‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 212 sur 230 · Compte roniiii of Bi-i-laration. par .1 -15, -M. Saladin · texte numérisé non relu

Compte roniiii of Bi-i-laration. par .1 -15, -M. Saladin

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prouver qu'ils étaient libres, cette promenade à travers les cours et le jardin du Palais-National n'a fait que mettre dans une plus éclatante lumière l'humiliant esclavage auquel ils étaient réduits. Toutes les avenues, toutes les portes de la salle des séances étaient gardées par les émeutiers. Les députés que les besoins les plus pressants appelaient au dehors ne pouvaient faire un pas sans être escortés par des hommes armés, sans être reconduits pai' eux dans l'enceinte législative transformée en prison '.

Plus l'avilissement de la Convention a été grand, plus le courage déployé par Lanjuinais a été admirable. Nous avons eu déjà, depuis 1789, bien des journées révolutionnaires, et le mois de juin en a eu sa large part :

20 juin 1789 : Serment du Jeu de paume.

25 juin 1791 : Retour de la famille royale arrêtée à Varennes.

20 juin 1792 : Invasion des Tuileries par la populace.

2 juin 1793 : Renversement de la Gironde.

A toutes les journées, à toutes les insurrections dont nous avons été les témoins, combien d'autres s'ajouteront dans l'avenir! Un jour viendra donc, bientôt peut-être, où cette révolution du 2 juin aura disparu sous l'amas des révolutions successives, comme les premières feuilles tombées au pied du chêne disparaissent en hiver sous l'amoncellement des feuilles mortes. Mais tant que la France vivra, tant qu'il y aura

1. ('(tinpif mnilii ol Drclarulion. par .(.-R.->[. Saladiii. "

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dans notre pays nn cœur qui liatlra aux mois d'honneur et de liberté, on gardera la mémoire de l'héroïsme de Lanjuinais. Au milieu de l'Assemblée investie par quatre-vingt mille hommes, devant les colères de la Montagne et les imprécations des tribunes, n'ayant aucun appui à attendre du côté droit dont les bancs sont presque déserts, ni de la plctine qui appartient déjà tout entière à l'insurrection victorieuse, il met à nu les complots do la Commune et du Comité révolutionnaire. Des huées formidables, de véritables hurlements couvrent sa voix. Il domine le tumulte et il continue; il dénonce ces pétitions traînées dans la boue des rues de Paris!.. Le boucher Legendre, faisant avec effort le geste du merlin, le menace et lui crie : Descends... ou je vais V assommer. Et Lanjuinais de répondre avec calme : Fais décréter que je suis bœuf et tu nV assommeras \

Cependant la Montagne est debout. Legendre, Chabot, Turreau, Drouet, Robespierre le jeune, Jullien, d'autres encore, armés de pistolets, escaladent la tribune et s'efforcent de l'en arracher. Legendre lui applique son pistolet sur la gorge, pour l'obliger à descendre. Des membres du côté droit, Defermon, Birotteau, Leclerc(de Loir-et-Cher), Penières, Pilastre, armés aussi de pistolets, viennent à son secours. Pendant qu'une lutte violente s'établit au pied et sur les marches de la tribune et que l'Assemblée tout entière est en proie à un tumulte effroyable, injurié, menacé,

1. I.anjuinais, FrafiniivU smr les :tl mai, !'■•' Pl Q juin l'9.1.

frappé, Lanjuinais demeure impassible. Cramponné à la tribune, il ne lâche pas prise ^ ; le président s'est couvert; le calme revient enfin, et Lanjuinais reprend son discours. Il conclut en ces termes :

Je demaude que toutes les autorités révolutionnaires de Paris, et notamment l'Assemblée de l'Evèché, le Comité central ou exécutif de cette Assemblée, soient cassés, ainsi que ce qu'ils ont fait depuis trois jours, et que le Comité de salut iDublic vous rende compte après-demain de l'expédition du décret que vous rendrez à ce sujet. Je demande encore que tous ceux qui voudront s'arroger une autorité nouvelle et contraire à la loi, soient déclarés hors la loi, et qu'il soit permis à tous les citoyens de leur courir sus '.

A la Fm de la séance, quand Barère a donné le signal de la défection de la plaine, quand tout est perdu et que les membres de la Gironde qui sont dans la salle souscrivent eux-mêmes à leur suspension, Lanjuinais se lève de nouveau. « N'attendez de moi, dit-il, ni suspension, ni démission. » Interrompu avec violence, il reprend : « On a vu quelquefois, dans des contrées barbares, des peuples conduire au bûcher des victimes humaines après les avoir couronnées de fleurs; mais les prêtres qui les égorgeaient ne les insultaient pas^. »

Mirabeau eut-il jamais une inspiration plus sublime? et combien sa fameuse apostrophe à M. de Brézé pâlit auprès de celte admirable réplique, jetée à la face d'une insurrection triomphante !

La fm de ce second discours de Lanjuinais n'est

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