CHAPITRE IX
1 FivRiSR 1848.— 4j^nrM de ia SkêiiMe.
La séance est remplie par les discours peu écoutés de MM. G. Perrier, Malgaigne et Mahul. U s'agit delà Suisse. M. Thim doit prendre la parole
sur cette question encore* Cela veut dire que nous
82 JOUBNAL D'UN OaMBATTANT
aurons des aperçus yiSs, clairs et yulgaires sur les
dissensions politiques et religieuses de cette /orteresse du radicalisme.
U n'y a rien de nonTeau ni de poissant dans cette CÂiambre ; les Dépatés le sentent, et leurs paroles comme leurs actes manquent de franchise et de hardiesse. ATextérieur, à Tintérieur, il s'agit de régénérer la société^ et ils ne sauraient £ûre antre chose que s'efibroer de rendre dnrahft Fédi- £ce du présent, l'étayer, le rebadigeonner.
CHAPITBE X.
9 FÉYBm ld48. — DjamMStOf» i» drùU de réumen. — Disetmrê de MMi Siberi, Ledm-MolUn ei Odihn
Barrot.
Les séances de la Cfhambre nous ont donné^
cette semaine, l'image affaiblie des séances les plus orageuses de la Convention. La yidlence des " sentiments éclatait an Palais-Bonrbon malgré la modération contrainte du langage, et la passion agitait à la tribune des orateurs dont le respect dû à des collègues réprimait difficilement Taidente indignation. Autrefois les adTersaires s'envoyaient à récha&ud ; par bonheur, nous vivons dans un temps où Toppressiou sanguinaire est repoussée. Eéjonissons-noas de ce qne les partis se contentent d'écbanger des outrages et des insultes, an lien de mettre hors la loi leurs ennemis ou de déporter à Sinnamary les aveugles promoteurs des banquets
. DB f£vEISR. — ^9 FfVBIBB 1848. 83
réformistes. Le droit de réunion, supprimé par le bon plaisir du Miiiistère« qui s'autorise de i'iuterprétatian sophistique d'une loi de police ; plus de cent Députés condamnés par les discours de la couronne et des deux Chambres ; le parti conser» vateur se serrant derrière MM. Guizot et Duchatel, et refusant même la promesse éloignée des réformes; Toilà où nous en sommes aujourd'hui. Demain,..,. De quoi demain sera- 1- il fait ? Que d'autres se le demandent ; pour moi, je reprends mon rôle de narrateur.
M. Boîssel, Député du douzième arrondissement,
repousse avec dédain l'injure faite à la ^ille de Paris par le gouvernement, et proteste qu'il n'aurait pas accepté la présidence du banquet de son arrondissement, s'il n'eût été bien conyaincu de î'esprit pacifique et légal de cette réunion. Il y a uu certain courage à M. Boissel, homme très 'modéré^ à se porter ainsi solidaire d'une réunion à laquelle doîyent assister les radicaux les plus compromettants, et dont plusieurs, calomniateui's, sans doute, accusaient M. Boissel de refuser la présidence, depuis qu'il savait. . Mais, quoi qu'il en soit, M. Boissel a compris et accompli son devoir ; il a senti qu'il fallait oublier toute dissension en face de peux qui se déclaraient les ennemis du droit do réunion, et il a noblement revendiqué les droits de tous, et ceux de ses commettants en particulier.
