LONDRES
Paob 148 : Ukiok ! (article dsté de Lonâm/y;/'
Nous donnons ici plusieurs documents qui se rapportent au séjour de Philippe à Londres et à son premier passage à Jersey :
** Au BIcDACTBua DU Patriote Satfoisien,
«•Loadns»8Jiil&lUf.
*' Mon cher confrère,
** Depuis qu'en sortant de chez moi pour aller réveiller le peuple, le matin du 2 Décembre, je vous donnai la nouvelle du Coup d'état, il m'a été presqu' impossible de tous éerixe. Api^ deux jours de tentatives inutiles pour éclairer Paris
sur la portée du Coup d'état, je fus envoyé dan» le département que j'avais organisé pour y mettre le feu. Déjà, sur une lettre de moi, l'aftire étmt engagée, liais penouit que *je gagnais ce département en changeant six fois de voiture en vingt-quatre heures, l'affaire éclatait à Paris, et la Démocratie assez dévouée pour prendre les armes, était écrasée. Les paysans, levés au son du tocsin, rentrèrent chez eux à cette nouTsUs^ etmss amla dorent fuir ou se constituer prisonniers. Il y en a trois transportés, dont l'im, le principal, n'avait cependant pas bougé ! Pour moi, après des journées de marches et d'inquiétudes, je trouvai un asyle ; quatre mois pins tard, n'entendant plus parier de rien, je rentrai chex moi ; peu de temps après, on m'expédia du Mans l'arrêté préfectoral m'expulsant à jamais de la France. J'ai obtenu quelques jours de répit pour mettre en ordre les affaires de ma mère,
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X0NSBS8.
2lé
que j'ai laissée un peu soufirante, ces événements ayant altéré une santé que les eaux d'Aix avaient à peine rétablie. Ma Bomr est toiqoun aussi malade, que lorsque, pour lui faire prendre les eaux, j'ai fait le Yoyage qû m a Taïa le plaisir de faire votre connaissance.
" L'obligation de garder secret mon as^le, au moins pour ne pas compromettre les ami$ ÎMeannua qui m'ont si généreusement sauvé, m'a privé du plaisir de continuer nos relations. Peut-être m' avez- vous cru transporté, comme le bruit en a couru ! Je n'ai pas eu cette fois encore, le malheur de tomber aux grifEBS de Vemieiiii» bien que j'en aie en souyent la erainte.
" J'ai trouvé l'émigration divisée en milles coteries. Animadversion, récriminations, accusations, fureur, voilà le spectacle offsrt par l'émigration ; par cette partie la plus disposée au combat, mais aussi la plus disposée à se laisser éggrer par les menées de police. Les amis de Ledru, les sectaires socialistes, les petites ambitions et les grandes oolàres, s'acharnent à diviser la malheiixense proaei^vtion, et de ces déchirements, qne soKtira>t-il ? rien de iKtt ponr pencnnia.
** Je vous envoie une brochure qui vient de paraître à Londres ; les principales têtes du Socisdisme proscrit, à Londres w tout assemblées pour tielier de têmlk en tm seul fidsoean. lesdoetrines socialistes en lutte en France. Qu'en sortinut>ilr Des pamphlets, des idées ; peut-ôtre un acheminement à une grande doctrine rénovatrice ; mais il se pourrait bien qu'il n'en sortît pas même le journal hebdomadaire à la formation duquel on travaille.
" Cette union socialiste témoigne d'une aspiration vers l'Unité parmi les diverses écoles : mais leur est-il possible d'y parvenir > c'est ce que l'avenir seul montrera. L Esprit religieux et dogmatique de Pierre Leroux, les tendances d'autorité de Louis Blanc, la dictature étroite du Commimisme de Cabet, pourront-elles s'entendre entre elles ? et si elles réussissent à s'agglomérer, leur sera-t-il possible de s'accorder avec les cancâres indépendants de Tluné et des autres proudhoniens accolés à eux ? Je dois vous dire que Louis Blanc fait tous ses efforts pour se modilier et pour se lier aux partisans de la Liberté dont il détend sans cesse et éhalenreusemeiit Isa cpintciui.
** Je pense que vous reproduirez la brochure de Thorc et que vous annoncerez la formation de l'Union Socialiste. Je vous serai obligé de m' envoyer le numéro qui en parlera.
