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L'Émeute du 25 février 1793.
Mi^ici'edi 27 feviior 1793.
L'émeute prévue, annoncée depuis plusieurs jours, a éclaté lundi.
La misère est si générale, elle atteint de telles proportions que, si l'on doit s'étonner d'une chose, c'est que l'émeute dont nous venons d'être témoins n'ait pas éclaté plus tôt.
La pénurie des subsistances est extrême ; le pain est chaque jour sur le point de manquer. Tous les soirs, les sections agitent celte question du pain au milieu d'un tumulte effroyable; toutes les nuits, de longs rassemblements se forment à la porte des boulangers; les femmes, les pieds dans la boue, sons la pluie, quelquefois sous la neige, transies de froid, abîmées de fatigue, attendent jusqu'à neuf heures du matin la maigre portion de pain que souvent même elles ne peuvent obtenir*. La faim est mauvaise conseillère. Comment, dans ces groupes, ne prêterait- on pas l'o-
1. Les Souvenirs de l'Histoire ou le Diiirnnl rie In Révolution de France, jiar Beaulioii. Année 1793, Il lévriei'.
reille aux bruits les plus sinistres, aux mensonges les plus grossiers, aux excitations les plus coupables? Comment les malheureuses femmes, qui les composent, n'écouteraient-elles pas ceux qui leur disent que tout le mal vient des accapareurs ?
Le lundi 11 février, une députation des quarante-huit sections de Paris a présenté à la Convention une pétition relative aux subsistances; elle demandait que, « sous peine de six ans de fers pour la première fois, et de mort pour la seconde fois, il ne fût permis à aucun agriculteur ou marchand de vendre un sac de blé froment et du poids de 2o0 livres, plus de 23 livres le sac' ». — « 11 faut, disait l'orateur de la députation, que le peuple ait du pain; car oii il n'y a pas de pain, il n'y a plus de lois, plus de liberté, plus de République. » Comme on voulait renvoyer les pétitionnaires au Comité d'agriculture, ils répondirent : La faim ne s'ajourne pas.
La situation n'a fait depuis que s'aggraver. Le prix de la livre de pain a été porté de 3 sous à 3 sous 3 deniers. Le savon qu'on se procurait encore, il y a un mois, à 14 et 13 sous la livre, est monté à 32 sous-. Une fermentation extraordinaire s'est produite. Le vendredi (22 février), le samedi et le dimanche, des groupes menaçants se sont formés devant les boutiques des boulangers et des épiciers. Partout, dans la rue, au club des Jacobins, à la Municipalité, à la Convention, partout, a retenti le cri : A bas les accapareurs !
1. Bûchez et Roux, Histoire parlementaire de la Révolution française, t. XXIV, p. 285.