Révolulioua de Paris, t. XV, p
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1,000,000 livres, multipliées par 12, donnent pour résultat, non 35.200,000, mais 19,200,000. 11 ne se trompe que de seize millions ! Mais ce déficit do 16 millions de livres de pain n'est pas pour l'embarrasser beaucoup. X'a-t-il pas, pour le combler, un expédient non moins ingénieux que la suppression du pain bénit? A cette première suppression, il propose, en effet, d'en ajouter une autre ejusdem farinœ. « Un usage, dit-il, qui consomme encore plus de sacs de farine, c'est la poudre dont les femmes et les bommes surchargent leurs cheveux. Xe gaspillons pas nos denrées de première nécessité, et méritons les bienfaits de la nature par l'usage que nous saurons en faire; que les citoyens et citoyennes renoncent donc à la poudre. Les femmes n'en seront pas moins aimables, et les hommes n'en paraîtront que plus mâles '. »
Ces belles inventions ne sont d'ailleurs que misères auprès de la Motion patriotique de P. S. G. J. Jeauffre, citoyen patriote. La Chronique de Paris lui a ouvert ses colonnes, et je me reprocherais de ne point la reproduire :
Les moineaux sont de jolis petits auimaiix pleins dagréments. Ils m'égayent le matin quand je les entends à travers le tuyau de ma cheminée; ils m'égayent davantage au printemps; mais je mets l'amour de ma patrie audessus de tous les amours. Or, chacun sait qu'il n'y a rien de plus vorace qu'un moineau; c'est pour cela que des Anglais avaient proposé de les chasser tous de cette ile fui-
1 Lcg Rcvolution6 de Paris, imbliées par L. Prudhommt. t. XV, p. 305.
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lunée. Je ne crois pas que celte moliou ait eu des suites; il semble même que le gouvernement en prend le contrepied, puisqu'il chasse les patriotes français qui ne sont pas des petits moineaux. Quoi qu'il en soit, il faut profiter de toutes les bonnes idées (même quand on les prendrait chez nos ennemis). Je fais donc la inoiion expresse de tuer tous les moineaux de Paris, et j'adopte Tamendement qui m'est proposé de tuer tous ceux de France. Mes motifs, on les connaît, et le tort qu'ils fout au peuple, par le renchérissement inévitable du blé, est trop évident. 11 est aisé de se convaincre de l'étendue du dégât qu'ils commettent, en calculaut ce qu'un moineau peut mauger de blé l*- par jour; 2" par an. Un moineau mange au moins 12 ou 15 grains de blé par jour. La livre, poids de 16 onces, renfermant 4072 grains, un seul moineau mange par an 1 livre de blé, c'est-àdire 2 sous ou 2 sous 6 deniers. Ce n'est pas là ce qui m'afflige, mais c'est la prodigieuse multitude des moineaux... 11 y a, en France, à 10 personnes par maison, 260,000 maisons. En n'y supposant que 4 cheminées par maison, cela fait ■ 1,040,000 cheminées. En ne supposant enfin que 10 moineaux par cheminée (ce qui est peu, car il y a des fermes où on les voit par centaines), cela fait 10,400,000 moineaux, et par conséquent un dégât d'autant de livres de blé, ce qui équivaut à 2,600,000 livres tournois. Il n'y a rien de petit en politique, et tout le monde peut se convaincre qu'avec cette économie il y a de quoi nourrir 100,000 hommes pendant 70 jours. Nos généraux et nos soldats n'auraient pas jeté tant de cris si nos pourvoyeurs avaient fait ce calcul.