'* Je vims nuMmterais eneor» bien des cboses sur la Démocratie, sur les sections qui s'y forment, sur les brouilles de ses diefis, les haines tumultueuses de ses soldats, et aussi sur l'élaboration d'idées grandes, radicales, vraiment révolutionnaina, qui s'y -fiât intM ka hommca séparée dea eoteriea et
916 ÀPFBK]>10B.
46B sectes, nuds rine^ment dévoués au progrès soeial , . ^Is ma lettre passera par la France. ...
** Un mot pourtant : tous les proscrits, sans distinotion d'opinion, de secte, de coterie, ont formé une société phUantropique de secouiB fraternel, où il est défendu de parler poEtique et dont la commission s'occupe de xeeueillv des souscriptions et de trouver de l'emploi pour les malheureux sans ressources et sans travail. La Commission est élue mensuellement : elle se compose en ce moment de citoyens étrangement assemblés par force dans un but de fraternité : F. Pyat, L. Blanc, Ledru RoUin, Pierre Leroux, Thoré, Caussidière, Kibeyrolles, Berjeau, Bertholon, Martin-Bernard, Boichot, sont les élus de la dernière séance. Malheureusement, ib ne s'enteadsnt que pour clieroher à secourir kurs concitoyens : s'ils pouTSient marcher ensemble, ce serait une
force politique immense mais cela ne sera jamais !
Adieu, mon cher confrère, faites de cette lettre ce que TOUS Toudxes. Adresses vos réponses à rUnion Socisliste* J'ai là un ami qui me fera tenir les lettres* *' Salut et Fraternité. Tout à yoos.
"Ph. Faure."
** Lettre oubliée d'abord, et non envoyée en voyant l'impos* Sibilité de mener à ûn l'Union Socialiste.
^Août 1852. — .
** Au PtOriate Savoiêiefi,
Ph. F."
À GEEPPO.
" St.-néUer, 9 NoTembce, lSd2.
** Mon cher Greppo,
*' Je pars pour Londres Limdi prochain ; je ne vous écrirai pas longuement, je n'ai d'ailleu» pas grand' diose à vous dire, au moins de bon. GSommençons par le meilleur : la femme de Coquart de Clamency qui se cachait à Paris a pu enfin s'échapper et rejoindre ici son mari, où ils font ensemble du blanchissage. £lle dit qu'à Paris tout est morne on indil^ férent ; la boutique est ralliée à Bon^Murte. Des stnstetiQiis continuelles découragent ce qui reste d'énergique parmi les prolétaires. Elle a -vm Goudchaux, qui paraissait très affligé et lui a dit que les exilés étaient plus heureux que ceux qui restaient en France.
*• Je reçois à l'instant votre lettre d'hier et une lettre de Louis Blanc. Votre approbation me satisfait extrêmement et je suis heureux de voir que la Tryade si curieusement assortie ait été comprise par nos amis de liondies» àms sa significati o n à la fois tranchée et concoliatrice. /VkÂOir.Hufii
L0NDBE9.
Inarciie à pas de géant ; il se tient à merveille, toigours •«mpreesé. à prendre sa part de ra<!tion, toujours éritant ce
qui aurait 1 air de le poser en chef de parti. Il a été très content de la réception de son fils dans la société fraternelle. Il nous a engagés à passer les Samedis chez lui, en famille. Nous 7 avons été an nombre de plus de 20 ; les uns ont ftimé, d'autres ont causé avec lui sur l'avenir. Il a parlé de la Révolution Européenne, de la r^rande guerre, de la démolition des institutions politiques ; suppression du clergé, de la magistrature, de l'armée aetoelle : levée en masse de 1,200,000 républicains lancés à la destruction des trdnes.... tout ce grand plan se déroulait sons sa parole poétique ... Sabatier lui a parlé de la nécessité d'une dictature. Victor Hugo a fort bien défendu le suf&'age universel, mais en reconnaisBant qu'entre la réVôlutûm et U convention, il y avait uu-lnter* valle de quelques semaines qui doivent suffire pour qu'une dictature révolutionnaire fasse son œuvre assez radicalement pour qu'il n'y ait plus à revenir. Mathé l'a poussé sur la question sociale, devant laquelle il reculait d'abord, tout en protestant de ses sentiments particuliers prouvés par ses anciens li^Tes.* Il a fini par convenir avec moi qu'il fallait nourrir la levée en masse et aviser à la crise économique " La Banque d'échange, la liquidation de la dette, pour éviter la banqueroute," l'impôt-assurauce, il a proposé OU accepté tous ces moyens sans sourciller.
