‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 40 sur 230 · L'Ami du Roi, n" du 23 janvier · texte numérisé non relu

L'Ami du Roi, n" du 23 janvier

flétrir la taxe civique et los honnêtes gens qui l'avaient appliquée à leur profit; en revanche, il s'étendit longuement sur (i les manœu\rL'S infâmes îles accapareurs qui jouent entre eux la fortune publique ». — « Quant à ceux, ajoutait-il, qui, depuis quelques mois, spéculent sur le pain du peuple et s'enrichissent de ses privations, vous ne leur accorderez pas même un regard de pitié; et moi, qui suis leurs trafics honteux, leurs opérations infâmes, désespéré de ne pouvoir imprimer sur leur front une marque d'ignominie, je ne quitterai pas, du moins, celle tribune sans leur avoir payé le tribut d'indignation que leur doit tout bon citoyen. ^ »

Pelion, aujourThui un des chefs delà Gironde, était alors maire de Pari-:. Dans la séance du 24 janvier, il vint rendre compte à l'Assemblée de l'état de la capita.e et des troubles causés par la cherté du sucre et des autres denrées. Après avoir avoué na'ivement que, depuis i^lusieurs jours, il apercevait des moavements sourds qui faisaient craindre une explosion, — en vue de laquelle il n'avait pris d'ailleurs aucune mesure de précaution, — il ajoutait qu'il s'était transporté, le 20 janvier, au faubourg Saint-Marcel, mais qu'il n'y avait vu que des citoyens honnêtes, lesquels lai attestèrent, avec iinquiétude de la probité, qu'ils ne voulaient point piller les magasins, et qui. dociles au conseil qu'il leur avait donné de s'adresser à l'Assemblée pour faire régler le prix

1. Journal de l'Assemblée nationale ou Journal logographique, première législature, rédigé par M. Le Hodey, t. IX. p. 98.

du sucre, s'étaient retirés en paix, — bien entendu îiprès avoir fait leur provision à 2rt sons la livre. — Le lunrli {'23 janvier) n'avait point donné, il est vrai, au premier mngistrat de la Cité, une aussi douce satisfaction. Dans plusieurs quartiers, il avait eu la douleur de voir des vitres cassées, des magasins enfoncés, la garde insultée, des tètes menacées. Mais à quoi bon parler de ces choses? Ne valait-il pas mieux ensevelir dans l'oubli ces scènes regrettables? Pour lui, il promettait que le corps municipal tiendrait séance sans désemparer, pour empêcher cpie la malveillance exaçiérât le tableau des troubles par des déclainations si contraires à la paix publique \

Brissot, Vergniaud, Guadet, Gensonné, et les autres membres de la Gironde, applaudirent au rapport du vertueux Petlon. Ce qui les inquiétait alors, ce n'étaient pas les scènes de pillage, mais seulement les tableaux exagérés qu'on en pouvait faire.

J'ai dit tout à l'heure que les Girondisles, qui veulent aujourd'hui mal de mort à Marat, devenu leur ennemi et leur constant dénonciateur, le jugeaient moins sévèrement à l'époque où il se contentait de demander la tête de leurs adversaires. Tous ceux qui ont fréquenté, avant le 10 août, chez M""^ Roland, savent que les exagérations de l'Ami du peuple ne l'effrayaient pas, quand c'était Louis XVL Marie-Anloitietle et leurs (l'-rtMiseurs qui ét.iicnt l'objet de ses ignobles dénonciations. On sti souvient encore des cris d'indigna-

1 L'Ami du Roi, n" du 26 janvier 1792.

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lion qui lui échoppèrent, certain jour qu'on était venu lui annoncer que les feuilles de Marat élaient déchirées par les satellites de Lafayetle *.

La haine que les Girondisles ont vouée à Marat s'étend également h Hébert; mais ici encore, ils ont attendu d'être personnellement en cause pour s'apercevoir que la feuille d'Hébert était une feuille immonde. Tant que ce misérable ne s'est attaqué qu'aux royalistes, aux aristocrates, ils lui ont pardonné toutes ses infamies. Combien de fois, à l'Assemblée législalalive, ne m'est-il pas arrivé de voir les députés de la Gironde traverser la salle et arriver jusqu'aux banquettes, tenant à la main le Père Duchesne et souriant à ses obscénités -!

Et ils ne se bornaient pas à sourire; à une époque où la majorité de la Législative était entièrement dans leurs mains, elle décréta qu'un emplacement serait accordé à Hébert, dans le lieu de ses séances, pour lui et deux de ses coopérateurs, afin qu'ils pussent prendre commodément leurs notes ^.

Menacés par l'émeute, attaqués par Marat et par Hébert, les Girondistes ont le droit de se défendre : ils n'ont pas le droit de se plaindre.

1. Elude sur Madame RrJand cl son lemps, par C. A. Dauljan, p. 101.

2. Essai historique cl criliquc sur la Révohilion française, par Paganol, ancien membre de la Convention, t. III, p. 93.

3. Ilisloire poritique et lillrraire de la Presse en France, par Eugène Hatin, t. YI. p. 513.

La Harpe et la Gironde.

Vendredi 8 mars 1793,

La Convention nationale vient de renouveler son bureau. Gensonné a élé nommé président; Isnard, Grangeneuve et Guyton-Morveau ont été élus secrétaires ^ Les Gii'ondistes continuent donc à disposer de la majorité dans le sein de l'Assemblée; Gensonné, Isnard, Grangeneuve, figurent, en effet, au premier rang des orateurs de la Gironde.

A la suite de la séance, un certain nombre de députés sont allés finir la soirée dans les salons du ci-devant marquis de Villette, en son hôtel du quai de Voltaire, au coin de la rue de Beaune, et, parmi eux, Isnard et Delaunay-. Lacretelle et Beaulieu ^ causaient

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