‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 215 sur 230 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

7. « .le sortis hier de l'Asseinbléc entre 1 ol 2 lieiires. » (Lettre de

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ont même pas fait l'honneur de s'apercevoir de sa disparition.

Ainsi abandonnés par leurs chefs, les députés girondistes pouvaient difficilement tenir tête à l'émeute. Un tiers à peu près assistait à la séance', protégés presque tous par leur obscurité. Quelques-uns cependant ont lutté courageusement pour défendre Lanjuinais; je les ai nommés tout à l'heure, mais je suis heureux de redire ici leurs noms : Birotteau, Leclerc, Lidon, Penières, Pilastre. — Defermon, qui s'est signalé aussi dans cette circonstance, n'appartient pas au parti de la Gironde. Député de Rennes, comme Lanjuinais, il a été, comme lui, membre de l'Assemblée constituante, 'et, à la Convention, dans le procès de Louis XVI, il s'est fait remarquer par la fermeté de son attitude et l'indépendance de ses votes.

11 était environ trois heures, lorsque Barère, au nom du Comité de salut public, a donné lecture d'un projet de décret invitant les députés dénoncés par le Département de Paris à se suspendre volontairement de leurs fonctions pour un temps déterminé. Des députés à qui s'adressait cet appel, six seulement étaient présents : Isnard, Fauchet, Lanthenas, Dusaulx, Barbaroux et Lanjuinais. Birotteau avait quitté la salle. Tandis que Lanjuinais et Barbaroux refusaient de se démettre, Isnard, Fauchet, Lanthenas et Dusaulx ont déclaré consentir à leur propre suspension. Les deux derniers

Vcri^niaiul au président do la ConvonUon, en date du 2 juin 1793. — Lp Républicain français, n» 202, du 5 juin 1703.) 1. A. J. Tiorsas, Précis rapide, etc.

ont mérité par là que Marat leur imprimât la flétrissure de sa protection : il les a fait eifacer de la liste. Le châtiment de Fauchet et d'Isnard ne s'est pas non plus fait attendre. Le même décret qui proscrit leurs collègues porte, dans un article additionnel, « qu'Isnard et Fauchet qui, pour la paix et la tranquillité publique, ont consenti à leur suspension, ne seront pas mis en état d'arrestation, mais seulement ne pourront sortir de Paris » .

Chose incroyable ! A cette même heure, les Brissot, les Petion, les Gensonné, les Buzot, les Grangeneuve, les Yergniaud, étaient occupés, dans la chambre de Meillan, à rédiger une Déclaration au peuple français! A la Montagne, à la Commune, à l'émeute qui rugit, à la Révolution qui triomphe, ceux que VAmi du jJBujjle appelle les hommes d'État opposent une feuille du papier! Ils n'avaient pas eu le temps de limer leurs périodes, lorsque le frère de Rabaut Saint- Etienne, Rabaut-Pommier, est entré dans la chambre, et, avec l'accent d'un homme hors de lui : « Il n'y a plus de Convention, dit-il; on fait irruption dans la salle, on s'empare des députés. Sauve qui peut! Sauve qui peut! » Sauve qui peut! Aussitôt chacun détale et s'enfuit au plus fort*.

De tous les chefs de la Gironde, — Barbaroux excepté, — il n'en est pas un seul qui, dans la journée du 2 juin, ait fait son devoir.

Il est d'ailleurs remarquable que si les principaux

1. Mémoires de Pclion, p. 6 : « Nous n'eûmes que le temps do nous (lire : Cherchons vite des retraites, et chacun de nous se retira. »

:)7i PARIS KN 17113

Girondins n'onl point paru à la Convention, les ohels de la Montagne n'ont pris presque aucune part aux évt^nements de la journée. Danton n'a prononcé que quelques paroles, à propos d'un incident tout à fait secondaire. Quant à Robespierre, il n'est pas monté à la tribune, et il n'a dit, lui aussi, que quelques mots. ("iOmme ils n'ont été reproduits par aucun journal et qu'ils peignent au vif le personnage, je tiens à les consigner ici. Lorsque le président a prononcé le décret de mise en accusation des Yingl-Neuf, Robespierre, au pied de la tribune, dans un état d'agitation extrême, s'est écrié : « Que faites-vous? Yous allez tout gâter : il faut poser là un principe' ! » — Poser un principe, à l'heure même où on les viole tous! Voilà bien en eflVl Robespierre, ■ — homme fort après tout, qui a compris mieux que personne, que. du moment oii le peuple était proclamé souverain, tout devenait possible à celui qui parlait en son nom, à la seule condition, toutes les fois qu'on égorge un droit ou une liberté, de l^oser un principe, de crier bien haut qu'on agit au nom du droit et au profit de la liberté!

