LA POLOGNE
Page 14 : " Qu'importe, pounru que la France " reste ! " (i)
Av milita d'une joyeufle réunion d'enfiuiti, Pliilippe ordi^nalrement le plus Tîf et le plus gai, teste trietet et ne prend put ni aux jeux ni à la eoUation qui est offiarte* Pressé de questions amicales, il répond enfin, ne pouvant retenir ses lannes : — ** Yacsovie est pris ! Yaisorie est à £bu et à sang ! En Tenant ici, J'en ai entendu la nouTelle eriée sur les boulerards ; je ne puis m'amuser, je ne puis prendre aucun plaisir!"
NOTE (e).
XiAMENNAIS.
Page 14 : " Généreux Philippe, je reconnais dans ce mot les nobles dispositians de ta nature. Ta mère, Jjamennaîa (e)^ etc.''
Le journal VHomme du Mercredi 8 Mars 1854, contient une lettre adressée à RibeyroUes par Philippe au sujet de la mort de Lamennais. On y trouve également une correspondance de Londres où le récit de ce douloureux événement re%'ient sous sa plume. Nous réunissons ces deux pièces dans l'article suivant. Bien que le commencement de cet article ne se rapporte pas à Lamennais, nous le conservons cependant, pour ne rien ôter de sa physionomie à la correspondance de Philippe.
'< Londres, IMtnlSM.
^ Mon cher Bibeyrollest
TTne insurreotiain miHtaîre à Gtaragoase a été faineue par
une partie des troupes sur le concours desquelles oomptait le colonel Hore, tué à la tête des insurgés au moment où il reprochait sa trahison au colonel des grenadiers. Cette insurrection sans drapeau, acclamant le nom du général Concha au lieu de faire appel ans sympathies des laducaux de S«agosee, n'est pourtant pas étouffée ; les Taineus ont battu en.
retraite, mais ils ont rallié à eux la garnison de Huesca et battent le Haut- Aragon. — De nombreuses arrestations de députés et de journalistes, la plupart royalistes modérés, ont €fa liea à Madnd. Le TSmes persute à soutenir que le Coup d'Etat de la reine Isabelle peut déterminer l'expulsion des Bourbons et la création d'un Em|)ire d'ibérie en finreur dee Bragance. D'autres parlent de Kepublique ....
Lord J. Kussell a présenté un large projet de Réforme électorale ; ee inojet, asses bien aocaeilli par l'opinion publique, n'a pourtant excité nul enthousiasme ; les préoccupations sont ailleurs. On en a profité pour engager le ministère à l'ajourner, et, hier, lord J. Kussell a annoncé qu'en effet, le Tote du projet de loi ne sera pas poussé aussi Tiyement, ausei pxom}^ment qu'on avait dit d'abord. Le Chronicte^ organe des Whigs, tout en approuvant l'hésitation du ministère à lutter contre certains de ses partisans, craint que cette reculade ne dcsaffectioime les populations, en leur montrant la guerre comme un moyen d'sjounier la Réforme ; le Timêa foit un appel ironique* à l'opinion publique, qui peut seule enlever d'entSunisiainie une Kéforme peu agréable aux membres des Communes.
Maintenant, venons à la question d' Orient.
Les caAiinetB de Paris et de Londres ont envoyé au Caar une dernière sommation d'avoir, dans les six jours, à déclarer s'il veut, oui ou non, évacuer les Principautés avant le 30 avril. On approuve peu, ici et ù. Paris, ce nouveau délai; on aurait préféré une déclaration de guerre immédiate.
La flotte de la Baltique Ta partir iM}ur bloquer les ports russes aussitôt la fonte des glaces, et empêcher les escadres russes de se réunir. Le Danemark a été prié de laisser le port de Kiel ouvert aux vaisseaiix anglais et français ; la Suède redoute les flottes russes, les jKirts de Riga et de Kronstadt étant près d'être ouverts par cuite de l'adoucissement inaooou* tumé de la température.
Le maréchal Siiint- Arnaud est nommé général en chef de r expédition d'Orient. Les généraux Canrobert, Bousquet, Espinasse, etc., l'aeeomuagnent. Parmi les régiments désignés, le 20e de ligne et le 7e léger ont été soitout connus pour ïeurs votes républicains en 1849.
