SUB LA TOMBE DE PHILIPPE FAUBE
celle-ci. Seulement cette fosse était creusée pour un vieillard et elle était creusée dans la terre de France. Rabau venait de mourir entouré de nous tous, jeunes gens qu'il avait formés, et il avait pu en mourant se bercer de Tespoir du pioohain triomphe de Tidée. Tous, pleins d'ardeur et de foi, nous suivîmes ses restes au cimetière du mont Parnasse ; et là, Philippe, fidèle écho de nos sentiments, tu prononças ces paroles :
* Et maintenant, Baban, ton corps repose enfin. Cette
* enveloppe mortelle que tu as constamment sacrifiée aux ' idées d'avenir, ce corps dont tu avais Mt abnégation *pour l'oflHr à Dieu comme victime expiatoire du ma- ^térialisme corrupteur qui gangrène la société, tu Tas 'quitté et ton âme épurée, fortifiée par la lutte, a
* commencé sa nouvelle existence.
* Sa vie s'est usée dans orne lutte incessante pour ses ' frères, les opprimés. 11 a essayé de tous les moyens^
* il s'est adressé à toutes les doctrines, il leur a demandé,
* à toutes le mot de Tavenir.
* Quel mot apt-il rapporté ? — Ce mot qui est la Vérité
* et la Vie — ' Hommes, vous êtes frères, vous êtes plus '* que frères.' — Et il développait alors cette loi de ' Solidarité, d'après laquelle nul homme ne peut jouir
* lorsque l'Humanité souffîre ; nul homme ne peut souf- *frir, sans que tous ne Bouffirent en lui Parce que 'Fhonune et les hommes ne sont qu'mf en Dieu. ' Parce qu'ils ne peuvent être heureux, qu'en réalisant ' par cette union de chacun et de tous, le type idéal de
* l'Humanité.'
Je ne sais. Amis, si vos esprits sont comme le mien; mais cette parole de foi me console et me fortifie. Je vois bien, pourtant, tout ce que cette tombe mpptXïe de maL ^Un homaie, un jeune homme «uccombe dans
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toute sa force en moins de deux jours» et la science, ins-^ piiée par Tamitié» n'y peut rien. Bien plus, ramour, les •CHiis, Fàne d*uiie mère n'y peurent rien, et cette màxe que j'ai vue presser de baisers le front de oe cadavre,
cette mère n'a rien pu pour y ranimer la vie. Elle a perdu son fils, j'ai perdu mon ami, tous nous avons perdu un firère, un compatriote dévoué, un héros î Pliilippe est mort muet,éomme si en lui la pensée, obsédée par une iasuimontabb tristesse, s'était dérobée «vaut la Tie. Seul, son œil que j'avais tu tant de f<ns illuminer son ▼isage d'ordinaire pensif, d'un éclair d'esprit ou de noble ardeur ; son œil me révélait, en se tournant avec une tendresse inquiète vers sa mère, ses tourments intérieurs. J'ai TU ce regard suprême s'éteindre. J'ai vu le désespoir muet de la mère, j'ai enaeTéli moi-même ce corps inanimé, je l'ai snivi ici ayes tous tous, je l'ai tu descendre dans cette Ibsse creusée dans une terre étrangère. Toutes les misères humaines se rassemblent devant moi : misère de la science impuissante contre la maladie ; misère de la société présente, si corrompue, si dégradée, qu'dle délaisse et méconnaît ks plus belles fiundtés de l'&me ; misère de la patrie, qui accoeîUe le Crime triomphant et repousse la Vertu jusqu'à ee point de LUI BEFUSER l'hospitalité dv tombeau; misère enfin de l'amitié, misère de l'amour qui peut donner la vie et ne peut rien pour la sauver. . . . Oui, Amis, toutes les misères sont là dans cette tombe, je les sens et pourtant un mot me console, parce que ce met, comme noua le disait Philippe tout-à-rheure ; ee mot, c'est la Vérité et la Vie. Eh bien ! oui, les dégradations de tout genre peuvent affiger nos rcp^ards et nous frapper nous-mêmes, nous sommes Solidaires: Nul 'homme ne peut ^ joux« iioasauB i/HuMANixi sourns.' Mais Toiei
