UB LA TOMBE D£ PHILIPPE FAURE
les agitait avec \4olence ; la propagande enfin aiguisait en silence la hache du combat. Ainsi Faure consacrait tes veilles de vingt ans à fourbir les armes dont les balles devaient, quelque jour, cribler les royales forteresses ; à préparer le bùober qui devait consumer en place de Grève le trône et l'échafaud.
Des années entières furent employées à cet immensi^ labeur !
Mais le soleil de Février se leva ! Pâle d* abord, ayant pour contemplateurs on des esprits bcnnés ou des ambitieux mécontents, ce que l'on appelait alors Voppo» nHon parlementaire : ces hommes perlaient entre eux un
jargon étonnant ; ils invoquaient îa Charte^ le JJroii écrit ; ils atta(|uaient Guizot et respectaient le roi ; ils préparaient une révolution pendant une année, ils y excitaient-par des discours violents, et croyaient ensuite, les insensés ! arrêter cette révolution comme une compagnie d'infiinterie, alors que son capitaine lui erie: Halte là ! ! Soleil bientôt radieux, quand, repoussant les endormenrs, ouvriers et étudiants déployaient héroïquement sur les barricades trouées par les boidets, le drapeau unitaire, le drapeau du Peuple percé de mille balles ; quand le fusil populaire, aodaAiant nonnnul»* ment le dboit de bévhion, mais tous les dboits, annon^t aux rois que la Révolution allait reprendre sa course cîviKsatrice ; aux peuples que la République Française marq^uait la première étape de la République Européenne.
^ Faure réunissait les 'deux qualités principales du Démocrate. Il était Bévolutionnaire parce qu'il était Socialiste, Il comprenait que les idées seraient lettres mortes si on les lançait au vent en les abandonnant à . leur Ibrtnne ; et, tout en songeant à la zeconstmctiou
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iùtiire, il paartait le marteau dènudiflaeur dans lea ruinea da paaaé. Sdon l'état de la lutte, il remplaçait la plume par répèe ou Tépèe par la plume. Nourri de tels een»
timents, Faure — nous n'avons pas besoin de le dire — fut un des premiers descendus dans la rue. Non seulemeut il se disposait lui-même à la lutte ; mais, de plus, il y excitait les autres. Dans une lettre qu'il émvait à YJEeimreur du Centre le 21 Février 1848, après avoir donné ses impreasioiis sur les fidta (Nrécédents, il ajoute: DsKAiv x,iB Combat!'* et sa plirase confiante semble dire: A Demain la Victoike !
Le lendemain, en effet, le 22 ! il jette le cri d'insurrection dans le quartier Latin. Pendant cette journée et oeUea qui suivent, il construit des barricades, lutte contre la garde nmnicipale, combat au milieu du peuple, et ne quitte le Ibsil qu'après la prodamatîoii de la Képu> blique à l'Hôtel de Ville!
Mais, hélas, il le constate déjà lui-même: — ^ Beau- ' cQwp^' écrit-il, se jetteni à la curée des emplois et * ieâ vUe lofWM de Imneien régimê prmmmU la Uvrie ' de ht République avec un empreeeemeni dégoûtant* En effet, la République périclite. Les prêtres bénissent les arbres de Liberté, les royalistes retrouvent leurs positions, les usuriers conservent leurs privilèges : la trahison est partout, la Kevolution n'est nulle part.
Faure ne s'y trompe pas : il faut combattre encore ; il taille aa plume. Le Feuple CanêtUumti défendait avec courage, énergie et talent la cause de la démocratie, sociale : Philippe Faure prend place parmi ses rédacteurs et partage leurs dangers. La voix honnête et retentissante de Lamennais effiraie les réacteurs de toun les partis : son journal meurt sous les lois fiscales votéea par l'Assemblée Constituante. Uest pbu &cile de tuer la vérité que de lui répondre.
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Après les fimtos, les orîmes; cenx-ei s'aceoimikieiit: Juin 1848 STadt tu, après la bataille, rhomble massacre
du peuple parisien ; la transportatiou de ce temps, digue mère de la transportatiou de Décembre, avait, dans son immense iniquité, effîrayé toutes les consciences; le sabre remplaçait le droit, l'Etat de Siège remplaçait la kn ; la presse n'était libre que pour la consjnration de la me de Potiers ; sa propagande en inrofitait et lançait en plein soleil, avec impudence et impudeur, ses pamphlets bardés de faussetés historiques et de calomnies individuelles. En même temps les royalistes d'épée, de soutane, de toge, d'argent continuaient leur lâche mensonge. Us adoraient la République, criaient-ils, ib en étaient les Sendteurs ! Et, pour prix des gros traitements que le Peuple leur payait: au dedans, ils persécutaient à outrance les Républicains ; au dehors, ils livraient la République aux monarques leurs alliés.