Le Parlement français (où l'on ne parle guères) a été ouvert en grande pompe hier ; le discours impérial roule sur la disette et sur la guerre, sans offirir rien de remarquable que la con* fiance placée dans l'alliance des Puissances germaniques.
Les opérations militaires sont suspendues, en Orient, par les tempêtes et les pluies torrentielles. Néanmoins, une escadre escorte un convoi de troupes destiné à l'armée d'Aeie, et dea renforts, surtout des officiers européens, arrivent constamment ù Omer Pacha. Des combats d'avant-poate eut eu Usu toua les jours sur tout le Bas Danube.
ATPBITBICE.
Trois escadrons de Cosaques chrétietu (tribus réfugiccf? chez les Turcs par suite des défaites de Charles XII et des insurrections du dernier siècle) ont été organisés par le Sultan et •nniét par Louis Bonaparte. Ces Cosaques portent ténnis sur
tion des fanatismes religieux dominés par l'idée humanitaire.— D'autre part, une princesse kurde, à la façon des antiques amasones dont elle occupe presque le territoire, amène ellemême au Sultan les guerriers de sa horde : protestation contre la réclusion des harems ! L'Islamisme s'en va sous le choc des événements ; il accepte le concours des Chrétiens, leurs officiers, leurs armes, et ne s'effîraie pas de voir une femme, une priaéessesansvoâeetlesanneaàiaittain !
Ainsi tombent les anciens caltaa» les anoisBS pouvoiis; à quand las vieilles sociétés } **
** Nous recevons une bien douloureuse nouvelle : Lamennais Tient de mourir. A le voir si £rêle de sauté, ne soutenant un eovps débile que par l'indomptable énergie d'une réligîeiise volonté, on devait eraindre depuis longtemps de le voir enlever H la démocratie ; pourtant, il avait surmonté tant de souffrances, de persécutions, de déceptions, pour son âme plus accablantes encore que laprison ou la maladie, qu'on espérait le revoir en rentrant en Iranœ, lorsque la sainte Révolution souhaitée, prôohée par son éloquence, régénérerait enfin notre
dévoué, des jplus intelligents, manqueront en ce jour ù l'appel denoscœarsl Combien de tmbess'élèTeront sur U route des azilés, et attristeront notre retour !'
H serait inutile de rappeler aux lecteurs de L* Homme ce que fut Lamemiais pour la démocratie, pour la civilisation. Ses travaux consciencieux, sa parole sublime de grandeur et de conviction, la puiMance de ses idées et la réligiense ardeur de ses eihrtB pour connaître et répandre la lumièriT de la Justice et de la Vérité, ont trop illustré le xixe siècle po\iT qu'il soit besoin de rappeler ici, un à un, les œu^Tcs et les acte." de l'apôtre populaire. Si d'abord il flétrit la tiédeur des âmes s' endormant paresseusement dans un doute égoïste, et s'il essaie de ressusciter le Catholicisme en mettant la science de sa théologie au service de la Papauté, c'est qu'il espérait l'affranchis sèment de l'Humanité par réélise et la loi du Christ. Si plus tard, il esquitsa les do^es de la Religion universelle sans plus s'enfermer dans le Christianisme qui lui avait refusé de prendre la croix de bois et de défendre la cause des Peuples opprimés, — c'est que son esprit sincère avait radicalement rompu avec la lettre morte des cultes passés, sans abandormer pourtant sa confiance dans la loi providentielle, dont il n'ft pas cessé d'affirmer la puissance souToaine.
" d Mars 18M.
combien de nos amis, des plu»
LAMXKKAI8.
Persécuté par l'Empire, par la Restauration, il expia, par un BU de prison, le crime d'avoir dénoncé la haute-trahison du règne de Louis -Philippe et les habiles jongleries du sceptique M. Thiers. Il avait, dans le pamphlet brûlant qui lui coûta la liberté, signalé l'explosion piililique du Socialisme dans les prèves de 1840, après l'avoir prophétisée pendant dix ans piir les Faroles d'un Croyant^ le Livre du Peuple et tons ces Psaumes MévoluHonnairêt dont la mystique influence a pré paré l'Europe entière à 1* avènement du Verbe nouveau. Dans sa prison^ il étudia pratiquement îo problème social ; et, réfutant les théories absolues du Communismey tout en flétrissant Y Individiialistne inhumain, il çosa les bases de la réalisation révolutionnaire par r Association et le Crédit social, en même temps qu'il exhortait les prolétaires à chercher dans la Foi et le mutuel dévouement la force et l'union indispensables au triomphe de l'EgaUlé.
