‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 57 sur 230 · Mémoires de Louvet, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Louvet, p

8. Journal des déhats ot dp la correspondance de la société dvi Jacobins, n» 3"0.

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Liège dans la personne de nos camarades. 11 faut les venger! Que signifie l'inviolabililé des représentants? Est-elle donc la sauvegarde du crime? Je mets l'inviolabilité sous mes pieds : il faut frapper! Les républicains ne connaissent qu'un souverain, c'est la Liberté et l'Égalité. Il faut frapper de si grands coups que jamais ceux qui ont voulu nuire, ne puissent s'en relever. Je vous demande ce que feraient les tyrans qui nous font la guerre s'ils étaient maîtres des Jacobins? La. mort est la dernière raison des hommes libres; ceux qui parlent différemment ne sont pas libres^. » Au milieu de l'agitation qui suit ce discours, plusieurs citoyens essaient vainement de se faire entendre. Un orateur parvient cependant à dominer le tumulte et fait la proposition suivante : « Que les patriotes réunis dans cette salle se divisent en deux troupes, dont l'une ira à la Convention venger le peuple, en punissant les députés traîtres à la nation; dont l'autre se rendra au ministère des affaires étrangères ^, où sont assemblés les membres du Conseil exécutif, pour y faire maison nette. » Des applaudissements, des murmures, des cris de toute sorte accueillent cette proposition. La confusion est à son comble, les flambeaux s'éteignent, l'assemblée se sépare, pour aller les uns à la Convention, les autres aux Cordeliers ^. C'est aux Cordeliers que se rendent Varlet, Fournier l'Ame -

1. Journal dps dàhuts et de lu correspondance de la société des Jacobins, n» 370.

2. Au mois de mars 1793, le ministère des alïaires étrangères était au n» 4 de la rue Cérutti, ci-devant rue d'Artois.

3. Journal des débats et de la correspondance de la société des Jacobins, n" 370.

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ricain et Lazowski. Après les avoir entendus, les membres du club de la rive gauche prennent un arrêté ainsi conçu :

Le départemeat de Paris, partie intégrante du souverain, est invité à s'emparer de l'exercice de la souveraineté; le corps électoral de Paris est autorisé à renouveler les membres traîtres à la cause du peuple. Il sera envoyé des députés au Comité d'insurrection ^

Cet arrêté est immédiatement porté par des affidés aux quarante-huit sections. CeUe des Quatre-Nations y adhère en termes énergiques et rédige une adresse dont voici les principaux passages :

... Les défenseurs de la patrie se lèvent, mais ils jettent au dedans leurs premiers regards sur les chefs de conspiration au moment où il faut agir; ils ne s'arrêteront point à vous peindre les menées odieuses des Roland, des Brissot, des Gensonné, des Guadet, des Petion, des Barbaroux, des Louvet, etc.. L'établissement d'un nouveau tribunal révolutionnaire et la destitution des ministres sont des palliatifs insuffisants, de fausses mesures, puisqu'elles n'attaquent qu'indirectement les assassins de l'intérieur, qui trouvent un point de ralliement au sein même de la Convention. Les défenseurs de la patrie demandent, comme mesure suprême et seule efficace, que le département de Paris exerce, en ce moment, la souveraineté qui lui appartient; qu'à cet effet, toutes les sections et cantons soient convoqués pour autoriser l'Assemblée électorale du département de Paris à révoquer et rappeler les mandataires infidèles et indignes d'être législateurs d'une République... L'Assemblée générale de la section, après avoir entendu l'adresse énergique de la Société des Gordeliers, a unani-

1. Histoire parlementaire... par Bûchez cl Roux, t, XXV, p. 93.

memenL arrêté d'adhérer et a uommé, sur-le-champ, des * commissaires pour la communiquer aux quarante-sept autres sections, ainsi qu'aux Sociétés des Jacobins, des Cordeliers et former le Comité cV insurrection qui devient indispensable. Le point central est aux Jacobins.

Gentil, président; Lingberg, secrétaire (du club des Cordeliers) '.

A celle heure avancée de la nuit, — il élail, à ce moment, 2 heures du matin, — les sections ne comptaient plus qu'un très petit nombre de présents. Trois seulement, Mauconseil, les Lombards et le Théâtre- Français suivirent l'exemple des Quatre-Nations.

L'adhésion de quatre sections sur quarante-huit était un assez maigre résultat. Plus médiocre encore fut le succès de Fournier et de Varlet auprès de la Commune. Ils étaient allés eux-mêmes lui porter l'arrêté de la Société des Cordeliers et demander la fermeture des barrières et l'ordre de sonner le tocsin. Soit que les moyens d'action des conjurés leur aient paru insuffisants, soit qu'ils aient vu dans les chefs du complot des concurrents tout prêts à prendre leur place, le maire et le Conseil général ont refusé de s'associer au mouvement ^.

Le coup était manqué.

1. Copie liltcrale de l'Adresse portée dans les sections par quatre fusiliers, au nom de la section des Quatre-Nations, dans la nuit de dimanche à lundi. (Le Patriote français, n° 1309.)

2. « Veut-on connaître, dit Gorsas, le vrai motif de la conduite de la Commune en cette circonstance? Il se trouve dans cette plii-asc de Chaumctte : « Des êtres dangereux veulent massacrer des « hommes du peuple pourp?'e7)dre leurs places, remplir leurs gous- « sets et plaire aux cours étrangères. » [Le Courrier des départements, n» du 21 mars 1793.)

A la Convention, où la séance, reprise le dimanche soir à 9 heures, ne fut levée le lundi qu'à 3 heures et demie du matin, les tribunes étaient remplies d'émeutiers qui attendaient un signal pour envahir la salle et se précipiter sur les membres du côté droit. Ce signal ne vint pas. La foule du dehors, sur laquelle ils comptaient, avait abandonné la terrasse des Feuillants, chassée par une pluie torrentielle. Il ne restait plus personne aux abords delà salle, lorsque, à 1 heure du matin, le ministre de la guerre Beurnonville et Kervélegan, député du Finistère, sont arrivés à la tête du bataillon des Brestois qu'ils étaient allés chercher à leur caserne du faubourg Saint-Marcel.

Encore bien que la conjuration du 10 mars n'ait pas réussi, elle ne laisse pas d'avoir été singulièrement menaçante. Elle s'est affirmée par les actes les plus audacieux, elle n'a pas caché ses desseins. Les députés girondistes étaient ses victimes désignées. Quelle a été leur attitude en face du danger? Comment lui ont-ils tenu tète? — En se cachant. Avertis qu'une foule nombreuse et hostile entourait la Convention, ils ont pris le parti de ne pas s'y rendre. Au lieu d'aller s'asseoir fièrement à leur place, ils n'ont quitté leurs maisons, où ils ne se jugeaient pas assez en sûreté, que pour se réunir dans une retraite où les conjurés ne pouvaient pas les deviner K C'est à peine si l'on compta, ce soirla, quarante membres sur les bancs du côté droit ^. Que l'absence des principaux députés du parti de la

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