Les énergiques apostrophes de M. Barrot avaient ému le ministère ; le plus acerbe, le plus irritant
84 JOUBNAL B'mf OOICBATTAKT
des ministres a, pendant deux heures, insulté ToppositioDi dénié les droits primordiaux, épouvanté les âmes timides des bornes en enTenimant les doctrines et les diseours de la Ghtnche ; puis, redisant aux âpres doctrinaires les anathèmes jetés à la corruption par les orateurs des banquets, il a galvanisé les bancs du Centre, éperdus au contact des dieux Lares du ministère : la Peur et la Oolère.— " Bap- " pelez-vous/' criait-il aux Conservateurs, " ces " harangues, propres à provoquer les désordres et les révolutions. On a élevé tribune sur tribune pour traîner aux pieds de ces tribunes la majorité **de cette Chambre, majorité égoïste et repue, disaient les tribuns, majorité accusée de concusfkssLf de prévarication I On y a traîné la monar- " chie, on a prédit sa ruine, on Ta menacée de son renversement. A Béthune, on disait que le peuple n'avait pas donné sa démission, qu'il pouvait "revenir sur la place publique (une voix: "Conti« " nuez, on y reviendra'*), et qu'il peut encore porter *' la main sur la couronne et la jeter aux flots de Cherbourg. A Dijon, c'est un appel à toutes les classeSy aux artistes, aux artisans. (Interruption : ** * Eh ! bien ! après !') J'en passe et des meil- " leurs. M. 0. Barrot prétend qu'il s'agit ici d'un « de ces d|oits primordiaux qu'on ne peut nier ; je " me défie de ces droits prétendus primordiaux qu'on ne trouve écrits dans aucune loi. (Au milieu de Fagitation, M. Ledru-Bollin demande la parole). Ijcs droits fandamentaux sont tous
reconnus et consacrés par la charte, et la charte " est muette sur le droit de réunion. (Une voix : ** * Le droit de resi)irer y eet-il ?*) H y a plus : la
constitution de 1791 avait reconnu le droit de ^* s'assembler ; et six mois plus tard la Constituante *^ faisait une loi pour interdire les sociétés popu- " laîres."
M. Chambolle : — '* Il s'agissait de sociétés, non de réunions.*'
M. Hébert :— ''Les réunions étaient le berceau ** des sociétés."
M. 0. Barrot : — "On n'avait pas, en 1791, la ** loi contre les associations dont vous êtes armé."
M. Hébert : — ** Lors de la discussion de cette loi contre les associations, deux orateurs s'écrièrent : ** * Votre loi est injuste, nous ne nous y soumettrôna pas, nous jurons d'y désobéir.' L'un est aujourd'hui Pair de France» l'autre est encore Député ; et ni l'un ni l'autre, nous le croyons, n'a exécuté sa menace. J'espère qu'il en sera de même du défi porté par MM. Duvergier de Hau- «'ranneetLéondeMaileville. Entre la parole et " l'action il ya le conseil. La Loi doit être appli- " quée, elle le sera. Nous avons toléré ces mani- " festations jusqu'ici ; elles deviennent dangereuses» ** nous les prohibons ; mais nous regrettirions qu'on ytt dans cet acte une proTocatioii à l'émeute. *' Nous refusons ce secours ! "
Après un discours peu écouté de M. Feuillade- Chauvin, qui adjure la majorité de ne pas se oomr-
S6 JOU£NAL D'UN œMBAITANT
promettre par des démarohea passionnées et yiolentes, M. Ledru-BolHn s'empare de la tribune an milieu de l'agitation de la Chambre. Le Centre s'apprête à couvrir de ses clamenrs, s'il y a lieu, l'apologie de la ConTentioiu M. jSaozet guettait les paroles du tribmi radical pour le rappeler à Tordre, la Gauche semblait craindre un appel au peuple, une menace à la société. M. Ledru-BoUin calme, pressant, sobre d'arguments et de phrases, a broyé la jurisprudence du Mmistre de la Justice, démontré la légalité des banquets, et réclamé hardiment, mais sans violence, les droits non inscrits dans les lois humaines. U est des droits naturels» qu'un texte formel peut seul soumettre à des restrictions. — " Nul texte qui interdise ou limite le " droit de réunion, mais un texte formel qui l'autorise. lisez la dédaration des droits de 1791. " Ce texte, nulle loi ne Fa, depuis, abrogé. H n'est ** question de ce droit ni dans la Charte de 1814, " ni dans celle de 1830 ; donc, ce droit n'existe pas» dit le Ministre delà Justice. Voici ma réponse : Les droits de la nation française ne sont pas rap- " pelés dans la Charte de 1830 : est-ce qu'ils *^ n'existent pas F Oh I tous nie fiEiites la partie trop belle. Vous vous souTenez tous oomment elle ** a été faite votre Charte ! (Longue et bruyante ** exclamation). Mon langage est toujours consti- *' tutionnel à la tribune. J'ai prêté serment à la Charte et je la respecte. rParlez t Parlez !> Beportez-Yous à la délibération; vous y trouverez
DB P3ÊVKLKB. — 9 FÉVaiEE 1848.
plusieurs articles de la Cliarte de 1814, aveo cette seule mention : sufpbimé. Notre Charte ne pf^sente que des lacunes et des coupures. (M.