L'invariable loyauté du caractère de Lamennais Va fait
varier radicalement et brusquement dans l'application à la vie politi(iue de ses principes religieux ; mais il n'a jamais cessé de ]>r(><rresscr, d'avancer vers l'Idéal ; et il a toujours courageusement proclamé ce qu'il croyait être la vérité, même quand il ftllait reconnaître qu'il avait erré. On le vit, par exemple, après avoir rédigé ime Constitution où il introduisait la Présidence comme élément d'unité, voter contre la Présidence lorsque les dangers lui en eurent été démontrés par cette lettre si pleine d'affectueuse vénération que lui écrivit Oeoi^ Sand, et dont vous devez avoir gardé le souvenir. Après avoir sévèrement bhuné les folks cxt itations, les entraînements désordonnés auxquels s'abandonnait parfois notre parti en 1848, il n'eut plus de blâme et de colère, après les funestes journées de Juin — qu'il avait de toute son ftme eesaTé de prévenir — il ne prit plus la plume que pour condamner les persécuteurs, et défendre l'honneur, la vie, la liberté des vaincus. Aussi ne tarda-t-il pas à voir le sabre briser sa plume
Ce courage de ses convictions, cette vaillance en face de la Force vic torieuse, ne l'ont jamais abandonné. Il ne chercha jamais la popularité aux dépens de ses principes. •* Su voix ** n'était qu'un souide," dit de lui Louis Blanc ; et ce souttle ne pouvait se fiôre entendre dans les tempêtes révolutionnaires. Il ae taisait donc tristement, regrettant de te sentir la belli* queuse énergie des chevaliers mystiques du moyen-age, sans pouvoir, à défaut des armes, lutter par la parole contie rErrexir et la Tyrannie. ,
Mais, dans l'intimité, il ne cessait d'inspirer à tous ceux qui l'approchaient ce respect de la divine essence de l'humanité, cette fui dans l'Idéal, cette austère et constante observance du Devoir et de la Solidarité morale des hommes, qui ont dicté
APPENDICE
ses Commentaires sux rEvangile, et qui l'ont mis souvent aux iHnB68 «?ec les ftaettont sceptiques, voltairiennes et iiiidiyldiia^ listes de notre pairtL II eût touIu toit pratiquer, dans la vie
de chacun, les principes de morale étemelle supérieurs î\ tout intérêt de parti, et que les champions du Progrès doivent propager par l'exemple autant que par la parole, sous peine de Tomcmblffr à ces prêtres dont la oondiiite souille et corrompt l'enseignement.
Sa mort laisse interrompue une traduction du Paradis du Dante; pressentiment de sa fin. Ce travail nous eût fait cooneltre le mysticisme du poète, comme lui révolutionnaire et théologien. .. .Lamennaîs croyait, il a toujours cru, que l'humanité ne pouvait professer sans puiser, dans une foi religieuse, le lien des âmes et la loi de la Société. Il partageait cette croyance avec ces esprits éminents, pour la plupart ses amis persoimeb, et qui s' appellent Béranger, Chftteauoriand, lismartine, George Ssnd, Ptare Leroux, Jean Keynaud, etc., etc., etc. H s'était, comme eux, élevé à cette vie supérieure des progrès de l'humanité, qui brise les chaînes des sectes et des superstitions sans amoindrir l'homme et le dépouiller du religieux sentiment de sa mystérieuse destinée. Et cela ne l'empêchait pas de vivre chaque jour de la vie de tous, sympathique à toutes les souffrances, partageant les luttes et les émotions de ses ârères, les aidant de ses conseils, de son exemple, de toutes ses &cultés,* et travaillant avec ardeur à rapprocher l'avènement de la Démocratie, bien que son appirobation fût refusée à certaines doctrines ou à certains dont il ne reeherchait ni ne repoussait l'alliance.
...n y a huit ans de cela, nous causions tous deux des dogmes dhm sur la fis future ; et il me dissit ; De cette ** existence de l'homme après la suspension de son existence ** connue, nous ne pourous nous former l'idée que par h^-po- ** thèse ; et l'allégorie, la poésie, la légende même, valent ** souvent la philosophie sur ces questions. C'est ainsi que des
mythes populmrss nous représentent les âmes de deux ** amants s unissant après la mort, pour ne former qu'un seul " être ; et, au contraire, l'Esprit d'un grand homme s'incar- ** nant dans ses disciples, même dans toute une Nation, et " donnant la vie à de nombreuses générations..."