» " Après (juoi, un thé servi par sa femme et sa fille et de» ehants patriotiques dits avec âme par Colfavru, ont clos la
soirée. Fombertaux, l'honnête et vieux Démocrate a été parfaitement et particulièrement accueilli par Victor Hugo qui a très vaillament accepté cette comTiromettante collaboration. En somme, le plus grand accord a régné. . . . On a seulement remarqué l'absence de ioun les membres de la Révolution. Un mot d'ordre a-t-il interdit à ces soldats disciplinés d'assister aux soirées du grand poëte, du grand orateur, de Tez-pair converti au Socidisme et sortant des barricades ! C'est présumable ; car ces 20 M. M. ne se seraient pas tous abstenus sans ordre ou concert préalable. . . . Pour-
• Le 25 Février, lu France entière salua la A^^bli^ue aveo «B élsa d'enthousiasme et d'espoir. La Proclamation annonçait l'Abolition db
LA PEiNR DB MORT (ctt matit>TC politique.) L'Humanité crut aroir fait un pas vers l'avenir promis li la fratorniti'. Cette odieuse iiii])iété, appelée Jvsticb dans les temps barbares, que nous croyions déjà loin de nous, La rama sa mort, Lamartine en voulait I'Abolitiom entiôri^ abMlue^ MIS restcietion* L'on avait dans la mémoire 1m jparolee ton— iduoitcs et tratittmes inai^rées à Vletor Hugo par le même erâtimeiit (ts IhlBMTKR JOUR d'vs CoNBAMNé, Clauuk CU'kvx, DiPcoTjaiJft la France
Soi croyait avoir obtenu ce progrès moral (et qui le rr>ali»era an jour, n'eu outons pas), la France y rattachera le nom de ces deux Poètes j elle les unira dans sa reconnaissance à fiéraa^er qui coatril^ua si puissamment lui aussi à ce progrte dw etpcitK
tant nos wlaliiOBi M»it mms agréables Mntf anelquasdeoelielp
des déplorables dissensions qui ont éclaté a Londeea «t qilî font explosion autour du cadayre de Coumet
" Nous avons un service à tous demander : c'est d'écrire eu Belgique, de demander si ou réimprime et propage en France notre Lettre au peuple sur l'abstention ; ou, si l'on veut qu'on en envoie un paquet tout imprimé de Jersey ? Près de 3,000 exemplaires sont déjà en France, il en reste autant à placer. Je vous en apporterai quelques centaines pour que nos amis de Londres puissent les expédier sur la France.
"Bru, qui m'accompagne à Londres, d'où il veut partir pour l'Amérique ; Sabatier, Mathé, etc., voua envoient mille amitiés. Veuillez présenter nos compliments respectueux à Mme* et à Mlle. Qreppo.
A TOUS de ocBOT» pHonra.*'
FBAQMIHT DU JOUBNIL 1» PHILEPPB.
'* LondrMb S Janv&ear 1853.
" Thové, Qrmo, LéUqvs, Bru, Veillard ; d'autres encore,
vont au convoi de Henri ^eaugrand, un jeune Parisien mort de la poitrine. Il appartenait à la " Révolution." La veille, Bobert (du Jura) avait annoncé que cette société s'opposerait à oe qu'oi^mooiieftt ivr la tombe des diseoms non approvréa par eue. "^"vea rumeurs et disenssiona à oe sujet.
" Au convoi, je n'ai vu ni Louis Blanc, ni Martin Bernard, ni BibeyroUes, ni Ledru Bollin (dont la belle-mère vient de mourir ; il paiait qu'un onde de sa finnme est mort laissant oea millions à ses héritiers, sans que Ledru ait pu en avoir sa part). Pardigon porte le drapeau de la *' Révolution." Robert, Kessler, Guérin sont avec lui. La Société fraternelle s'est fÎGut faire un drapeau magniâque. Là, marchent Félix Pyat, Langtand, Ifartelet» etc.... Noua, qui prenons la queue, nous nous trouvons avec la masse derrière ce second drapeau. Nous partons de *• Gray's Inn Lane" par une pliue aiixeuse ; les rues sont boueuses, défoncées ; nous che-
miaiMIS dana la &nge. Anglais ^halii» <l« -ww Àùa'htmvmmM
suivre un corbiUaroC eux qui payent quelques pleureuses pour accompagner leurs cadavres au cimetière, les Anglais rient, sifflent, huent, en reconnaissant les Français et leurs drapeaux rouges. Plus noua avançons dans les quartieni noiaérablM» aux maisons crasseosei, a la population jaunie, terne, hâve, appauvrie de sang, aux traits grimacés par la souffirance, et
Îlus les sentiments hostiles se manifestent outrageusement, ''est poiiur eux, pour tons les prolétaires, que nous sommes Posent». ... et lia nous ÎBsnltent K .. .
