CHAPITRE XV
17 FÊYBiSB 1848. — Bétmion éhe» Jem JBeyiUNii.—
Exposition du Socialisme,
Je continue^ mon dier Auguste» i te tenir au
courant de ce qui se passe. La rédaction de VJEclaireur en pourra peut-être tirer quelque profit. Pierre est venu nous voir hier. Il s'est présenté dies nous avec cette manière afiectueuse qu'il a toujours eue avec moi, et qui a établi tout d'abord entre ma mère et lui quelque chose de Tintimité d'une ancienne amitié.
114 Jinmàié oomsaxcant
Faisant allusion à ma sortie de l'autre soir, il a plmsamment félicité wa mère sur son belliqueusif fils. Mais dans les éloges qu'il adressait à la màie d'un héré9, dans la feçon tout aimable dont il se plaignait d'avoir été battu par l'ascendant d'une parole chaleureuse qui avait eatraiué tout l'auditoire, en dépit de la nimm, et de la pradaniie qui parlaient* par sa bouoliè (mais oomme uaeToix au désertagrâce à son contradicteur), j'ai cru voir que mon opposition lui avait été aeosible. Tout en riant» je lui airenouralé mes «seuses, rejetant la&ute sur ma yue basse, qui ne m'avait paa permis de, reconnaître celui que je contredisais.
Pierre alors m'invite à une soirée chez son ami Jean Beynaud, à qui il veut présenter quelques-uns de m jeumê gêna; — ^'^mais/' me dit-il, ^'ne nous " mangez pas, ne nous battez pas ! " Tu juges si je fus touché de son indulgence et charmé de l'idée de Yoir Jean Beynaud (r) dont j'apprécie tout le mérite et dont quelques idées me séduisent.
* Je m'y rendis avec Luc Dosages, Gustave Sandre, les jeunes Ollivier, à qui Besages me présenta, et quelques autres de nos amis qui étaient vomsine prendre. Il y avait chez Jean Reynaud brillante compagnie ; des savants, des artistes, des hommes politiques, venaient là comme nous, jeunes gen% écoutor Pierre, interroger celui qu'on appelait 1^ philosophe de Boussac. Par un singulier hasard, je vis là près de Louis Blanc un jeune homme dont la physionomie me frappa ; Je le reconnus^ c'était
DB WÈVBXËB. — 17 FÉvxm 1848. 115
le pl«8 jeune fils de Jérôme Napoléon, (s) J'ayais Tn
son frère qui était venu, lors de son passage à Paris, visiter le panorama de la bataille d'Eylau. Le malheureux jeune homme traverBait la France sous un nom supposé ; il oourait en Espagne se faire tuer en duel. Celui que je rencontrais chez Jean Reynaud avait, naguère, soulevé une vive émotion à la ohapelle de Saint-Leu. On oélébrait un service à Poecasîon de la translation des corps du roi de Hollande et de son second fils, dans une sépulture de famille. Plusieurs meuLbres de cette famille ptoâcrite avaient obtenu la permisaîan de venir en France pour déposer les restes deieurs parents dans leur sépulture consacrée. . . Napoléon- Jérôme était venu s'incliner devant le sarcophagey conduisant sa s^ur Matbitdfi. Sur leur passage^ s'écbappaîraLt dans la foule des exclamalions involontaires: on s'entre-regardait. Il ressemble à Napoléon d'une façon saisissante, et cette ressemblance se reflète sur la figure bdanche^ blonde et rose de la belle Matbilde.
U y a quatre mois à peine de cela ; pourtant, en le retrouvant chez Jean Reynaud, je fus comme saisi de cette ressemblance. Mais mon attention fut bientôt captivée par la conversation qtu était devenue générale. L'anmn collaborateur de Pierre le pressait de parler.
— ** Allons, Pierre, parle-nous. Ces messieurs
désirent t'entendre^ parle donc.''
Pierre se défend et Jean Beynaud insiste avee Içs taquineries dont on poursuit uue timid<^ mubi-
116 MUSHAL TfVJX OOMBASSAN»
cienne qui n'ose en public prodaire son talent* Devant ce monde d'élite qui se flattait d'entendre le philoAophe exposer sa dootrine et prodioner sa foi sooialisto, ces inTÎtations semblaient plulM faites pour ôter la parole que pour encourager.
— " Parle-nous de Tliumanité," reprend ReynaïuL Es^f^ne-noos la SoUdaiité, la Benats-
sanoe, et la Triade et le (Xreuhss ; parle donc ; " Ton t'écoute."
£t en effet tout le numde se xeoneille dans un grand silence, dans une attention empressée.
Piene Leroux s^ezcuse ; il n'est préparé à parler sur rien, ... il craint de fatiguer cet auditoire peu habitaé à entendre traiter de semblables sujets dans nn iàkm.
Ah ! ce sont ces dames qui t'intimident P " ce sont ces meubles qui te gênent F qu'on
éteigne les lampes."
Sur l'iniritation de Pierre, Lue Dosages prend la
parole. Il se renferme dans une série d'affirmations qu'il ne développe pas ; il croit à la Trinité en Dieu et dans l'homme ; il croit à la Solidarité étemelle: fl croit à la Triade comme ki d'organisation ; au Cire il lus comme loi de subsistance ; mais sans appuyer de preuTOS aucun des principes qu'il émet*
Anssî, comme on espère 6îre parler Pierre, les
objections viennent de toutes parts. Fabas attaque la Triade ; Henri Martin, tout en reconnaissant qu'on en letroaTS la trace dans l'histoire^ pand
DB FÉYHIEK. — 17 FÉVRIER 1848. 117
les chevaliers de la Table Bonde, l'attaque également; Jeaniteynand dédaie qu'il ne peut cioiie à la Benaiflsaace, qu'à ses yeux l'Humanité n'est
qu'un mot, et il combat toutes les opinions de Pierre» faisant avec beaucoup d'eq^t l'apologie de toutes les opinions contraires.
Ainsi p res s é de tous côtés, Pierre a répondu. Jamais il n'a exprimé ses convictions avec tant d'éloquence. La vivacité et le laisser-aller de rimj^ovisation, sans rien ôter à ces questiouB profondes de ce qu'eUes offrent de grave et d'imposant à la méditation, ont excité un intérêt qui s'est emparé de tous et de toutes. On l'éooutait^ on approuvaity on s'élevait à la hauteur de ses conceptions, et si tous n'adoptaient pas toutes ses idées, on admirait cet homme et l'on sympathisait avec luL Ah ! Pierre a été bien beau ! • • • •
Tu peux compbst la journée d'hier panni les molleures de cette école de Boussac qui f est si chère. J'ignore si le plan pratique proposé par Pierre à la fin de son discours, ce plan d*une Colonie Agricole fondée stir un turncêau moyen de eubsiêkmee, dont H nous a distribué le Prospectus, sera adopté, mais sois assuré que les idées gagneront beaucoup à l'admirable exposition qu'il nous a faite.
Ceci m'a éloigné de la politique. Oe n'est pas qu'elle n*oflre rien d'intéressant, tant s'en &ut. Il y a eu à Naples une vraie révolution. Ici toujours beaucoup d'émoi. Le pouvoir fait» dit-on» de glands préparatift de défianse»
JOUltNAL D*UN OOMBATTANT