‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 166 sur 230 · Schmidt, t. Il, p. 63, Rapport de Dulard à Garât · texte numérisé non relu

Schmidt, t. Il, p. 63, Rapport de Dulard à Garât

fonctions l'exigent. Les enterrements se font toujours avec quelque solennité ' .

Passant, il y a quelques jours, rue Sainte-Avoye, je me suis croisé avec deux prêtres qui revenaient de conduire un mort. Le sacristain avec sa croix d'argent heurta un crocheteur ivre, qui se répandit en injures : « Chut! dit son camarade, c'est le bon Dieul — Bahl le bon Dieu!... Il n'y en a plus de bon Dieu! » Tel n'a point paru être l'avis des autres passants; tous se sont découverts; presque tous ont fait le signe de la croix et ont récité des prières -.

Dimanche dernier était le dimanche de la Pentecôte ^. La Pentecôte était autrefois une grande et douce fête. Elle durait trois jours, pendant lesquels les boutiques étaient fermées; les amis voyaient leurs amis, les ennemis se réconciliaient avec leurs ennemis, les familles se réunissaient d;ms de simples et joyeux banquets : c'était une fête vraiment chrétienne et vraiment française.

Grâce à Dieu, malgré les deuils de l'heure présente et les menaces de demain, malgré la lutte ardente des partis, en dépit des clubs et des émeutes, des cris de haine et de mort qui de toutes parts retentissent, Paris n'a pas laissé passer la Pentecôte sans lui demander un peu de rafraîchissement et de paix, sans revivre, du moins pour un instant, de cette vie d'autrefois, remplie sans doute de douleurs et de misères, pleine

1. Interrogatoire de Pierre Brugières, curé (constitutionneli de Saint-Paul. Nouvelles ecclésiastiques, pour le 23 décembre 1793.

Page 1