^ Sauzet se lève.) On a procédé par suppression." M. Sauzei : — Tdle qu'elle est tous devez la respecter/'
M. de Larochejacquelem (^élance à la tribtine et
remet à M. Lcdru-Rollin un exemplaire de la Charte en lui indiquant le Préambule qui porte :
La Charte de 18149 telle qu'elle a été ammulée "par nos délibérations.''. «• • M. Ledru-Bdlin reprend ; — " La Charte de 1830 n'est donc que la ^' Charte de 1814 amendée. Or la charte ne parle " pas du droit de réunion» et cela se conçoit ; elle " était de proYenaase étrangère et ne cherchait
pas son principe dans nos anciennes Constitu- " tions. (La Chambre se retourne en riant vers "IQL de Ctenoude et de Larochqacquelein).
** Hais le lendemain de 1880, M. Guizot déclarait
que ce droit était une chose légale, désirable. " Vous dites que la loi de 1791, dirigée contre ''les assooiatîonst atteint les réunions. Tous
oubUea donc que la première société populaire " fat fondée le 15 Juillet 1789, le lendemain de la " prise de la Bastille P Les sociétés étaient anté-
rienres à la déclaration du droit de réunion.. • • •
'' Vous aves invoqué la loi de 1790, je vous ai
répondu que la Constitution de 1791 sanctionnait ^* le droit de réunion. Vous avez invoqué la loi de
1791» je vous ai démontré qu'elle ne s'applique
88 JOTJRNAL D'UN OaHBATTAKT
" pas an droit de réunion. Yons m'avez objecté le
** silence de la Charte, je vous ai montré une foule de droits incontestables et incontestés dont elle " m parle pas non plus. Pour sapprimer un droit " û faut au moins un texte, une loi ; tous ne pouvez *' en montrer ! Vos prétentions sont plus exagérées " que celles de la Restauration. Bappelez-vous le " banquet o£krt à La Fayette^oeJîioodtfi^oeAmne^ ** Bouge, Rappelez-vous, H. Ovizot, le banquet du ** 30 Mai, auquel vous avez assisté comme membre " de la société * Aide-toi, le ciel t'aidera.' On y a porté le toast au roi, et, deux mois jdus tard, la royauté s'embarquait à Cherbourg ! Quant à ces expressions d'aveugles et d'ennemis, elles me " touchent peu. J'ai voulu revendiquer l'exercice d'un droit au nom de tous. Avant dele suj^mer, réfléehissez bien ; s'il y avait du sang versé, " je ne voudrais pas que vous en fussiez respon- '* sables. . . .J'ai voulu défendre le dernier lambeau de nos Ubertés I Oe n*est pas une question de parti ; c'est une question de droit. Si vous vou- ^ " liez nous opposer la force des bataillons, nous '«nous retirerions, mais pour en appeler".... Id l'animation de plus en plus ardente de la Chambre fait explosion, les interpellations se croisent, le tumulte couvre la voix de l'orateur qui reprend froidement: — ^'Nom en appellerions au
M. Hébert proteste d'abord qu'on ne fera pas marcher les bataillons, s'indigne qu'on appelle la
licence " le dernier lambeau de nos libertés," et déclare encore qu'il ne reconnaît de droit que les droits écrits dans la OoQStitatiQn. H déclame violemment contre les Constitutions abrogées et termine en s* écriant : — " Ce que vous avez fait voua ne pouvea plus le faire. Voilà ce que noua Tonlons/' Comme M. Hébert paasait devant la Ghtuclie indignée, comme les cris C'est de la " contre-révolution, c'est une persécution,'* retentissaient sur tous les bancs, une voix domine le tumulte, la voix sonore de M. O. Barrot: — "Tons " dépassez le Ministère Polignac A ce mot, le Centre se lève et demande avec fureur le rappel à Tordie ; la Gauche répond à ce défi en se levant et s'écriant : ' Bappelas-nons donc toosàTordre ! ' M. Hébert repousse cette insulte, l'injure la plus grave, dit-il, par les terribles souvenirs qu'elle rappelle, cette injure que lui adresse un homme qui devrait donner Fezemple de la modération et de la réserve. — " Ces injures me prouvent, s'écrîe- '* t-il, que j'ai mis la main sur la plaie, et me raffermissent dans la résolution inébranlable de &ire exécuter la loi contre ceux qui Tenfrein- " dront."
