Mémoires de Meillnn, \t
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Gironde ait déconcerté les hommes de Yarlel et de Fournier l'Américain, c'est possible; mais, outre que cette façon de s'effacer devant l'éniente n'a rien d'béroïque, j'estime qu'elle n'est pas sans périls. Pour avoir chance de vaincre, au moins faut-il ne pas déserter le champ de bataille. La fuite jamais n'a préparé la victoire * .
Samedi 16 mars 1793.
Les auteurs du complot dirigé contre Brissot, Pelion, Gensonné, Isnard et les autres députés du côté droit sont connus. J'ai nommé les chefs Fournier, Desfieux, Lazo^\ski, Varlet. Chefs et soldats appartiennent à la plus basse démagogie. A cet égard, nulle incertitude, nul doute possible. Gomment donc expliquer, — si ce n'est par cette lâcheté à laquelle il nous ont, hélas ! depuis si longtemps accoutumés, — que les Girondins affectent aujourd'hui de présenter la conjuration du 10 mars comme l'œuvre des aristocrates et des royalistes?
C'est Vergniaud qui, dans la séance du 13, a été
1. M. Mortinier-Tcrnaux, au tome YI de son excellente Histoire de la Terreur, a consacré un livi-e entier (livre XXIX, pp. 171-244) au complot du 10 mars, qu'il désigne partout sous ce titre : la Conjuration du 9 mars. Il donne, en effet, les événements qui ont eu lieu dans la nuit du dimanche 10 au lund 11 comme s'étant passés dans la nuit du 9 au 10 mars. Les documents contemporains, et en particulier les journaux du temps, ne sauraient laisser aucun doute sur l'erreur dans laquelle est tombé M. Mortimer-Ternaux, après M. de Barante. {Histoire de la Convention nationale, t. II, pp. 420-424.) — M. Louis Blanc a évité cette erreur; mais il a trouvé commode, en présence de l'échec de la conjuration, d'imputer cette conjuration aux manœuvres de l'arisioccaiie et du royalisme (t. VIII, 1. IX, c. ii, les Faux-Tribuns). On ne sait bien souvent ce qu'admirer le plu chez M. Louis Blanc, son talent, sa crédulité... ou son audace.
I 1 'l PARIS EN 1 793
chargé de porter la parole au nom de son parti \ Son discours est l'un des plus éloquents qu'il ait prononcés, el il ne m'en coûte pas de reconnaître qu'il étincelle de beautés de premier ordre, qu'il renferme plus d'un passage vraiment digne d'admiration.
J'en ai retenu quelques-uns, celui-ci entre autres :
Si vos principes paraissent se propager chez vos voisins avec tant de lenteur, c'est, n'en doutez pas, qu'ils sont enveloppés d'un voile ensanglanté. Pensez-vous que, lorsque, pour la première fois, les peuples tombèrent à genoux devant le soleil, il était couvert de nuages précurseurs de la tempête? Non, il roulait pur, glorieux et sans taches dans l'immensité de l'espace, et c'est ainsi qu'il reçut les premiers hommages des mortels.
Et un peu plus loin :
Il existait un tyran dans l'antiquité qui faisait étendre sur un lit de fer les victimes de sa fureur, et qui, là, mutilant celles qui étaient plus grandes, disloquant douloureusement celles qui l'étaient moins, les nivelait toutes à la longueur de ce lit terrible.
Peuple, ce tyran aussi aimait l'égalité; et voilà celle qu'on te présente trop souvent.
Et dans cette phrase encore, quelle image saisissante, destinée peut-être à devenir une prophétie :
Alors, citoyens, il a été permis de craindre que la Révolution dévorant, comme Saturne, tous ses enfants ne finît par engendrer des despotes !
Mais si cette magnifique harangue de Vergniaud a