Commune de Paris, séance du 30 el 31 mai
noa aux amis de Robespierre et de Danton, mais aux hommes de Marat et d'Hébert.
Hier jeudi \ l'Évêché a été, comme la veille, le théâtre de deux réunions, — celle du club électoral, où l'on était admis sur la présentation d'une carte, et celle des commissaires des sections. La première s'est ouverte à neuf heures du matin. Le courageux Lanjuinais, qui n'avait pas craint d'y pénétrer, au risque d'être égorgé, s'il avait été reconnu, en a rendu compte le soir à la Convention. Il a rapporté ces paroles de Hassenfratz : a Citoyens, souvenez-vous du 10 août! Avant cette époque, les opinions étaient partagées sur la République; mais à peine avez-vous eu porté le coup décisif, tout a gardé le silence. Le moment de frapper de nouveaux coups est arrivé : ne craignez rien des départements, je les ai parcourus, je les connais tous; avec un peu de terreur et des instructions, nous tournerons les esprits à notre gré. Les départements éloignés suivent l'impulsion que Paris leur donne. Pour ceux qui nous environnent, plusieurs nons sont dévoués. Celui de Versailles, par exemple, est prêta nous seconder, Au premier coup de canon d'alarme, il nous viendra de Versailles une armée formidable, et nous tomberons sur les égoïstes, c'est-à-dire sur les riches. Oui, l'insurrection devient ici un devoir contre la majorité corrompue de la Convention! » Lanjuinais a signalé ensuite le langage tenu par le représentant du peuple Chabot et par Varlet, qui ont dit : « Il ne faut
1. 30 mai 1793. Fragment, par M. Je comte Lanjuinais, pair de Franee, anrinn conventionnel , sur les '.il mai, P' et 2 juin iio:^,.
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pas tuer sur-le-chîimp tous les députés que nous aurons arrêtés; mais il sera facile de les faire juger coupables par les déparlements; alors il en sera d'eux comme de Louis XVI '. »
De même que le club électoral, les commissaires des sections sont restés en permanence pendant toute la journée d'hier. Mais leurs délibérations n'étant pas publiques, on n'en a su quelque chose que par les révélations faites, dans la soirée, au club de la rue Saint-Honoré. Au début delà séance des Jacobins, on a annoncé que trente sections étaient réunies à l'Evôché. Un peu plus tard, un membre a fait connaître que « le premier soin des sections réunies en grande majorité avait été de prendre un arrêté par lequel toutes les propriétés sont mises sous la sauvegarde des républicains sans-culottes- ».
Que faisait cependant le Conseil général de la Commune? 11 ne prenait aucune mesure, il attendait! Dans sa séance d'hier soir, informé par Chaumetle des bruits qui circulent, et d'après lesquels il se tient à l'Evêché une assemblée qui pourrait inquiéter les citoyens, le Conseil général, u afin d'ûter aux malveillants tout sujet de calomnier cette assemblée », arrête
1. Yoy. le Discours ilt> Jjanjuinais ;i la Convention, le 30 mai 1793. à la séance du soir.
2. Procùa-rorhal do la aoricU- fies cimi.^ do la L'tborW- et de VEfinlitô, du jeudi HO mai, l'an II'- do la Uopublique française. Cette séance tics Jacobins manque dans l'exemplaire du Journal dea débat^i et de la correspond ance de la soriétr. conservé à la Bibliotliéque nationale. Le manuscrit original du ]irocés-verl)al du 30 mai a été retrouvé par M. Adolphe Schmidt dans le carton XVIII des actes du Conseil général de la Seine, et jiublié par lui au t. 1. pp. 3ô8 et suiv. de ses Tableaux de la Ri-rolution française.
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({u'une dépulation se renrlr.i sur-le-champ au lieu de ses séances et se renseignera sur ses opérations. Le maire lui-même se charge de cette mission et part accompagné de six membres du Conseil. A son retour, il annonce que les (c citoyens réunis à rp]vèché » se sont déclarés en insurrection et se disposent à faire fermer lès barrières. Le maire ajoute qu'il les a engagés à suspendre, au moins jusqu'après la conférence qui doit avoir lieu aux Jacobins dans la matinée du 31, l'exécution de mesures aussi graves et qui ont besoin d'être profondément mûries. Ses représentations et celles de ses collègues ont été inutiles '.
Le bonhomme Pa.che avait terminé son rapport depuis quelques instants seulement, lorsqu'est entrée dans la salle du Conseil, une députation des « citoyens réunis àl'Évêché ». Elle venait porter à la connaissance de la Commune le texte d'une délibération, prise à la suite d'un discours de Marat, qui a passé à l'Evêché une parlie de la nuit, prêchant l'insurrection, proférant des cris de mort, impatient et inquiet, se démenant par moments comme une bête fauve, et, à d'autres moments, radieux, exultant de joie -, comme en ces journées de Septembre où il préparait le massacre des prisons, et comme en celte nuit de janvier, où il entendait les juges de Louis XVI, les députés de la Gironde, laisser tomber de leurs lèvres ces mots si doux à son oreille : Jn mort!