M. OpiLOK Barbot: — "J'écarte d'abord vos " menaces» réminiscences du passé, arme dont on use quand on entre dans la voie où Toasponssea
" le Parlement. Au lieu d'appeler ici la liberté de *' discussion, vous associez à vos ressentiments "la Couronne éb la majorité. Votre conduite
90 JOUBNAL D'UN OOMBATIANT
" est une tache pour un pouvoir sanctionné par l'insurrection des masses. Ministres de la • BéTolution de Juillet» vous violez un droit que '^leB Ministres de la Bestanration ont respecté ** au momout où ih allaient être renversés avec la royauté. Yoilà qui est un fait» un fait " indélébile que je répète encore : tous ne res» peotez pas ce qu'a respecté M. de Polignao." Le Centre, à peine contenu par le calme imposant du chef de la Gbucke» éclate alors en imprécations; la Gauche réplique aux insultes par de violentes apostrophes. MM. Paîllet» R De Gîrardin essaient vainement de se faire entendre à la tribune, et M. Sauzet, accablé, désorienté» ne pouvant ni contenir le tumulte» ni &ire reprendre la discussion, abandonne le fimteuil et disparait dans les couloirs.
CHAPITRË XI.
10 FÉYBiEB 1848. — B^0t de Vaimmdmenâ Darbhjf, DUeaurê de MM. de Genoude^ Slanqui^ Qmssot et
27iiers,
Les amendements de M. de Lesseps et de Genoude développés avec talent, mais peu écoutés, ne sont pas appuyés. Le discours de M. de Qenoude»
nourri d'intéressantes et curieuses citatiolis» animé par de radicales protestations pour les droits de tous» a eu le grand tort d'être intempestil^ Deux partis se menaçaient^ s'apprêtaient à une lutte
DE FÉVKIEB. 10 FÉVRIER 1848. 91
décisive^ les conseils du prêtre-député ne pouvaient leur convenir: — Pour éviter les révolutions, il
fiinty'^ dit-il, rétablir la nation dans ses droits, " fonder Torganisation dans l'intérêt des classes
populaires par Tassociation. Betrempez-vons " dans le peuple, îl peut enocxre sauver le monde. " n n'y a qu'un mot pour sortir de votre situation, ** c'est le droit national.'*
M. Darblay développe à son tour un amendement qui atténue le blâme dirigé oontre les députés de la Gauehe. Son discours, écouté avec intérêt, exprime nettement la réprobation des Conservateurs honnêtes et modérés pour l'immobile corruption du ministère. M. Ducbàtel a répondu par des plaisanteries fort piquantes au porto-drapeau de la scission conservatrice ; M. Paillet défend avec trop de longueur la légalité des banquets, démontrée la veille par M. licdru-EoUin, et la Ghambre s'apprêto à voter, lonque M. 0. Barrot déclare qu'il ne peut appuyer M. Darblay, ne reconnaissant pas à la majorité le droit de condamner même un seul membre de la minorité. M. Blanquî aîné fait un appel aux sentiments de dignité des conservateurs ; les conjure de rayer ces deux mots funestes, dont Timprudence sera révélée avant six mois, supplie la majo* lité toute puissante, d'être généreuse. LaQauche se récrie avec force Nous ne voulons pas de cette générosité." M. Blanqui rappelle les dernières paroles de son père, membre de la Convention, et qui à son lit de mort l'adjurait de ne jamais consentir
92 JOURNAL D'UH OOnBATTAUT
à la condamnation cVun Représentant de la nation. M. Dumoiit réplique, en accusant la Gaucke de proToqufir une Bévolutioii politique pour amener une Bévolation sociale. Oommenoés sons Pinvoca* tien de 89, les banquets se sont terminés, dit-il, Aous rinvocation de 93 !