Un arrêté du conseil général révolutionnaire, pris dans la journée, a invité les citoyens à illuminer le premier et le second étage de leurs maisons-. Ceux à qui s'adressait cette invitntion n'ont eu garde de la tenir pour non avenue : dans la nuit de dimanche à lundi, toutes les rues ont été illuminées ^

1. Supplément aux crimef! des anciens comitôa. etr., par Duliiurr.

2. Séance du Conseil général révolutionnaire, limancho 2 juin. 3 Chronique <le Pnrif;, n"> lôri.

Le 2 juin, copie du 10 août.

Mercredi i juin 1793.

Le -1 juin a été le 10 août de la Gironde. Les événements auxquels nous assistons depuis quatre ans, les insurrections succédant aux insurrections, le crime triomphant; le pouvoir devenu le prix de l'audace et de la scélératesse, cette série presque ininterrompue de lâchetés, d'ignominies, de proscriptions et de massacres, tout cela sans doute est bien fait pour plonger les bons citoyens dans le découragement et dans le désespoir. Parfois pourtant, au milieu de leur deuil et de leur tristesse, se glisse une sorte de consolation, quelque chose qui ressemble à de la joie, lorsqu'ils voient ces hommes qui ont voulu et qui ont fait le mal, frappés à leur tour et pris dans leurs propres pièges ; lorsqu'ils les voient, après avoir prêché l'émeute, renversés par l'émeute, poursuivis par cette môme populace dont ils célébraient les vertus, alors qu'elle se bornait à poursuivre leurs adversaires. Je ne puis me défendre, pour ma part, de reconnaître, dans ces coups

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de théâtre, l'aclion de la Providence ; en présence d'événements tels que ceux du 31 mai et du 2 juin, je sens malgré moi ce cri s'échapper de mes lèvres : Laissez passer la Justice de Dieu!

Fut-elle jamais plus visible? Et ne semble-t-il pas que celte Providence, dont les Girondins se moquaient si haut', se soit complu à les faire repasser par cette voie douloureuse où ils avaient traîné Louis XVI; à reproduire, dans les incidents qui ont accompagné leur chute, chacun de ceux qui avaient marqué la chute de la royauté?

11 n'y a pas là seulement un spectacle d'un intérêt saisissant; on y trouve aussi un enseignement d'une haute moralité : je crois donc devoir m'y arrêter quelques instants.

Le drame du 10 août a eu pour prologue le 20 juin.

Les auteurs du 20 juin avaient essayé de renverser Louis XVI. Ils n'avaient pu aller ce jour-là jusqu'au bout de leurs desseins; mais en rentrant dans l'ombre

1. Lo 2fi mars 1792, à la Société des Jacobins, Robespierre donna lecture d'un projet d'adresse dans lequel, à l'occasion de la mort de l'empereur d'Allema2:ne, Léopold II, frère de la reine Marie-Antoinette, il invoquait le nom de la Providence. Le girondin Guadet tourna en ridicule le jirojet de Robespierre. « J'ai entendu souvent dun.s cette adresse, dit-il. répéter le mot de Providence ; je crois même qu'il y est dit que la Providence nous a sauvés malgré nous. J'avoue que, ne voyant aucun sens à cette idée, je n'aurais jamais cru qu'un homme qui a travaillé avec tant de courage pendant trois ans pour tirer le peujjle de Tesclavage du despotisme, put contribuer à le remettre ensuite sous l'esclavage de la superstition. " Durand de Maillane, député des Bouciies-du-Rlione à la Convention, a dit dans ses Mnnoires : « Le parti girondin était plus impie même que le parti de Robespierre. » (Voy. In U'iiemlo dos Girondins, pp. 62 et suiv.l

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où ils lenaiont ÎPiirs conciliabules, ils se proposaient de prendre une revanche prochaine : après moins de deux mois, ils la prenaient complète.

Le 2 juin a eu de même pour prologue le 10 mars ^ . Cette fois, il ne s'agit plus de détrôner Louis XVI, mais de renverser les Girondins, de proscrire ces mêmes députés qui ont applaudi au 20 juin 4792 : A'ergniaud et Guadet, qui ont demandé que les faubourgs pussent défiler en armes dans l'enceinte législative; Petion, qui a laissé l'insurrection se préparer sous ses yeux, qui a retenu à l'Hôtel de Ville, depuis huit heures du matin jusqu'à onze heures et demie, le commandant de la garde nationale, refusant de lui donner l'ordre écrit sans lequel celui-ci ne peut agir; Brissot et Gorsas, qui, dans leurs journaux, ont célébré l'émeute avec enthousiasme, qui n'ont pas eu assez d'éloges pour le patriotisme, le calme et la décence de ces bons a habitants des faubourgs Saint- Antoine et Saint-Marceau allant rendre visite au roi ^ ; n Roland, ou plutôt (car le pauvre homme ne compte guère) M'"'' Roland, qui, le soir du 20 juin, quand elle a connu les- détails de l'envahissement du château, et de quelles angoisses, de quelles douleurs et de quelles hontes avait été abreuvée la reine, a laissé échapper ce cri de joie et de regrets : « Que j'aurais voulu voir sa longue humiliation •' ! »

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