Beaulieu, t. III, p
2. La Législative comptait 745 membres, qui se subdivisaient comme suit : Sur les bancs du coté droit, les constitutionnels, au nombre de 160 environ; sur les bancs du coté gauche, les Jacobins, au nombre de 330; au centre, les Indépendants ou Impartiaux, qui étaient à peu prés 250. Un des membres les plus distingués de l'Assemblée législative, M. E.-H. Hua, caractérise ainsi les Indépendants : « Phalange immobile pour le bien, et qui ne se remue que par la peur; c'est elle qui donnera la majorité, et elle la donnera constamment, non au côté droit qu'elle e.stinie, mais au côté gauche qu'elle craint. » {Mémoires d'un ar&ca^ au Parlement de Paris,
« — Quel journaliste et quel orateur, interrompit Lacretellè, que notre ami André de Ghénier! Vous connaissez tous ses beaux articles du Journa.1 de Paris; son talent oratoire est à la hauteur de son talent littéraire. C'est à la tribune des Feuillants que je l'ai vu pour la première fois et j'en ai reçu une impression ineffaçable. Sa taille athlétique sans être haute, sa tête énorme comme celle de Mirabeau, son teint basané, ses yeux élincelants, fortifiaient, illuminaient sa parole. L'avis le plus énergique et le plus éloquemment exprimé partait toujours de sa bouche. On sentait que sous sa parole ardente, pleine de fougue et d'éclat, il y avait une âme intrépide, et que ce n'était pas là seulement un grand talent, mais un grand caractère. Sa véritable place était à la tribune de l'Assemblée nationale; il eût, j'en suis sûr, ravi la palme de l'éloquence à Vergniaud lui-même ^
« — Oui, certes, dit Beaulieu, c'est un puissant orateur que Chénier. Rien ne manquait donc au club des Feuillants, en ces premiers mois de la Législative, et s'il avait perdu la première manche au mois d'août 1791, il semblait qu'il dût aisément gagner la seconde au mois de novembre. Hélas ! pour renverser cette association, qui renfermait dans son sein toutes les grandeurs intellectuelles et toutes les forces sociales, il a suffi d'un enfant de vingt ans et de la fronde d'un journaliste.
député à l'Assemblée législative (E.-A. Hua), publiés par son petit- (ils, E.-M. François Saint-Maur, 1872.) - . -
1. Dix années d'épreuves pendant la Révolution, par Ch. Lâcrêtelle, p. 82,
« Certain soir de décembre, nous discutions avec calme; d'André présidait el la séance marchait paisiblement vers sa tin, lorsque tout à coup nos tribunes publiques sont envahies par une bande de femmes dévergondées et de polissons pris aux Jacobins ou dans la rue Saint-Honoré : ils étaient sous la conduite de Oirey-Dupré, le collaborateur de Brissot^ Ces nouveaux venus étouffent sous leurs huées la voix des orateurs. Chasser ces drôles et ces drôlesses nous eût été d'autant plus facile que la garde nationale qui entourait le lieu de nos séances nous était toute dévouée. Le brave Dijon, lieutenant des canonniers du bataillon des Filles Saint-Thomas, qui se trouvait à côté de moi. leur eût volontiers administré quelques coups de plat de sabre-. Au lieu de cela, il nous fallut subir, sans broncher, les plus violents outrages : ainsi l'avaient décidé les Sages qui nous dirigeaient. De toute la force de leurs poumons, ils criaient silence! en invoquant gravement la Constitution. C'était votre frère, ami Lacretelle, qui avait imaginé de nous affubler de cette bienheureuse devise : la Constitution, toute la Constitutio7i, rien que la Constitution^] Admirable formule'qui nous livrait sans défense à des adversaires sans scrupules. La scène se prolongeait, el les sifflets faisaient rage, lorsqu'un cri, imitant le chant du coq, partit de l'une des tribunes, et fut répété aussitôt par la foule qui avait pénétré dans notre salle
i. Ilisloive de In Réoolution de 1189, par l\c\i\ amis de la liberté, t. VIII, p. 173.