‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 60 sur 230 · Mémoires rie Louvet, p · texte numérisé non relu

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coutumier du fait. Vous vous rappelez les actes de brigandage dont Paris fut le théâtre au mois de septembre, 3près les massacres des prisons. Des bandits revêtus de l'écharpe municipale se transportaient dans les maisons particulières, sous prétexte d'y apposer les scellés, et faisaient main basse sur les effets les plus précieux. D'autres brigands arrêtaient les passants en plein jour, dans les rues, sur les places, arrachaient aux hommes leurs boucles, leurs montres et leurs chaînes, aux femmes leurs pendants d'oreilles, leurs colliers, leurs bagues et leurs bijoux. Les prisons, vidées vous savez comment, se remplissaient de nouveau; d'innombrables mandats d'arrêt étaient décernés. Les séances de la Commune et du corps électoral, retentissaient de menaces contre les riches, de dénonciations contre les députés. Le journal de Marat, placardé sur tous les murs, signalait aux vengeances populaires Dumouriez, Roland, Pelion et tous les députés brissotins. C'était le moment où Cambon, — qui n'était pas encore mon-, lagnard, disait à la tribune de la Législative : « Aujourd'hui, on publie, on imprime, on affiche que quatre cents députés sont des traîtres. » Le Conseil général de la commune d'Amiens informait l'Assemblée qu'elle avait reçu, sous le contre-seing de Danton, ministre de la justice, une circulaire-, émanée du Comité de surveillance de la Commune, et invitant les départements à mcissacrer tous les prisonniers et tous les traîtres. Les prisonniers de Sainte-Pélagie adressaient une pétition à la Législative, pour la supplier de veiller à leur sûreté et d'empêcher qu'ils ne

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fussent égorgés ^ C'est dans ces circonstances que Vergniaud, paraissant à la tribune, et parlant au nom de la Commission extraordinaire, comme, il y a trois jours, au nom de son parti tout entier, déclara que les excès dont on se plaignait avaient pour auteurs, non les satellites de la Commune, mais les satellites de Coblentz. Je me rappelle encore ce passage de son discours : c S'il n'y avait que le peuple à craindre, il y aurait tout à espérer, car le j)euple est juste, il abhorre le crime. Mais il y a ici des satellites de Coblentz ; il y a des scélérats soudoyés pour semer la discorde, répandre la consternation et nous précipiter dans l'anarchie -. »

« Savez-vous, a repris Beaulieu, que si cette Révolution n'était pas une chose si horrible, ce serait une chose bien amusante. Depuis l'ouverture des états généraux à Versailles, le 5 mai 1789, quelle succession de spectacles incessants, variés, dramatiques! A côté des tragédies royales, quels drames bourgeois! et, comme intermèdes entre la tragédie et le drame, quelles comédies! Sur ce nouveau théâtre, pas une heure de relâche : nuit et jour les acteurs sont en scène ; et les spectateurs, — quand ils ne sont ni emprisonnés, ni volés, ni tués, — n'ont vraiment pas le temps de s'ennuyer. Quoi de plus intéressant, par exemple, que cette journée du 10 mars 1793, dont Brissot, Vergniaud, Isnard et leurs collègees du côté droit, ont failli être

1. Histoire de la Révolution, par deux Amis de la liberté, t. IX, pp. 368 et suiv.

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