Révolutions de Paris, t. XV, p. 391 et
misérable semblant d'ordre, qui avait paru régner d'abord au milieu de ce désordre, fit place à la plus complète violence. Chacun prit de force ce qui était à sa convenance. Le beurre, le miel, la cire, sont gaspillés et foulés aux pieds. L'eau-de-vie, l'esprit-de-vin, les autres liquides sont répandus dans les ruisseaux.
A dix heures, toutes les boutiques d'épiciers et de chandeliers de la rue des Lombards, de la rue des Cinq-Diamants, de la rue Marivaux, de la rue des Trois-Mores étaient entièrement dévalisées.
Môme chose se passait dans tous les autres quartiers de la ville. Dans la rue Saint-Jacques, un épicier s'arma d'un couteau et voulut défendre sa marchandise '. Il eût payé cher sa résistance, si sa femme n'était accourue, tenant ses deux enfants par la main. On lui fit grâce de la vie et on se contenta de le voler. Un épicier de l'île Saint-Louis parlementa avec les assaillants et leur distribua tout ce qu'il avait dans son magasin, sans vouloir être payé, à la condition de ne délivrer, à chaque personne, qu'une livre de sucre ou des autres denrées. Il fut accusé de ne pas donner le poids ^ 1
Sur les midi, la rue que j'habile ayant été envahie à son tour, je suis descendu. La boutique de notre épicier, l'honnête Gillet, a été forcée, malgré mes efforts et ceux de quelques braves gens du quartier. Indignés de ce brigandage, nous nous sommes transportés à l'Hôtel de ville pour dénoncer au Conseil