SUE LA. TCMBV DE FHHJFFB FAUBB. îtô
oe rétablit la Justice dans le numde, voici oe qui nous rend l'eapoir : ^Nvl hoicmb ne peut souffbie
* 8AK8 QTTE TOUS NE flOUFFEBlTT EN LUI.' — Voici qul
nom rend la foi : 'L*HoincE et i.e8 hommes ne sont
* qu'un ex Dieu.* — Voici enfin, qui ranime en nons r Amour : ' Les hommes ne peuvent etke heureux
' QU'SK siAXISANX PAS C£XT£ UNION JOE CHACUN ET
* DE TOV8, ImM STFE IDÉAL DE l'HuMANITÉ/
Si cette Solidarité est vraie dans Teapaoe, il &ut qu'^e soit Traie ansû dans le temps. Si les hommes Tivaat
actnellement sur cette terre, ne sont qu'uN ; si chacun d'eux porte en lui l' Humanité, il faut bien qu'il en soit de même de tous, des pères penchés vers la tombe aussi bien que des enfimts qui surgissent du berceau. La Solidarité n'est donc uniTerselle que parce qu'elle est éterndle. La mort n'est donc, comme la naissance, qn'nn des aspects de la Tie. Séchons nos pleurs. Amis, Philippe Fanre Tient de mourir : j'afiirme qu'il renaîtra sur cette terre, dans l'Humanité.
Le meilleur moyen pour nous de remplir envers lui les deTOÎrs d'une amitié fidèle et éclairée, c'est de nous remettre tous à notre œuvre d'apostolat et de renouY^ kment; afin quel a condition humaine s'améliore, que la misère sons tons ses aspects y ait moins d'empire, que la terre se transfigure, et qu'en y renaissant sous une forme nouvelle, il nous retrouve tous transformés, vivant libres, ôrères, égaux dans ce monde futur pour la venue duquel nous armis combattu arec lui, et d'où la loi de la vie, mieux comprise et mieux pratiquée, aura banni pour toujours la mort et son fbnèbre appareil."
. Après on moment àe silence, le citoyeu Alphonse Bianchi, daigné par les Proscrits Français pour prendre la parole en leur nom dans cette circons-
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tance, s'approcha à son tour de la fosse^ et lut le Discours qui suit :
Citoyens, — Encore une fosse ouverte sur la terre d'exil, encore un funèbre convoi, encore un cadavre, encore une victime !
Vous venez, Citoyens, d'entendre les accents du deuil privé : la fiuaille et Tamitié se sont adressées à TOUS par l'organe de notre excellent ami Desmonlins. A son tour, la proscription républicaine liabitant Jersey, vient exprimer par nia voix ses douleui's sur cette tombe, sur ce corps qui fut celui d'un penseur, d'un écrivain dévoué, d^un vaillant soldat de la démocratie militante.
Philippe Faure, doué d'une intelligence précoce et énergique, jeune, tout jeune encore, combattait déjà par la conspiration de la pensée le régne abrutissant de Louis-Philippe. Pendant que les Satisfaits de ce temps déshonoraient le peuple de Juillet, un petit groupe d'hommes ardents et instruits se réunissait. Leur but était d'enseigner la science aux déshérités du droit naturel, à ceux que la pauvreté, imposée par une société mai^tre, a privés de rinstruction, maiehandise courante eomme le Telours et la soie, que Ton achète en France à deniers comptants.
Dans cette phalange d'éducateurs, l'idée socialiste, si peu répandue alors, trouva ime chaire. Faure, eu particulier, apportait là son contingent de travail. L'histoire du vieux monde, ce long martyrologe du prolétariat ei^loité, abruti, égorgé par les religions, les monarchies, et le parasitisme l'histoire avec ses •onséquences philosophiques, était son étude favorite. La conscience des ouvTiers, assistant à ces conférences, recevait le verbe de véhté ; le sentiment de la justice