Qu'on ne dise point que je tire ma pondre aux moineaux et qu'un de ces oiseaux ne vaut pas le coup de fusil, surtout depuis la rareté de la poudre, malgré les offres du citoyen Barthélémy; car l" tuer 1 moineau, c'est en tuer \,{)^{i, puisqu'on détruit sa postérité. Nous n'y regardons pas à la vérité de si près jiuur les hommes', mais aussi c'est autre chose... D'ailleurs, la peine de mort n'est pas encore
abolie; la mode en viendra peut-être; celle d'aujourd'hui est de poignarder, de couper les tètes, de guillotiner; il faut attendre que ce goût passe, et j'ai oui dire qu'où ne gagne rien à gêner la nature. '2"' Je compte assez sur le patriotisme de nos concitoyens pour croire que, sitôt le décret rendu, on les verra se presser de mettre fin à cette espèce blédivore. Mais quand la nation serait obligée d'en payer la moitié à 5 sous par tète, ce serait très bon marché, attendu que cela équivaut à 2 années de nourriture par moineau et qu'on s'en défait pour toujours. J'avertis du reste mes concitoyens et surtout les jeunes gens de ne pas se livrer à la fantaisie de manger ce gibier, quand ils l'auront tué, car cet aliment donne l'épilepsie. Je leur aurais bien donné un conseil qui eut été une véritable économie et aurait tourné au proQt de la République, c'était de les donnera leurs chats; mais l'arrêt de proscription lancé contre ces derniers rend ce conseil inutile. Je crois cependant mon idée plus avantageuse à la société que celle de tuer les chats. La mort des moineaux ne peut faire plaisir qu'aux mouches, aux chenilles et aux guêpes (mauvaises espèces qui pullulent, il est vrai, plus que jamais, mais qui meurent l'hiver), au lieu que, si l'on tue les chats, selon l'idée du général de Paris, nous serons inondes d'une multitude de rats dont nous ne pourrons plus nous défaire. On assure que beaucoup d'émigrés ont laissé leurs chats dans leurs hôtels avant de partir et qu'ils ont recommandé qu'on leur portât à manger. J'oserais presque dire que cette leçon fait honte au général — motionneur... S'il s'était rappelé les fables du bonhomme La Fontaine, il aurait pensé à ces rats qui allaient grignoter la farine dans la huche, et il aurait réfléchi que 30 de ces mauvaises bêtes y feraient plus de dégâts et d'ordures dans une nuit qu'un angora ne consomme de biscuits dans toute une année. Mais on ne peut pas songer à tout, quand on a tout à faire. Quant à moi, qui n'ai pas 48 bataillons, sans l'extra, à commander, et qui, du matin au soir, ne fais œuvre de mes dix doigts,
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j'ai bien approfondi mon sujet, et je persifle dans ma motion *.
Citoyen Jeauffre, vous avez bien de l'esprit pour un patriote^ et j'ai grand'peur que voire motion patriotique ne vise le général Sanlerre encore plus que les dix millions quatre cent mille moineaux de France. Ne seriez-vous point, par hasard, un de ces affreux journalistes contre lesquels, l'autre soir, en pleine séance de la Commune, notre irascible général a exhalé sa mauvaise humeur? Le citoyen Jacques Roux, — un autre héros du 21 janvier, —venait de signaler ce fait que (( dans ce moment quarante mille familles dans Paris sont dans la misère la plus horrible », et il avait insinué que le remède à celte lamentable situation ne se trouvait peut-être pas dans la guerre aux chiens et aux chats. Santerre s'est alors levé : « Citoyens, a-t-il dit. le préopinant a rappelé, à titre de reproche, que j'avais invité de tuer les chats et les chiens superflus. Je prie mes concitoyens de vouloir bien faire attention que, dans cet avis, je n'ai eu en vue que la cause des pauvres. J'ai considéré qu'un septier de blé vaut mieux que des millions en or et en assignats. Il y a à Paris des femmes folles qui ont soixante chats et autant de chiens ; je me ferai toujours un devoir de m'élevercontre tous les abus. Les journalistes qui ont trouvé mauvais ce que j'avais dit ont mal calculé; ils ont pris pour de petits moyens ce qui est du plus grand intérêt^. »
1. Chronique de Paris, 13 février 1793. — Le Courrier des déparLemenls, 14 février 1793.
2. Commune de Paris, séance du 18 février 1793 au soir. — Chronique de Paris, n° du 21 février 1793.
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Les journalistes ne sont pas les seuls qui se permettent de rire du gcnér.'il Santerre. La caricature se met aussi de la partie. J'en ai une sous les yeux, qui représente le général recevant deux députations, l'une de chiens, l'autre de chats. Au moment où les orateurs des bêtes vont parler, Santerre tire prestement de sa poche une petite guillotine et leur coupe aussitôt la parole. Au bas de celte gravure se lisent ces mots :
.4/'^ de faire taire les indiscrets*.
Justes dieux! qui donc respecterons-nous, si nous manquons de respect au citoyen Santerre lui-même? Mirabeau, j'en ai peur, n'avait que trop raison, quand il s'écriait, peu de jours avant de mourir: « 0 légère et trois fois légère nation 1 »