Séance du 7 mars
2. Delaunay jeune, député de Maine-et-Loire. — Dans le procès de Louis XYI, il avait voté pour le liannisscment, et plus tard pour le sursis. Il fut nommé sous l'Empire président de Chamlu'e à la Cour d'Angers et mourut le 10 juin 1814. — Son frère, Delaunay l'ainé, faisait aussi partie de la Convention. Il vola la mort du roi, prit place à la Montagne, et, traduit devant le tribunal révolutionnaire avec Danton, Camille Desmoulins, Chabot, Basire, Hérault de Séchelles, F'abre d'Eglantine, Lacroix et Philijipcaux, fut guillotiné le 16 germinal an II (5 avril 17341. CVoy., sur les deux fiéres Delaunay, le remarquable ouvrage de M. Bougler, Moui:ement provincial en 1180 et Biographie des députés de l'xinjou, deux volume» in-8°, I8S5.)
3. BEAULIEU iClaude-François), publiciste et historien, né à Riom
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avec La Harpe lorsqu'ils sont entrés. Un groupe n'a pas lardé à se former autour d'Isnard, que chacun félicitait de son élection. La Harpe, se dressant sur ses petites jambes et agitant ses petits bras, s'est écrié : n Eh bien! Monsieur Isnard. vous voibà donc secrétaire; tous les bons citoyens se réjouiront de votre succès, parce qu'ils y verront le gage d'une politique plus énergique. Il est temps, grand temps, que les actes succèdent auK paroles, et que les représentants de la nation fassent enfin rentrer dans le néant les Jacobins et la Commune. Ne dites pas que cela est impossible, car la majorité de la Convention est avec vous; vous êtes quatre ou cinq cents. — Oui, a dit Isnard, mais nous ne pouvons compter que sur deux cents. — C'est plus qu'il ne faut, a repris La Harpe avec feu; les autres sont plus près de vous que de la Montagne, et ils vous suivront, mais à une condition, c'est que vous marchiez. Vos -orateurs croient avoir
eu 1754. inori à Paris en 1827. Il fonda, le 17 juin 1739, le journal l'AssrinhU-e nalioiiale, consacré à la reproduction des séances de la Constituante, et travailla à la rédaction des youvclles de Paris en 1790, du Postillon de In guerre en 1792, et du Courrier français en 1793. Arrêté le 8 )>rumairc an II i20 octobre 1793i, il fut détenu à la Concierji-erie. iniis au Luxembourg jusqu'à la chute de Robespierre. A peine sorti de prison, il redevint journaliste, ce qui lui valut d"être proscrit une .seconde fois, le 18 fructidor an V i4 septemlire 1797'; il fut porté sur une liste de déportation comme directeur du journal royaliste le .A/iioir, mais fut assez heureux pour échapper aux ajrents du Directoire. — Beaulieu a publié, outre le Diurnat de la Rt-volulion de Fraure pour l'an de tjràcc 1191, ou histoire, jour par jour. de rannée 1793. six volumes intitulés : Essais historiques sur les rauses et les effets de la Révolution de France a80l-1803i. De 1S13 à 1827, il a rédii-'é, pour la Biographie unii-erselle de Michaud, de nombreuses notices sur les principaux personnages de la Révolution. Peu d'écrivains ont mieux connu cette époque, et encore aujourd'hui il n'existe pas sur la Révolution fran<-ai<e i]o nifilipur ouvrage que les Essais historiques lie Beaulieu.
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tout fait quand ils ont prouvé à la Montagne qu'elle déraisonne; c'est bien de cela qu'il s'ngit. Quoi! vous ne voyez pas que c'est ici un combat à mort! — Nous le savons bien, puisqu'ils nous menacent sans cesse du poignard. — Ils ne vous tueront pas dans la rue, ni dans la Convention, ni eux, ni môme ces brigands à moustache, qui vous entourent dans les tribunes et dans les corridors. Mais quand votre majorité a fait passer un décret, cinquante bêtes brutes et féroces se précipitent au bureau, en criant Vappel nominal^ jusqu'à extinction. Les tribunes vous montrent le poing et vous finissez par céder; c'est ainsi qu'ils vous feront périr. — Vous décrivez le mal à merveille; mais le remède? Ce n'est pas à vous, Monsieur La Harpe, qu'il est besoin de rappeler ce vers dont vous avez ai glorieusement fait mentir la première partie, mais dont la seconde partie sera éternellement vraie :
La critique est aisée, et l'art est difficile!