IL 0. Banot, aTec tonte l'énergie d'un tribun» accuse le GouTemement d'une politique à outrance. — Nous subissons la majorité, mais à condition qu'elle nous respectera. Vous pesez sur les électiens, et tous nous contestez le droit de réunir nos concitoyens pour leur dénoncer les abus et " les moyens d*y remédier. Si vous persistez, si votre majorité» se constituant nos juges, prétend ^ nous frapper de ces appellations injurieuses, " nous TOUS les reuTerrons ; nous tous dirons : C'est vous qui êtes les ennemis de nos institu- " tions ; c'est vous qui êtes des aveugles !
Je ne sais si rhomme de Ghmd était troublé par ses remords ; mais, certes, M. Guizot parlait avec égarement I Son émotion, ses angoisses altéraient sa voix et faisaient errer sa pensée dans des phrases sans suite, oà se distinguaient seulement des menaces et Torgueil réactionnaire aux prises avec les souvenirs du professeur d'histoire. Il a osé rédamer le droit de blâme par la majorité, ajoutant que l'opposition au pouvoir en userait certainement.
M. O. Bakbot Je vous garantis le cou- " traire."
DE FtVBIEB.— 10 FÉVBIBB 1848. 93
M. GuizoT. — " Toutes les grandes armes sont " dangereuses. Il y a ici une majorité qui, si elle le " yonlait, pourrait étouffer les discusaioM." A ces imprudentes paroles, la Oiaiiibre se aoulève, les interpellations, les apostrophes tourbillonnent autour du président du conseil et sa hautaine inflexibilité fléchit sous Toragé. H reprend : — La
majorité en a le pouvoir, mais elle ne le ferait " pas. Toute arme est d'un dangereux emploi, il
ne faut pas en abuser. Je défends mes idées, ma " politique, comme je Tentends. d'est ressence
du gonvemement représentatif.''
M. Tliiers défend les droits de la minorité, et s'indigne de la menace de M. âuizot : — ^* Mon droit
est inscrit dans la Charte, aussi sacré que cdui " de la royauté. Je n'accepte pas votre tolérance, **je n'accepte pas les paroles du président du ** ConseiL La Charte m'a conféré un droit et
j'en use, et la majorité ne peut me k retirer. " Messieurs, vous déclares qu'il y a dans cette ** Chambre des ennemis de nos institutions ? C'est " une injustice, c'est surtout ime dangereuse
imprudence I " M. de Larochejacquelem, le flétri de 1844, supplie la Chambre de ne pas réitérer une faute qui rebondit contre ses auteurs. . . .
A huit heures du soir, le Président met aux voix ramendem^t de M. Darblay ; l'opposition en masse s'abstient. L'amendement est rejeté.
JOUBMAL D'UN OOMBATTANT
CHAPIÏKË XIL
11 FÉTBim 1848.— Foto définitif de VAdretêe.^ Diteour» de M, de Lamarime.
M. Desmousscaux de Givré, conservateur dissident, comme MM. Darblay et Sallandrouze, déve* l<qype un amendement, 8upprmani le falàme dirigé contre la ganche. H s'adresse à la majorité, anx
ministres, les adjure Mais on ne récoute pas.
N'importe, il ne veut pas s'associer à Tintolérance de la majorité. — " £h 1 qnoi, vous venez dire à
Popposition : aooeptez notre insulte, tous nous " la rendrez demain. Un seul acte de ma vie
politique pèse sur ma conscience : c'est le vote " par lequel tous m'ayez fidt flétrir le pèlerins de " Belgrave Square.
