‹ Journal d'un bourgeois de Paris pendant la terreurChapitre 71 sur 230 · Non più andrai farfallone · texte numérisé non relu

Non più andrai farfallone

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des phrases originales, des mélodies exquises et qui coulent de source. Mais je trouve que Mozart m'a changé mon Mariage de Figaro. La baguette du musicien, — du magicien, si vous voulez, — en touchant le château d'Aguas-Frcscas, en a transformé tous les habitants. Dans celte demeure aimable et riante, où seuls la légèreté, l'esprit et la folie avaient pénétré, il introduit la mélancolie, la tendresse, la passion. A Chérubin, Beaumarchais n'a donné que des sens; Mozart lui donne une âme. Quand le petit page chante : le tourment qui m'oppresse, on sent son cœur battre, et que son amour est sincère et profond. Ne trouvez-vous pas aussi comme moi que Tair : Monsieur le Comte aime la danse, nous montre la jalousie de Figaro sous un tout autre jour que la comédie de Beaumarchais? Dans la comédie, Figaro aime Suzanne... pour le moment. Dans l'opéra, il l'aime pour toujours. Et notre ami Bartholo! quelle transfiguration! Qu'il y a loin des plaisanteries sur Véternel docteur à ces accents superbes, tout frémissants de vengeance et de haine ! Quant à l'air : Mon enfant, plus de tendres fleurettes, je reconnais qu'il est admirablement dans le ton de la pièce française. Si Mozart a voulu montrer qu'il avait, lorsqu'il le voulait, autant d'esprit et de gaieté que Beaumarchais, l'irrésistible effet de ce délicieux morceau prouve qu'il n'a pas trop présumé de sa verve comique. »

Le second acte a confirmé M. Suard dans son opinion. La chanson de Chérubin :

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esl d'une grâce adorable; on croit enlendre sous les marronniers du parc, non plus le fifre un peu aigrelet de Beaumarchais, mais la flûte enchanteresse de Racine. Malheureusement le rôle de Chérubin est assez mal tenu. Ce second acte est d'ailleurs d'une longueur démesurée, que vient aggraver encore le débit languissant des acteurs : il semble qu'ils aient juré d'attacher du plomb aux pieds légers de la prose de Beaumarchais. Au lieu de courir, elle se traîne. Même accident arrive aux airs de Mozart : au lieu d'être exécutés dans leur véritable mouvement, ils ont presque tous été fort ralentis. La pièce s'est cependant relevée au finale. C'est que ce finale du second acte est un incomparable chef-d'œuvre. Quelle vigueur et quelle grâce! Quelle simplicité et quelle puissance! — M. Suard ne se sentait pas d'aise. « Ah! ah! me dit-il, voilà qui laisse bien loin en arrière Nicolo Piccini! Trouvez-moi dans Atys ou dans Roland quelque chose qui vaille cela! Piccini ne va pas à la cheville de Mozart! — Et le chevalier Gluck? demandai-je en souriant. — Gluck, monsieur le railleur, a fait Alceste, Oy^phée et Iphigénie en Aulide... Mais voici le troisième acte, n Pendant cet acte, le comte Almaviva est presque constamment en scène. J'imagine que Beaumarchais aura eu quelque peine à le reconnaître. « Qui donc m'enchaîne à cette fantaisie? J'ai voulu vingt fois y renoncer... » Ainsi parle le comte dans la pièce fran-

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