(( — Vous me demandez ce qu'il faut faire? Je vais vous le dire. Vos ennemis font chaque jour appel à la force; eh bieni à votre tour, meltez la force au service de la loi. Que quarante-huit de vos deux cents, le môme jour et à la même heure, se rendent aux quarante- huit sections; qu'ils parlent comme des représentants du peuple peuvent parler; qu'ils exposent au grand jour ce long tissu de crimes dont vous avez les preuves en mains. Pendant ce temps, que vos autres collègues, ne fussent-ils d'abord que cent cinquante, marchent dans les rues en costume, l'étendard
tricolore à leur lète, appelant à eux tous les honnêtes gens, tous ceux qui ne veulent ni le massacre ni le pillage. Doutez-vous que les bons citoyens ne se rassemblent en foule autour de vous, que la plus saine partie des sections ne vous suive en armes? Alors, maîtres du terrain, maîtres des tribunes, dont vous chasserez cette vile populace qui fuira devant vous, déployez un décret préparé d'avance et qui contiendra le détail des crimes avérés de vos ennemis; mettez à l'instant aux voix le décret d'accusation : il passera à une majorité énorme I Vous savez à quel point tous ces scélérats sont lâches, dès qu'ils n'ont plus leurs satellites à côté d'eux. Ou ils ne parleront pas, ou ils ne diront que leurs inepties ordinaires. Que le président prononce d'une voix ferme l'ordre de les arrêter, et dans huit jours ils iront au supplice. Dans une pareille entreprise, ne comptez pour rien le hasard d'un coup de pistolet ou d'un coup de sabre, pas plus que la chute d'une tuile; et je vous répomls du succès. » — Ce diable de petit homme parlait avec une animation extraordinaire, et la plupart de ses auditeurs étaient tentés de l'applaudir, comme autrefois au Lycée, lorsque Isnard lui dit, non sans un visible embarras : « Ce que vous demandez là. Monsieur La Harpe, est impossible, — Lîipossible? En ce cas, Monsieur, vous êtes perdus et nous aussi. »
Un silence, qui avait quelque chose de lugubre, plana pendant quelque temps sur l'assemblée, et il menaçait de se prolonger, lorsque la charmante M"* de
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Ville Ite ' donna un autre cours à la conversation, en rappelant à La Harpe les jours d'autrefois, le temps où Voltaire, dont il était l'hôte à Ferney, se plaisait à l'encourager, à l'exciter, à lui dire : Macte anhno, 23uer. « Du courage, Monsieur de La Harpe, ajouta en souriant l'aimable marquise, vous en avez, certes, autant que d'esprit, de talent et d'éloquence -. »
1. Rcine-Pliilihcrte Rouph de Varicourl, marquise de YiUclto, morte en 1822, avait été élevée à Fernej- par Voltaire et par M"'" Denis, sa nièce.
2. Voir la curieuse brochure, pulilicc en l'an III par La Harpe, sous ce titre : Lh Salut pcblic, ou. la Vérité dite à la Convention paf un homme libre; in-S" de 58 pages. Cet écrit, qui n'a pas été recueilli dans les œuvres de l'auteur du LYCÉE, est aujourd'liui à peu près introuvable. « Je tins ce langage, dit La Harpe, à plusieurs de vos collègues qui ont été proscrits depuis et dont je pourrais invoquer le témoignage, — entre autres Isnard et Launay d'Angers, que je rencontrais chez M'"'^ de Villctte, quelques jours avant le 10 mars. »
Septembre!
Lundi 11 mars 1793.
Spectateur assidu des séances de la Constituante, de la Législative et de la Convenlion, j'ai entendu leurs plus grands orateurs, Cazalès et Barnave, Yergniaud et Danton, l'étonnant Mirabeau, et Maury, non moins étonnant peut-être, toujours sur la brèche, toujours prêt sur toutes les questions. Mais aucun de leurs discours n'a produit sur moi l'impression profonde et terrible, l'impression tragique que m'a fait éprouver, dans la séance d'hier soir, un mot, un seul mot jeté par un député à la face de Danton.
La Convention discutait la question de l'établissement d'un tribunal criminel extraordinaire pour juger sans appel et sans recours au tribunal de cassation les conspirateurs et les contre-révolutionnaires. Déjà elle avait entendu Robespierre, Buzot, Vergniaud, Barère, Danton, — Danton, qui s'était écrié : « Que m'importe ma réputation! Que la France soit libre, et que mon nom soit flétri à jamais! J'ai consenti à être appelé buveur de sang; eh bien! buvons le sang des
ennemis de la patrie ' ! » La séance avait duré 8 heures ; la nuit commençait à venir. Le président, Gensonné, déclare la séance levée. Danton s'élance une seconde fois à la tribune, a Je somme tous les bons citoyens de ne pas quitter leur poste, » dit-il de sa voix de stentor. Chacun reprend sa place. Des lampes, en petit nombre, avaient été allumées. La salle n'était que faiblement éclairée. La tribune était à demi plongée dans l'ombre, et la voix de Danton, sortant de ces ténèb'res visibles, avait quelque chose de formidable. Il disait : « 11 est important de prendre des mesures judiciaires qui punissent les contre-révolutionnaires; car c'est pour eux que ce tribunal doit suppléer au tribunal suprême de la vengeance du j)6uple. Les ennemis de la liberté lèvent un front audacieux; partout confondus, ils sont partout provocateurs; en voyant le citoyen honnête occupé dans ses loyers, l'artisan dans son atelier, ils ont la stupidité de se croire en majorité. Eh bien ! arrachez-les vous-mêmes à la vengeance populaire, Yhumaniié vous l'ordonne^. »
A ce moment, presque en face de l'orateur, une voix forte et retentissante prononça lentement : SEP- TEMBRE!!!
Ce fut tout. Un frémissement indicible parcouru les bancs de l'Assemblée, et l'ombre qui enveloppait la tribune ne put cacher l'émotion dont fut saisi Danton. Ni la Montagne, ni les tribunes publiques ne protestèrent. Elles restèrent muettes devant ce mot vengeur,