La députation qui porte au roi l'Adresse, est
tirée au sort. Qu'arrivera- t-il si de l'urne sortent " les noms des awuglea et des ennemU ? Ces
aveugles, ces ennemis peuvent-ils présenter votre
Adresse au roi ? "
M. de Momy combat ramendement au nom de la majorité.
M. de Lamartine. — ^*'Un mot de M. de Momy " m'appelle à cette tribune que mes forces ne me permettront pas d'occuper longtemps. Permettezmoi d'abord de vous dire que nous ne sommes pas
humiliés de votre paragraphe. Nos adversaires ne nous flétrissent pas, ils nous honorent I. •
DE FÉVRIER. — ^11 FÉVRIER 1848. 9d
" Depuis que le gouvernement a élargi la question
au point d'y faire disparaître une de nos der- « nièies libertés^ est-il un seul de noxm qui pense " que le jea de nos instîtatîons soit concentré dans ** l'enceinte législative ? Quand la royauté et les " deux chambres ont dit leur opinion d'un fait, le " dernier mot est-il dit ? (Longues interruptions, ** oui, oui, non, non.) En dehors de ces pouvoirs,
au dessus (réclamations bruyantes) au dessous, si " vous voulez» de tout ce mécanisme, il existe un " juge> un souverain arbitre» la Nation. (Explo-
sion d'applaudissements et de dénégations.) Oui, " en dehors du faisceau des pouvoirs publics, aussi
bien à Rome autrefois qu'aux Etats-Unis au- " jourd'hui» il y a la voix qui avertit et qui con- *^ damne, la voix dont on ne méconnaît point " impunément les avertissements et dont les mur- . mures sont de graves symptômes. U y a la voix
du peuple.
Je n'ai pas assisté aux banquets ; mais j'en
" accepte glorieusement toutes les conséquences. Il " y aeu une agitation (applaudissements au centre), une agitation salutaire, et je m'en réjouis. J'avoue que nous avons eu plus de peine à modérer, à
contenir (Au milieu du tumulte et des
" applaudissements du centre, on entend ces cris : '* * Ah ! vous en convenez donc ? ') nous avons eu plus de peine à en modérer, à en contenir le " nombre qu'à l'augmenter. (Explosion de bravos à gauche. Silence au centre). Noua n'avons agi
JOU&NAL d'un OOMBATIANI '
*' ni «a conspirateorsy ni en fisustienx; nous avons Youlu avertir la nation de la distance de pins en
plus grande qui sépare le gouvemement de son " origine^ de la E.évolution de Juillet. Et vous
vtmkst mettre la tnain de la police mr la bauvhe du " pays,**
La Yoix affiiiblie de M. de Lamartine se perd dans le bruit. Le président obtient di^^cilement le silence* — " Yons dites que nous avons excité une
agitation artificielle. Ah ! Messieurs, elle ne vous " alarmerait pas tant ! Le pays a été très patient " depuis dix-sept ans. H n'avait pas encore compris " combien votre système est déplorable. Quand il
a vu cette mesquine, oligarchie prendre la place
de la démocratie de 1830 ; quand il a vu le " scandale s'implanter dans ce pays de l'honneur,
et les flots impurs de la corruption atteindre "jusqu'aux Ministres ; quand il a vu dans un ^' intérêt dynastique, compromettre la paix. Quand
il a vu violer tous ks principes révolutionnaires, " quand il a vu la France enserrée dans une fixm- ** tière de contre révolution en Europe, le pays " s'est ému, il a parlé ! " (L'exaltation de la Gauche interrompt l'orateur.) U y a des armes dange-
reuses, disait M. GfuÛEot ; pourquoi donc s'en ** servir ? Vous pouviez laisser à ce mouvement " toute sa liberté, sauf à en réprimer la licence.