LOKSBES*
"Au cimetière de Victoria Fark, à l'extrémité de la ville, 9ftèê deux Heures de cette route douloureuse ou pénible^
nous nous arrêtons enfin. On dépose le corps. Là quelques
ouvriers et des femmes accourent, plus curieux qu'hostiles
Les deux drapeaux se plantent aux deux bouts de la fosse. Kessler proiumoe d'une voie distincte, bien accentuée, mais sans chaleur, un discours de rhétorique, bien agencé, bien ordonné, mais sans passion, sans entraînement. Il fait appel à la vengeance pour émouvoir la foule .... inutile effort ! . . . .
Robert (du Jura) s'éetie àlon : ** La cérémonie eet finie; Citoyens, terminons-la en poussant notre cri de ralliCBittit :
ViVB LA Rl-FUnT-IQUE DEMOCRATIQUE ET SoCIÂLE ! "
'* Le cri répété ; mais on se regardait, tout étonné de cet Ha «Misa M#, lorsque Fardigon enlève le drapeau de la '*Révo* lution," s'élance en avant, fend la foule, traînant derrière lui quelques hommes, la tête penchée, Toreille basse, honteux de leur rôle. La foule reste immobile, souriante, presque moqueoee: **Pas d'héeitatkm," nrannnrePardigon, en passant |Hrès de moi, "en avant!".... Et comme s'U s'agissait d'enlever ime position, ils partent vaillamment, au nombre de 25. Il reste plusieurs centaines d'hommes pour écouter les discours d'un ouvrier nommé Beneet» de MazteleC.*.. Puis, la Commune appelle son chef : Tjwt I Pyal t Pjat 1 Plliz Pyat, ayant l'air d'être forcé, prononce à son tour une harangue étudiée, très bien dite et où le souvenir de Madame Holand, chaleureusement évoqué, nous Tenrae à touf le oamr.... PuiaoniNtttkapiede glacés par le gazon mouillé. (On boit un Teire cb ilinm pour se réehauffer) et en route ! "
** Nadaud me charge de causer avec Louis Blanc
d'une conciliation générale. Tetfète peu, maie ee n*eat pas de Louis Blanc que viendra la résistance. . . . Louis Blane a très bien répondu. Tout ce qui se fera pour 1' Union républicaine, il l'approuvera. Il ne veut pas qu'on se serve de son nom pour faire des avances, mais il est prêt à s'unir à tous les i^ublîcains, excepté à Cavaignae^ qn'il regarde emnme l'ennemi de la Démocratie.
" Nous avons causé du 16 Avril, du 17 Mars. Il n'eût pas voulu renverser le gouvernement provisoire, parce qu'il ne foyait rien à faire avec ceux qui 1 auraient remplacé. Même pensée pour le 16 Avril. Il voulait peser sur le gouvernement pour en obtenir des décrets en faveur du travail, mais non jeter par les fenêtres la majorité des gouvernants. Far qui les remplacer? ParRaspail, Oabet, Pierre Lenmz, PioudlMii, Blanqid, Barbès ? Ce dernier aurait tué Blanqui, et lui-même eût été assassiné ensuite. Quelles divisions, quel chaos ! rien d'arrêté, de précis dans les cervelles. Les fautes, les erreurs efwmiwa, ent été inévitaUee, fitàtai. La Képublique était impoiiible ti Ton eftt iwûu «sdure 1m Unis. Le penenneL
APPENDICE
manquait àîjedni et à toutes les administrations. Aujourd'hui encore, le personnel manque ! Lamartine était plus populaire que Louis Blanc. Lamartine, même, le 16 Avril, joua un singulier rôle. La veille, presqu' avant le jour, il avait vu Blanqui. Albert l'annonce à Louis Blanc ; celui-ci se moque d'Albert et de sa police de sociétés secrètes. Albert lui dit : — "Tu vas voir ce qu'il me répondra. Allons àTIIôtel de Ville." Là, avant qu'on ne prenne place, il va droit à Lamartine. ■ — "Monsieur de Lamartine, vous avez eu hier une conférence 'ayecBUmqTii ?*' — ^Lamartine change de TÎsage, se tremble ; puis,
^reprenant son sourire ; — ** Ah, c'est vrai ! j'avais oublié de
vous dire cela, Messieurs. On m'avait dit qu'il voulait me faire assassiner ; je l'ai fait venir : nous avons causé longtemps. •TL m'a charmé, lialfl Traiment» ce n'est pas le BUmqid cUmt on nous parlait? il est aimable, doux, avenant. Il m'a dévél^pé ses plans : ils sont excellents t je suis tOttt-à>fait de son «ris*.*.
