Révolutions de Paris, t. XV, p
Le vendredi 22, les citoyennes blanchisseuses sont allées se plaindre au Conseil général delà Commune de l'excessive cherté du savon. Chaumette, le procureursyndic, a appuyé leur requête en ces termes : « Nous avons détruit les nobles et les Capets; il nous reste encore une aristocratie à renverser. C'est celle des riches et des boutiquiers qui accaparent les subsistances du peuple pour le forcer à se mettre à leurs genoux. Il faut les poursuivre, et je me déclare ouvertement contre eux, quoique je sache bien que, s'ils ont le dessus, je serai guillotiné. Je demande que nous nous transportions à la Convention pour obtenir la peine de mort contre les accapareurs. » Hébert a parlé dans le même sens. De son côté, Jacques Roux s'est exprimé avec la plus extrême violence : « Si nous avons, dit-il, des représentants infidèles, la guillotine est là pour les punir, et s'ils ne veulent pas, s'ils ne peuvent pas sauver le peuple, disons au peuple de se sauver luimême, de se venger de ses ennemis'. »
Il ne se pouvait pas que de telles excitations restassent sans elîet. Dimanche (24 février), les blanchisseuses se sont portées en masse sur le quai où étaient amarrés plusieurs bateaux chargés de savon, et se sont fait délivrer la marchandise au prix qu'elles ont ellesmêmes fixé, c'est-à-dire à peu près pour rien. L'opération touchant à sa fin, et alors que les femmes qui venaient d'y prendre part étaient abondamment pourvues, les municipaux se sont présentés; ils ont fait