Yods pouviez présenter une loL Non, vous avez *^ préféré vous adresser à ^arbitraire, cette arme
qui se brisera dans vos mains ou se retournera
1>B FÉVStBB. — ^11 FÉVBIBB 184:8.
contre TouB-mème un jour. Jeleiépète, voas
voulez mettre la main de la police sur les lèvres " du pays. Avez-vous bien réfléchit^i^UL confié- ««qoMioesde oetacteF Je ymk tous les dire: Je suppose qu'au dé&ut de légialatîen (celle qu'on " nous oppose est dérisoire) ime partie de la représentatiou se refuse à subir Totre censure, à vous obéir. Vous propoBtteB mie fleatonoe d'ixidigmté. d'est dans la logique, sînoa dans vos intentimis. Et si les électeurs vous renvoient ces Députés, le passé nous dit ce que vous ferez. Vous renou- Telleres rexpnlrion de Kaanel; et certes il se trouTera parmi nous autant de Mairaeb que de " députés frappés par votre censure. En Angleterre, dans une circonstance semblable, un orateor» Lord Walter Baleigh fut dénoncé par Buckingliam ; vim layes ce qui advint à Buek^ " ingham — Strafford dénonça Buckingham. Vous " connaissez le sort de Straâbrd." (La voix de l'orateur se perd an milieu du tumulte qui couvre la fin de cette citation.) Messieurs, Flwtotre de " notre Révolution est pleine aussi de ces terribles exemples de réactions succédant aux réactions, ** de victimes entraînant d'autres victimes 1 Un mot encore : Souyenez^^vous du Jeu de Fànme.
(Violente interruption). Le Jeu de Paume fut un Heu de réunion publique". . . . Les Clameurs du Centre redoublent ; les apostrophes et les cris interrompent longtemps M. de Lamartine^ qui reprend avec une fiévreuse énergie : — " Je répè-
JOUBKAL d'un GOMBATEABT
tarai la parole du IVérident du Ooiiseîl : Yos'
clameurs peuvent couvrir ma voix, mais elles ne m'empêi^lpront pas de dire ce que je crois être la vérité à mon pays et à la Chambre. Daillenrs, " c'est pour dire cette parole que je sois monté à " la tribune ! Le Jeu de Paume fut un lieu de réunion fermé par des ministres oppresseurs^ et rouvert par la représentation nationale/' Le reste de la séance ne présente pins qu'une confusion de discours interrompus, d'exclamations . incohérentes, de récriminations échangées entre MIL Yitety G. Banot, de Lastqrrie, de Larochejacquelein, Orémieux. M. de Bémusat accuse la politique irréconciliable des Ministres d'évoquer une loi révolutionnaire sans souci de l'ayenir. M. Du£Atire s'écrie:— -''Bendez le Député respectable au Député." Enfin le président obtient avec peine le calme et le silence nécessaires pour voter. Une première épreuve est déclarée douteuse. Le Centre parait oonstemé. La Gauche demande le scrutin de division et l'amendement conciliateur est rejeté par 228 voix contre 185. On procède au vote du paragraphe. L'Opposition s'abstient, à l'exception dés Conservateurs dissidents, et le paragraphe est voté par 223 voix contre 18.
MM. Dupont de l'Eure, Manuel, Berville, très souffirants se sont &it porter à la Chambre* Les deux derniers sont arriyés trop tard. De son côté, le Ministère a fait venir deux Députés valétudinaires, MM. Goury et Champanhet
DB FtVBIBE.— 15 VÈVSaBL 1848.
Le lendemain, la Chambre b icjeté l'ameiide-
ment Sallandrouze demandant au Ministère de prendre rinitiatiye dee zéfoxmes. M. Guiaot a nAué obstinément de fiôre anome praneew.
L'agitation était au comble. L'éloquent Berryer, pas plus que MM. E. de Girardin, Blanqui, Darblay, Sittandrouie, ne peut obtenir le silence. M. Thien demande une réponse eacplioite. M.GniaotneTBiit pas la donner. 222 voix refusent la réforme à 169 opposants. Enfin, l'Adresse est votée. L'Opposition se retire, et les Conservateors se sont tus an nombre de 241. M. Sanaet a oonstamment voté ayeo le ministère. L'Opposition, pour première vengeance, a décidé qu'elle ne paraîtrait plus dans ses salons. Sous la présidence de M. Barrot, la Oanche a décidé qu'elle s'entendrait areo le oomité du douzième Arrondissement, pour résister légalement et pacifiquement à Tarbitraire. • • •