Moniteur, loc. cit
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venu du point le plus obscur de la salle, mais sorti tout brûlant de la poitrine d'un honnête homme, pareil à l'éclair qui sort de la nuit, mais qui vient du ciel!
Nous sûmes bientôt que l'homme qui avait évoqué, avec un si terrible à-propos, le souvenir des massacres de Septembre, était Lanjuinais'.
Dans la même tribune que moi se trouvaient Beaulieu et un jeune homme, M. Paul Iloyer-, qui a l'honneur d'être un ami du courageux député de Rennes. Nous sommes sortis ensemble. M. Royer a débuté au barreau de Paris, en 1787, sous les auspices de Gerbier. Il est doué d'une éloquence grave, sereine, presque austère. Tous ceux qui le connaissent parlent de lui avec admiration, et, bien qu'il ait à peine vingt-neuf ans, tous en parlent avec respect : c'est plus qu'un grand talent, c'est déjà un caractère. Avant le 10 août, il faisait partie du Conseil de la Commune, où il avait été envoyé par la section de l'Ile Saint-Louis^, 11 s'y est fait remarquer par sa modération et par son énergie. Danton, qui est son compatriote, — ils sont Champenois tous les deux^, — siégeait avec lui à l'Hôtel de ville; ils se connaissaient déjà; aussi M. Royer, lors-
1. Solif-e historiquo sur la rir cl Ip.'i ouvrages du comte Lanjuinnin, par M. Victor Lanjuinais. ancien ministre, p. 23.
2. Piorrc-Panl Rnvor-Cf>lIarfl il763-lS45i, membre du Conseil fies Cinq-Cents, do la Clianibre des députés et de l'Académie française. iVoy. la Vie politique de lioyer-Collard. ses discours et ses écrit.*, par M. de Barante, deux volumes in-S", ISiîl.^
3. 31. Royer, homme de loi. secrétaire-greffler adjoint de la Municipalité de Paris, quai d'Orléans, ile Saint-Louis. ^Almanach roijal de 1192.)
4. Royer-Collard était né à Sompuis, villag-c .situé à quelques lieues de Vitry, le 21 juin 176-3. — Danton est ne à Arcis-sur-.Vwbe le 28 octobre 1759.
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qu'il en parle, esl-il plein de discours. Dans un langage concis, original, qu'il m'est malheureusement impossible de reproduire, il nous a montré Danton indolent et audacieux, ambitieux de gloire et plus encore de plaisirs et d'argent, moins envieux que Robespierre, moins sanguinaire que Marat, mais indliférent au crime comme à la vertu, sans convictions, sans vergogne, sans culture, mais non sans talents naturels, ayant du moins cela pour lui, qu'au milieu de cette tourbe hypocrite de démagogues cruels, lâches, perdus de vices et de crimes, il ne prétend ni au titre de vertueux, ni à celui d'incorruptible.
Nous avons reconduit M. Royer jusqu'à sa maison, quai d"Orléans, et, chemin faisant, il nous a cité, en grand nombre, des anecdotes, des paroles, qui peignent au vrai le célèbre député de Paris.
Le soir du 20 juin 1792, lorsqu'il apprit que les émeutiers étaient sortis des Tuileries sans avoir égorgé Louis XVI, Danton s'écria : « Les imbéciles ! ils ne savent donc pas que le crime a aussi son heure du berger! n
Le malin du 2 septembre, dans la salle qui précède celle 011 se réunissent les ministres et devant plus de vingt personnes, on vint lui dire que les prisons semblaient menacées et que les prisonniers étaient dans le plus grand effroi. 11 haussa les épaules, et avec sa voix beuglante, avec un geste approprié à l'expression : « Je me f... bien des prisonniers! s'écria-t-il; qu'ils deviennent ce qu'ils pourront'! »