CHAPITRE XIX
22 FÉYSixB 1848.— JlfutYli, hmi heureê iu maU».
Je t'écris cliez Jourdain, oher Auguste. Quatre* TÎngt mille hommes sont concentrés sur Paris; Pour éTÎter une collision, OdQon Barrot et ses amis refusent de s'associer à notre manifestation. Lamartine, Dupont (de TEure), Crémieux, Gamier- Pagès, d'Alihon Sikee, d'Haicourt, en tout une vingtaine de pairs ou de députés, persistent ; mais le Comité du Douzième arrondissement ajourne le Banquet, et les gardes ïiationaux ôtent leur uniferme, n pleut à verse. Qu^allons-nous fiôre P
(Emu hmir$8 iu mr.)
Le combat a commencé ; je vais te raconter les événements du jour :
Les étudiants, les jeunes gens aèocninis pour ks joindre de tous les quartiers, quelques ounien,
massés devant le Panthéon, sont partis, sans armes, sans drapeau, sans uniformes parmi eux, sans oheft
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^minents, pour savoir sî Paris yeiit maintenir son droit. Je les suis avec Jourdain ; nous allons nous fidre massacrer; cela réveillera peutrêtre lePeuple..* Noos eAtonnoiit la MarmUam devant kt caserne des municipaux, me des Grès ; ils rentrent I)*où vient que personne ne nous arrête, que les troupes «ont soigneusement écartées dp notre passage? JLomapPhilippe joue gros jea ; il espère se consolider en exterminant une émeute^ . . • C'est une dévolution qui commence, . . .
Devant r£eole de Médecine noua quittent quelques-uns des guides de la colonne ; ce sont des agents provocateurs ! . . . . Nous traversons la me Dauphine, le Pont-Neuf, la rue de la Monnaie, la me Saint Honoré* Notre armée se grossit Nous .étions cinq mille ; j'étais vers la fin de la colonne an départ ; je suis vers le centre en arrivant à la Madeleine. . . . Nous avons su depuis que les dragons chargeaient» à quelques pas de nous, la foule jMsemblée devant l'hôtel de M. Quizot; nous n'avons aperçu aucun mouvement, et la cavalerie a disparu à notre approche. . . . Nous défilons autour de la Madeleine ; là devaient se mettre en tête les députés ; personne ne parait. On dffl^ on chante la MtxmeiUmêe, Pair des GHrondim ; on descend la rue Royale. Au ministère de la Marine, des dames et des fonctionnaires nous regardent défiler ; les cris : A bas les satisfaits ! " ''A bas les corrompus 1 " ^ A bas les lâches ! A bas Guîzot I Vive la Eéfon^ie ! " retentissent dans
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nos rangs ; mais un cri réunit toutes les voix pour écraser les dilapidateurs de notre flotte : " A bas les Tolears Noub entonnons le Chani d»
Départ f et nous nous groupons sur la Place de la Révolution, où sont massés des milliers d'ouvriers. La tête de la colonne s'arrête. Jourdain, (le jeune grayenr)» Bebook, jeune typographe belge^ de EonTielle, jeune professeor de mathématîqnes, et moi, nous arrivons en te te devant le Pont de la Concorde, barré par ime vingtaine de gardes mimicîpaiii: à pied, qui croisent la bayonnette, et arment leurs fosils. Le moment était décisif. Derrière nous, on hésitait, un vide se formait. . . . Nous avançons» Les bayonnettes sont sur nos poitrines : — '^Allons» camarades^ Tons n'allés " pas frapper des frères ? Nous sommes paisibles^
vous le voyez; mais si vous tirez, vous êtes perdus;
vous n'êtes pas en force, laissez-nous passer.^ Et, tout en parlant, je détourne la bayonnette, Fonvielle saute derrière le soldat, nous passons environ une douzaine ; les municipaux se retournent, se précipitent sur nous, et Débock saisit une bayonnette prête à lui percer la cuisse. La canne à lance de Raban (v) a revu le combat, mon clier Auguste, et j'ai armé mon pistolet.. .En même .temps la foule se précipitait à notre secours, et le pont est enlevé. J'ai remis mon pistolet dans ma poche, et nous nous sommes jetés sur la Chambre des Députés, en clamant : " Vive la Ligne I " Nous franchissons la grille, sana xésistanoe ; en vn
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instant les gradins sont oouyezts ; et, de la colonnade, nous découvrons les quais, le pont, la Place, la rue Royale couverts de têtes. Combien de milliers d'hommes nous suiTaient f Qui peut les compter ?
Trop tôt ! Les Députés n'étaient pas encore en séance, et notre position devenait dangereuse. Svacim, crioDS-nons en commençant le moavement; et les Ecoles se retirent en pliisiears bandes Le Peuple reste. . . .
Notre but était atteint. Tout Paris savait que nous persistioiis à maintenir notre droit, que nous appelions le combat, le Goavemement n'avait pas osé assumer sur lui l'odieux d'un massacre de la jeunesse bourgeoise, et partout on courait aux armes. Noos nous retirons. ... Le Peuple reste. • • • Des charges de dragons, de gardes municipaux à pied et à cheval se lancent sur la foule agglomérée. Deux femmes au coin de la rue Mivoli, un vieillard, sur le quai d'Orsay, tombent sous les coups de la garde municipale : signal fiitidique de toutes les Bévolutions, les premières victimes sont des êtres faibles et ino&nsifs. ... La foule se disperse ; la place est occupée militairfflnent, et Bugeaud y établit son quartier général. . . .
A partir de ce moment commence, dans tous les quartiers, une bataille, dont les incidents sont diversement racontés. Dans le récit que je vais te fidre, tu trouveras les événements dont j'étais spec» tateur et acteur, et, plus brièvement, les faits qu'on m'a racontés.