Ah ! s'il en est ainsi, puisse l'esprit de T.nmA»iny||| ^Tjfier les générations qui viennent, et substituer à l'apathique indifférence de nos contemporains en matière de Religion, de Morale et d'Honneur, l'énergique et rdigieuse foi au Devoir
* J*«iétéehargé, àdiTersesfoiiydeportar, delapartdeLamennidSfdM •Monrs à des rihigiéa qui s*«a i ma tait à Ittl par kUM^ et dont & a* voulut pas être ooimu, me défendant môme de dire qiuejs vdisU de ISpSlt» U était loin d'être dans l'aisance^ 4 cette époque.
LÂMBHHAIS»
qui l'a wmteira dans sa lutte wmkn 1m Pnimiices jusqu'après aa mort, et lui a fait léguer, par son Teatamant,* on deraïor acte de loi à ao& cadavre !"
•«Philxppb Pattbs/'
'* P. 8.— La mort de TiamunnaiB jette im ^vcile de deuil anr
cette semaine déjà si triste pour les républicains célébrant dana l'exil, dans les prisons, ou dans le grand cachot impérial, l'anniversaire du réveil si court de la Révolution de 1848. Le grand nom, le dévouement modeste et constant de Tjtmonnftî^ aTaient excité dans la popolaticii de Paris un ardent âJkSx de rendre un dernier hommage au théosophe démocrate, et d'honorer par une immense et populaire manifestation le Convoi du pauvre. On se répétait tout bas qu'il avait refusé jusqu'au dernier moment lamte des prêtres et des déTots oniTonlaient extorquer de son agonie une abjuration; qail avait enfin déshérité, par son Testament, ceux de ses parents qui avaient pris part à la répression de l'insurrection de Juin 1818.
Le gouvernement a fait publier la menace d'interdire, par la Ibrce, la manifestation de respect et de Ténération ponrlea restes du grand homme qui Tenait de mourir. Mais, pour éviter im conflit, on a fait partir le convoi dès sept heures du matin, après l'avoir annoncé pour dix heures. Quelques amis neisonncis. Biaise, Benoît-Champy, Auguste Barbet, B. Littré, Martin de Strasbourg, Oamier-Pagès, mâmâeat seuls. Béranger a rejoint le funèbre cortège, en route, et son arrivée a fait ime grande impression sur la foule qui stationnait dans les rues ; Béranger était, avec Chateaubriand, l'ami le plus intime de TiwmfunaiSi
Le conToi s'est rendu au Père Tischaise par des mes détournées ; néanmoins la foule était si considérable, qu'au pont du Canal les sergents de ville se sont ouvert passage Tépée à la main. — ^Des charges de garde municipale sur la place de la BastQle, et de dragons près du cimetière du Père Lachaise, des coups de canne et d'épée aux environs de la maison mortuaire ont assailli les masses accourues et se dispersant en apprenant le changement d'heure et d'itinéraire.
Telles ont été les obsèques d'un des plus iUusties génies dont la France citera totgoiirs avec orgueu le nom aux nations ses émules. Il est vrai que c'était un penseur, et que le régùne du sabre voudrait en finir avec la pensée." ....
Lamennais était né à Saint-"Malo, en VlVl \ W î^^•a\t donc 72 ans lors de sa mort, arrivée le 26 PèTrier La lottro
• n a ordooné, par son Testament, de donner à «on ceicu^ tes IwÊr«in«s dapsans^ sâm r<Asna a L'teusa.
▲rPEKBICE.
