus au Palais-Royal, — aujourd'hui Palais de l'Égalité, — pour y passer leur soirée du dimanche. Il y avait là, en grand nombre, des pères avec leurs jeunes fils, des mères de famille avec leurs enfants^. Soudain sur les huit heures, une