‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 209 sur 230 · Chronique de Paris. n · texte numérisé non relu

Chronique de Paris. n

encore que celle que Lullier avait présentée la \eille. « Représentants du peuple, disait-elle, les quarantehuit sections de Paris, les corps constitués du déparlement, sont venus vous demander le décret d'accusatinn contre la Commission des Douze, contre les correspondants de Dumouriez, contre les hommes qui provoquent les habitants des départements contre les habitants de Paris... Le peuple est levé, il est debout... Les autorités constituées viennent vous demander un décret d'accusatinn contre les traîtres qui siègent parmi vous... » Et après avoir nommé les députés, dont ils demandaient le renvoi au tribunal révolutionnaire, les pétitionnaires ajoutaient : « Législateurs, il faut en finir, il faut terminer cette contre-révolution; il faut que tous les conspirateurs tombent sdus le glaive de la loi, sans aucune considération. Patriotes, qui avez sauvé plusieurs fois la patrie, décrétez tous ces traîtres d'accusation; dites si vous pouvez nous assurer la liberté; nous sommes tous debout, et nous la sauverons. Les derniers conspirateurs mordront la poussière ' . »

Pas un membre de la Gironde n'a protesté contre cet abominable langage! Pas un n'a élevé la voix pour se défendre ou pour défendre ceux de ses amis dont on demande la tête 1 Seul, le vieux Dusaulx, l'un des dénoncés, monte à la tribune, mais c'est pour balbutier des excuses... Oh étaient Vergniaud, Buzot, Guadet*

1. Convontion nalionalo. séance du samedi l" inin 1793. (Monit'^m du 4 juin.»

PAltlS EN l*9o r!(io

Brissot, Gensonné, Pelioii? Ils n'assistaient pas à la séance : là pourtant était le devoir, car là était le danger. A défaut des che's, quelques-uns de leurs lieutenants et de leurs soldais étaient dans la salle. Au bureau, sur les six secrétaires, cinq étaient girondins : Lasource, Lidon, Fronfrède, Lanlhenas, Rabaut Saint- Etienne'. Aucun d'eux n'a demandé la parole. Ils ont subi en silence les odieuses menaces d'Hassenfratz et des conspirateurs de l'Hôtel de Ville, qui ont été admis aux honneurs de la séance !

La pétition a été renvoyée au Comité de salut public, chargé de faire, dans un délai de trois jours, un rapport sur les membres de la Convention dénoncés par les autorités constituées de Paris. Au moment où ce renvoi était prononcé, un des pétitionnaires, chamarré d'un ruban tricolore, a dit, de façon à être entendu par les députés : « Demain les choses ne se passeront pas de cette manière ^. )>

La séance a été levée à minuit.

Pendant toute la nuit de samedi à dimanche les bataillons des sections sont restés sous les armes, réconfortés par les vins et les victuailles si opportunément mis à leur disposition par la prévoyance du Comité révolutionnaire. Le commandant général Hanriot, mandé à la Commune à trois heures et demie du malin, a déclaré que le peuple était levé et ne voulait

1. Voyez le Procès-verbal de la séance extraordinaire du samedy !'■' juin 1193i publié par Ch. Vatel. (Vergniaud, t. II, p. 395.)

2. Compte rendu et Déclaration, par J.-B.-M. SalsMn, député du département de la Somme, sur les journées des 27 et 31 mai^ P' rt '2 juin 1103.

3Gi l'AKis EN 1793

se rasseoir que lorsque les traîtres seraient mis en état d'arrestation ' .

A quatre heures, le tocsin a recommencé à sonner-.

Lorsque la Coua ention, sur les dix heures du matin, est entrée en séance, les Tuileries étaient entourées par une armée qui peut être évaluée à plus de quatre vingt mille hommes •'. Hanriot avait eu soin d'introduire dans le jardin et dans les cours du château les hommes dont il était sûr, au nombre de cinq mille environ. Cette troupe d'élite, ces gardes de corps de l'insurrection, étaient isolés des bataillons qui n'inspiraient pas au commandant général une confiance aussi absolue, d'un coté, par l'enlèvement du Pont Tournant; de l'autre, par la clôture en bois qui sépare le Carrousel et les cours du Palais-National ''. Le reste de l'armée d'Hanriot. artillerie, infanterie et cavalerie, occupait la place du Carrousel, les quais et les Champs- Elysées; armée étrange, composée des éléments les plus divers, oîi les soldats allemands de la légion de Rosentbal, qui ne comprennent pas un mot de français, sont placés non loin des fédérés Marseillais, écume de la Provence "'; où les contingents de la Vendée '', que l'on a fait revenir sur leurs pas, se trouvent à côté des détachements de la Garde natio-

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