qui suit, adressée à Yietor Hugo» a été publiée dans Vffomtn»; nous la reproduisons afin de compléter le récit donné par Philippe des funérailles de Lamennais s
<* Paria, 1« 1er Mars 1854»
Cher proscrit»
** Je crois qu'il est utile que vous soyez renseigné sur la mani^ dont se sont passées les obsèques de Lamennais. Je
vous écris au grand courant de la plume quelques notes à cet
égard. Le convoi avait été indiqué pour huit heures du
matin. I>c corbillard est aiTivé à sept heures et un quart, et
dès huit heures moins vingt minutes, malgi'é les instances de
H. Biaise, neveu du glorieux défunt (qui voulait qu'on attendît
les quelques personnes autorisées à faire partie du convoi), le
corps a été emporté. Les environs de la maison mortuaire
étaient inondés d'argousius. Le communimté publié par les
journaux avait suffisamment fidt comprenore aux of^tateurM
qu'ils ne devaient pas songer à se former en cortège. Us
s'étaient répandus en nombre infini sur le boulevard Baumar-
chais, sur la place de la Bastille et rue de la Hoquette. Je ne
saurais vous donner un cliiiirc même approximatil des hommes,
ouvriers et gens d'habit, qui ont voulu saluer le cercueîL Tout
ce que je puis vous dire, c'est qu'il devait être immense. Sur
la place de la Bastille, la circulation a été interrompue. Rue
de la Hoquette, le convoi avait tout juste de quoi passer entre
les deux haies. La foule encombrait le boulevard extérieur près
du dmetiàre. Malgré la tenue grave et résignée de cette
multitude, des atrocités ont été commises, et plusieurs sous
mes yeux. Pour avoir manifesté de l'empressement à saluer,
pour avoir essayé de pénétrer un peu plus avant qu'il n'était
ordonné, pour des riais en un mot ou pour des choses dont
l'intention unique était le respect et la sympathie, sans aucun
mélange de violence ni même d'éclat exagéré, plusieurs
hommes ont été littéralement assommés. Les sergents de
ville étaient armes de je ne sais quels casse-têtes importés
d'Angleterre, et frappaient sur ces msUieureux jusquà les
étendre par terre tout ensanglantés. Devant moi, un homme
en blouse a reçu au moins dix coups de casse-tête qui l'ont
étendu sans mouvement et sans souffle. Il y a eu (ceci est
certiiin) qxiinze cas au moins du même genre. Si Je ne crai-^
gnais de comi>romettre des amis, je vous citerais HM, tel et
tel qui revenaient du Père-Lachaise indignés,— et l'un d'eux
les larmes aux yeux, — des brutalités dont Us venaient d'être
témoins. Chose monstrueuse ! Ils ont écarté le peuple de
cet admirable spectacle d'humilité. Le grand homme a voulu |
être traité comme les pauvres qu'U a tant aimés. Il a été
inhumé comme les mendiants. Son oorbîllard était celui»
LAlCEirKAIS.
non pas de la dernière daaae» mais d'après la dernière classe»
de ceux que la misère a mis au-dessous de tous et qu'on enterre par charité. Ayant entendu dire que cela se ferait ainsi, je pensais, au moins, son corps sera mis dans un tombeau de fiuniïle, dans un endroit propre à xeeevoir un monument. Non, j'ai pu, à force de patience, parvenir à entrer dans le cimetière. Lamennais a voulu être enterré dans la fosse commune. J'ai vu son cercueil à peine recouvert côtoyant le oeieueil des derniers inconnus. Je ne saurais tous dire» cher proscrit, combien j'ai été touché. Cette prédication de l'égalité, qui n'exclut pas l'action du génie, mais qui l'unit dans un saint embrasscment avec la pau^Tctc, est d'une grandeur, d'une éloquence qui émeut jusqu'au fond de l'âme. ^Ifois qui est encore plus grand, et qui, vu les circonstances, est tout-à-fait digne de votre attention. Suivant les intentions de M. T-.amennais formellement exprimées dans l'acte de ses volontés dernières, non seulement on n'a pas conduit son corps à l'église, nuôs on n'a pas mis de eroix sur sa Ibsse. J'ai touché le bâton grossier auquel on a attaché avec une corde un papier portant ce nom glorieux ; un bâton, et pas de croix ! superbe exemple donné par ce génie si reli-
g'eux qui s'en est allé à Dieu en répudiant les vieux signes, yieille formule, le vieux sacerdoce, toutes oes -vieilleries, décrépites seulement, l'autre jour, mais aujourd'hid, après tant d'attentats, après tant d'actes d'un absolutisme intolérable, devenues des signes de honte, des symboles détestables qu'on doit hautement répudier. Et cet exemple est donné par un ancien prêtre, nn vieillard de 73 ans, si pur dans sa glorieuse apostasie ! Oui, oui, c'est lil un signe des temps : il n'y a pl\is de sacerdoce, il n'y a plus de surnaturalisme, les prêtres s'en vont ! **