Vraiment, il m'a séduit "
** La majorité restait interdite, inquiète, soupçonneuse .... Dana la journée, Lamartine se montra impitoyable, cherchant une lutte. C'était facile. Barbés accourait avec sa légion, résolu d'arrêter Blanqui à tout prix, s'il tentait de s'emparer du pouvoir. Tout se passa tranquillement, pourtant. Mais ^uand Ledru RoUin réclama l'arrestation de Blanqui; quand tous, sfiiif Louis Blanc et Albert l'eurent signée, et que vint le tour de Lamartine, celui-ci s'y refuse obstinément et finit par prendre son chapeau, en déclarant qu'il sortirait plutôt du
ÎouYernement. L'ordre tat néanmoins envoyé .à Canssidière. 1 ne fut point exécuté ; et il fut annulé, sana que Louis Blanc ait su comment, ni pourquoi.
• ** Et l'avenir ?— Le personnel nous manquerait ; même pour rentrer dans l'engroiage d'aujourd'hui, à plus forte raison quand il faudrait tout créer, D'ailleurs, toutes les fractions voudraient leur part du gâteau. Qu'on nous laisse les finances, les travaux publics, l'Instruction publique; aux bleus, la guerre et partie de l'intérieur. • . .le reste «ux rouges, et eda marchera. . . ! " *' Peut-être. . .
*' Combler me parlait de Vasseur ; cela vaut la peine d'être conserré dans mes notes, ete.
** Vasseur étudiant, dirigeait à Grenoble le mouvement {de 1834) où Préfet et Général furent mis en prison et la ^ille conquise à la Révolution pendant huit jours. Quand il n'y eut plus moyen de tenir, Vasseur remit en liberté Préfet et Général, qui le remercièrent, le louèrent beaucoup de sa
conduite modérée, pleine d'esprit d'ordre et le firent
arrêter comme il allait passer la frontic'^re. Une fois en liberté, Vasseur déclara la France perdue, la République impossible en Europe^ et partit pour l'Amérique. XI aTSit quelque argent
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• XOKDBEff.
itir luî ; un individu capta sa confiance sur le vaisseau et le dépouilla en débarq^uaiit, sans qu'il pût le ressaisir. Il se trouva done avee m femme, presque sans ressoiuroet» à la Nouvelle Orléans.
" Sans perdre courage, Vasseur trouva moyen d'obtenir une eoncession ; s'en alla sur les bords du MissLssipi, sur uu plateau ; abattit des arbres, éleva sa hutte ; défricha, cultiva» tua beaucoup de serpents et de caïmans ; apprivoisa des cochons et dos dindons (lesquels tuaient les serpents) ; profita des débordements du Mississipi pour réunir en trains les bois d'acajou flottant à la dérive, et se fit enfin une petite aisance. Il loua un esclave, fort étonné d'être si doucement mené. Bref, il vivait agréablement, lorsqu'il apprit la Révolution de Février. Il accourut en Europe, arriva en Juillet 1848, courut chez Bastide, lui parla très vertement, lui dit qu'il perdait la
Bépublique Bastide l'expédia en Suisse pour suppléer au
défaut d'activité du vieux général Thiars, homme honnête et dévoué, mais facile à tromper peut-ôtre, disait Bastide. Vasseur ne partit qu'avec l'assurance d'une intervention en Italie — (Cavaignae ToÉrit en eflét) mais il était trop tard, l'armistice était signé, (peut-être aussi la Cour de Turin craignait la France plus encore que l'Autriche). Vasseur donna sa démission, fut élu représentant de TArdcche et mourut quelque temps avant le Coup d*état. ... Sa femme regrettait leur établissement sauvage, loin de la Civilisation. ..
** 13 Janvier. Je viens de mettre mon Joiirnal au courant.... J'ai écrit à ma mère. . . . J'envoie à la maison un paquet de
lettres, l'Album, de Jersey J'avais la tête brisée....
partout on me trouvait l'air triste, soucieux : regrets !...• je me sens accable drs que je pense un peu longtemps.
" Le reste de la semaine a été rempli par l'étude. . . .