C'était avec horreur que Famc^ voyait ce navrant tableau se dérouler chaque jour sous ses yeux : dans le Bepréêentant' du Peuple, puis dans Le Peuple^ jour- Baux dirigés par Proudhon, il dénonçait à la France ces odieuses manceuyres dont le dernier mot était fiitalement un Deux-Décembre, un Coup-d'£tat au profit d'un prétendant (quelconque.
Grâce à l' inintelligence, volontaire ou non, de r Assemblée Constituante et aux crimes commis par le Gouvernement sorti de Juin ; grâce à l'absurdité d'une Génstitotion qui conservait la monarchie sois le nom de Préaidaioe ; gràoe aussi aux infâmes calomnies répan» dues en tous lieux par les membres de la rue dePoîtiere, l'élection du 10 Décembre fait sortir de l urne le nom d'uu prétendant, le nom d'un Bonaparte. L'empire «ommence pour quiconque com{H:end les éTénements.
DISCOUES PRONONCÉS
Le journal Le Peuple était mort, tué comme tant d'autres par les amendes et les emprisonnements; la Voix du Peuple lui avait sucoédé. Faure continua Li lutte et combattait toujours: il combattait pour la Liberté de la Freme que Jl' Aasemblèe législatîye unie à Boniqporte éeraeait sans remords; il combattait pour la liberté d'aseociatioii et de réunion ; il combattait pour les peuples qu'on assassinait, pour la Pologne délaLsséc, pour la Hongrie tombant sous le fer austro -russe, pour la République Komaine égorgée par ces mêmes baïonnettes, soudoyées et enivrées, qui deyaient, deux ans plus tard, égoiger la Bépublique Française ; il combattait contre Ghangamier et les siens, quand ce général âe la BépMique et son état-major ikîsaient «abrer dans les rues de Paris, au bénéfice du Pape et du futur empereur de France, des hommes sans armes, les défenseurs loyaux de la Solidarité des Peuples.
Les luttes électorales étaient également les grandes lattes de ce temps : Faure, dont l'intelligeiice et l'énergie étaient connues de ses amis, siégea plusieurs fois au comité socialiste de la Seine. Là, comme partout, il fit son devoir.
La Province, aussi bien que la Capitale, réclamait le concours des démocrates éclairés. Un grand nombre de républicains de la Sarthe appelèr^t Philippe Faure. n se rendit au Mans, où il prit la direction du Courrier de la Sarthe et du Bonhomme Maneeau, A cette époque un grand crime, un ciime égal à celui de Décembre, se préparait : la grande majorité de TAssemblée, sentant sa juste impopularité, brisait Tume du. suffrage universel et couvait la loi du 81 Mai Philippe Faore dépendit le vote général au nom des principes de la Justice. Ses efforts, comme les aô^es^
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luxent vains : les élus du suffrage uniweel manquant à leur mandat, à leur deroir, à leur honnenry Totèrent l'abominable loi. rèdamée par tona les partis sumar-
chistes, et livrèrent à Bonaparte une positton qu'il
recherchait depuis si longtemps avec tant de machiavélisme.
Les royalistes, aveuglés par leurs passions, furent entraînés eoz-mèmes, par leur propre £siute, dans l'abime où ils pensaient ne précipiter que les républioams. Aussi mauvais politiques qu'infidèles mandataires, ils posèrent ainsi la pierre fondamentale de rédifice napoléonien.
Le 2 décembre arriva.
Républicains et royalistes furent jetés pèle-mêle dans .les cachots de la trahison.
Faure, revenu à Paris depuis quelque temps, se lança d'abord dans la lutte des rues ; puis le 4, il partit
pour le Mans, afin d'y préparer le combat. On sait le reste, le parjure vainquit, le droit fut écrasé.
La vie de Faure était trop honorable pour qu'elle ne lui attirât pas les persécutions bonapartistes, Faure devait être et fiit proscrit
Sa conduite dans l'exil fut oeiUe d'un homme convaincu. Sur cette terre étrangère, où nous pleurons la patrie absente et asservie, il lutta encore, et eut r honneur d'appliquer son nom à l'énergique protestation partie de Jersey, lors de la comédie jouée en,. France à Toccasioii du rétablissement de l'Empire.
Voilà le citoyen que nous pleurons, vxnlà celui à qui nous rendons en ce moment les derniers devoirs !
CTest un vaillant soldat de moins, c'est un lutteur qui manquera à la démocratie le jour du eombat «uprème !
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