‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 38 sur 230 · Le Patriote français. 26 février · texte numérisé non relu

Le Patriote français. 26 février

et nulle part. Le pillage continue. Sur quelques points, des officiers de poste veulent faire leur devoir et dissiper les attroupements. Us sont abandonnés pnr leurs hommes et restent seuls exposés aux mauvais traitemenls de la multitude. Plusieurs d'entre eux ont élé blessés.

La nuit était venue depuis longtemps, et le pillage durait encore, grâce à la complicité des patrouilles '. Les hommes qui les composaient n'étaient-ils pas les maris et les pères des femmes et des enfants qui dévalisaient les magasins? Quand nous sommes rentrés dans notre quartier, un peu avant minuit, nous avons rencontré des citoyens avisés qui revendaient, à beaux deniers comptants, leurs emplettes de la journée.

Le mardi matin, dès quatre heures, on a battu de nouveau la générale. La force armée s'est trouvée au grand complet. Santerre, revenu de Versailles, a parcouru les rues, suivi de son état-major. Malgré ce dé-

1. Lu. Chronique de Paris, n" du !"=■■ mars 1793 : « Les patrouilles qui passaient ne disaient mot... La garde, après avoir, pour la forme, prié les femmes (les êmeutières) de ne pas piller, a lini par les protéger. Elle les a l'ait défiler les unes après les autres, et elles étaient toutes gaies et joyeuses, comme (juaud elles allaient autrefois pour leur ai-gent à la foire Saint-Ovide ou à la foire Saint- Martin. Les voisins des épiciers étalent assis sur leurs portes fort tran(iuillement, ce qui faisait croire qu'ils approuvaient la chose. » Voir aussi Lacretelle, dont le récit a la valeur d'un témoignage contemporain. « Le pillage, dit-il, amusa tant les brigands qu'ils ne songèrent pas au meurtre. L'aspect de Paris, dans cette journée, montra dans quel avilissement tombe une grande ville qui s'est résignée à obéir à ce qu'elle a de plus impur. Le voisin venait contempler le désastre de son voisin, et, s'il n'était pas épicier, criait contre l'avidité des épiciers ; ceux qui gémissaient se cachaient. La distribution des rapines se faisait avec ordre, et tel qui eut rougi d'un vol se pressait pour aller profiter d'un bon marché obtenu par la violence et le brigandage. » iHistoire de /a Convention nationale, t. I, p. 230.

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ploiement de forces, plusieurs gros magasins ont reçu la visite du peuple. Les choses se sont passées, je dois le reconnaître, moins brutalement que la veille. Ici, ce sont des acheteurs qui remettent en paiement des chiffons de papier ployés comme s'il y eût eu des assignats dedans et qui ne renfermaient pas même des feuilles sèches. Là, ce sont des hommes de bonne volonté qui prennent l'argent, comme pour hâter Topération, et le gardent pour eux'. Si, le lundi, la foule s'était portée surtout chez les épiciers, le mardi fut le jour des chandeliers. Chez plusieurs d'entre eux, on s'empara du suif en pain, après avoir brisé les moules. A la Croix-Rouge, il s'était formé un rassemblement considérable. La patrouille, chargée de maintenir Tordre sur ce point, fit son devoir : elle était composée de volontaires brestois. Les femmes, qui s'étaient munies de petites seringues de poche, les remplissaient dans le ruisseau et les dirigeaient dans les yeux des volontaires -. Ainsi a fini, au milieu des rires et comme s'il s'agissait d'une bonne farce, cette émeute qui avait duré deux jours.

Vendredi l"'' mars 1703.

Les brissotins ont jeté les hauts cris, à la Convention, contre les émeutiers du 16 février. Ils ont dénoncé Marat et ont proposé, les uns de le décréter d'accusation, les autres de Texclure provisoirement, d'autres encore de Tenfermer, afin d'examiner s'il est

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