** J*ai vu la famille Wehnert où j^ai trouvé le plus aimable accueil et ces fortifiantes sympathies qui allègent le temps de l'exil. On m'a vivement engagé ;i voir Cobdon pour qui j'ai une lettre de recommandation de Victor Hugo, lettre dont j'ai gardé copie :
•* Jersey, 16 Décemlire, 1S59. Karine TerraM.
" Voici, mon honorable et ehiht co>pTOScrit, un mot pour Cobden. Cobden est digne de tout ce que vous dites si luen l
û vous accueillera comme vous devez être accueilli.
** Plein hiver à Jersey. Le Ciel est aussi laid que la terre* On croirait que Napoléon III règne là.liaut. H est probsble
qu'il règne aussi à Londres et que, tandis que nous sommes ici dans la pluie, vous êtes là-bas dans lo "brouillard : mais il faudra bien que Mai revienne et la llcpublique aussi.
** Je vous serre la main,
«* Signé VioiosHvGO/^
**Me« amitiés à nos co-proscrits Veillard et JuletBru.**
222 APPENBICE.
*' Marine Terrace, 16 Déeembre, UO,
'* Monsieur et très honorable ami,
" Ce mot vous sera remis par un de nos plus courageux et de nos plus intelligents compagnons d'exil : il se nomme Philippe Faure. Il a Tuillamment lutté dans la presse comme journaliste, et dans la rue, Gomme citoyen» contre l'ennemi de
JDécembre.
" Il vous admire et désire être introduit près de tous. Permettez-moi de lui dernier la main pour nancUr Totre
Bcuîl. Accueillez-le, je vous prie, comme voua m'accueiUeEies
moi-même, et veuillez recevoir la nouvelle assurance de mes sentim.ents de haute considération et de profonde cordialité.
*' Signé VicToa Huao.
** M. E. Cobden, Membre du Parlement."
LBTTaB DE PHILIPPE PAU£E A VICTOJft HUGO.
lAadtei, DéMBOiTO IMS.
** Citoyen,
•* Voua m'avez Mt une offre dont je suis trop heureux pour avoir la diicrétioa de la refuser. Vous m'ares proposé; au moment de mon départ, de me donner une lettre d'introduc« tion pour Cobden. L'exil me vaudrait ainsi cette double satisfaction de connaître le grand initiateur du "Pree Trad&" et de le connaître sous vos auspices.
" Pour ceux qui ont dévoué leur vie au progrès incessant dee institutions sociales, c'est un grand sujet d'étude que cet homme, heureux adversaire des barrières classiques opposées
Îar l'ancien régime aux relationa commerciales internationales. •aFrance a eu la gloire de dcmner l'exemple de l'abolition des douanes provinciales. Grâce à Cobden, l'Angleterre parai» appelée à renverser les douanes nationales, et cet homme occupera uneplaee immense dans l'histoire économique de l'humanité. —Cela ne lui a pas suffi ; il a voulu joindre sa voix ans voix éloquentes qui continuaient la tradition philosopliiQue' française, et conviaient les nations à proscrire ♦* ce meurtre en masse qu'on appelle la guerre." Je vous aurai une vive reconnaissance, citoyen, si vous, qui avez pris une grande part à l'œuvre de conciliation des peuples, vous voulei me présenter à votre collègue du Congrès da la paix.
«« Du Mans, de Paris, de Limoges, les lettres que nous recevons ftlieiteiit la proscription de Jersey de sa déclaratùm: elles s accordent malheureusement à constater aussi lemauvaii effet produit par les autres pièces de ce genre publiées par nos amis de Londres, et dont l'influence a détruit l'impression produite par le document qtie voua avez rédigé. Bien que lettrée ezpnment une gnnde tristesse, eu4 témoigoUt
ces
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MISSION PSOYIDENZISUUS DE LA TBiLNCE. 223
même temps que la conscience n'est pas muette dans toutes les âmes ; et si le réveil de la France est peut-être encore loin, il y a du moins des citoyens qui veillent encore sur son avoiir et qui ont souci de sa dignité.
" Veuillez agréer, citoyen, et faire agréer aux membres de votre famille que j'ai eu l'honneur de voir, les compliments re^ctueux de votre tout dévoué.
«• Pk. Faubb."
" J'ai remis vos lettres à M. L. Blanc, que ^'ai trouvé très affligé des dissensions du parti, dont il se tient a l'écart ; et à M. Ivan Golowine. Ce demi^ demeure 37» New Bond Street."
lîOZJB {z),