‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 25 sur 230 · Discours de Valazé, séanre du 23 mai · texte numérisé non relu

Discours de Valazé, séanre du 23 mai

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les menaces étaient pour eu.v la t;oi.v de la nation, lorsque c'était eux qu'elles applaudissaient, lorsque c'était leurs adversaires qu'elles couvraient de huées ! Le jour où Manuel, revenu à des idées plus saines, a demandé : 1° que les commissaires inspecteurs de la salle fissent passer tous les jours dans six sections de Paris successivement un nombre égal de billets pour être distribués aux citoyens de ces sections inscrits sur une liste affichée dans l'Assemblée générale de la section ; 2" que le même nombre de billets fût donné à six députations des départements par ordre alphabétique ; — ce jour-là, la Montagne s'est levée tout entière pour protester. Le tumulte a été tel, que le président a été obligé de se couvrir. Ttiuriot s'est écrié : « Si vous adoptez la proposition de Manuel, on ne verra dans les tribunes que les lâches apôtres du modérantisme, dans un moment où nous avons besoin d'être appuyés par des hommes du patriotisme le plus éprouvé. » Quelle chose monstrueuse, en effet, si les tribunes étaient composées de spectateurs honnêtes, modérés, qui écouteraient en silence et ne pèseraient pas sur les délibérations ! On était alors au plus fort des débats sur le procès du Roi : la proposition de Manuel est du 14 décembre 1792. Chacun comprenait qu'elle avait pour but, dans la pensée de son auteur, de sauver les jours de Louis XVL Les Girondistes se sont joints à la Montagne pour la repousser, et c'est à la presque unanimité qu'elle a été rejetée. Les tribunes, qui sont en réalité les clefs delà Convention, sont donc restées aux mains de la Commune et des pires démagogues. Les

meneurs de qui relèvent, beaucoup plus que du président, la direction des débats, et la surveillance de l'Assemblée, beaucoup plus que des inspecteurs de la salle, tiennent leurs assises dans deux cafés qui avoisinent la Convention : le café Beauquene, situé dans l'intérieur de la maison des Feuillants' , etle café Hottot, situé dans le jardin des Tuileries et adossé au mur qui, se reliant à la Terrasse des Feuillants, sépare du manège le jardin et toute l'enceinte du château. Une porte, pratiquée à l'intérieur dans le mur de derrière du café, met le manège en communication directe avec les habitués de cet établissement^. Ces derniers reçoivent à chaque instant des rapports, soit des spectateurs présents à la séance de la Convention et des députés eux-mêmes, soit de la Commune et des sections. Ils dressent leurs batteries, donnent les mots d'ordre, transmettent le signal des applaudissements et des huées, faisant mouvoir à leur gré les hommes et les femmes qui garnissent les tribunes, remplissent les corridors ou se pressent aux portes et sur la Terrasse.

La France assiste, émue, palpitante, pleine d'angoisses, à ce grand drame dont la salle du Manège est le théâtre, dans lequel Vergniaud donne la réplique à Danton, et Buzot à Robespierre : elle a les yeux fixés sur les acteurs qui jouent avec éclat les premiers rôles; elle attend d'eux le dénouement de celte horrible tragédie. Elle ne se doute pas que ce dénouement sera

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