ADIEUX A FEBVRE
D'AUMANI) silvestre dilf! par J/"'' Barlcl.
Pour laisser au pul)lic sa mémoire sans tache, Léguer à l'avenir un nom du temps vaimiueur, L'artiste, quand le jour vient d'achever sa lâche, La mesure à sa gloire et non pas à son cccur.
Si contre le repos sou courage réclame. Avant qu'un sourilc amer l'expose à dél'aillir,
De son propre génie il étoufTc la flamme,
Pareil aux dieux qui n'ont pas le droit de vieillir !
Il laisse s'ohstiner, à leurs travaux sans yloire, Ceux qui de l'idéal ignorent le chemin, | Renonçant au combat plutôt qu'à la victoire, Ne voulant qu'un laurier verdoyant dans sa main.
C'est notre honneur, à nous, que le vulgaire envie, D'avoir le sacrifice à la fin du devoir, De renoncer à vivre encore pleins de vie, De cesser de vouloir avant que de pouvoir.
Cet honneur est le tien, toi qui fuis, avant l'heure Et dans l'éclat viril de ta maturité, Ami, cette maison qui t'aimait et te pleure. Où de nouveaux succès t'attendait la fierté.
Le travail te paya d'honneurs : vous êtes quittes ; Du pacte, nul des deux ne se doit repentir. A compter nos regrets, si trop lot tu nous quittes A compter tes succès, hélas! tu peux partir!
Epris de ton art seul, ignorant la fatigue. Sur un labeur sans trêve érigeant tes succès, Tu payas ton écot, sans compter, en prodigue, A l'antique renom du Théâtre-Français.
Tu nous étais venu chargé de renommée, A la ruche nouvelle apportant ton butin,
JOURNAL D'UN COMKUIEX 191
Abeille au vol sonore, et qu'avait acclamée La Gaité, l'Odéon, la Porte-Saint-Martin,
Le Vaudevilli! enfin, où préhulaient en gloire Augier, Meilhac, Feuillet, Sardou, bientôt fameux. C'est ta voix qui sonna leur première victoire; Tu leur restas fidèle, en grandissant comme eux !
Pour loi comme pour eux, la maison de Molière S'ouvrit, mêlant encor vos destins éclatants, Pleine du juste orgueil de t'être hospitalière; Et tu fus son honneur, pendant près de trente ans
Ton talent souple et fin, généreux et robuste, Aborda plus d'emplois qu'un autre n'en rêva, Aujourd'hui l'Ami Fritz et demain don Salluste. Lal'emas avant-hier et hier Almaviva !
Ton pouvoir de Protée, en toi seul, apparente Clavaroche àRoswen, Fabrice à de Jalin ; Pour le seul Marivaux tu fus deux fois Dorante Et Tartuffe et Damis pour le grand Poquclin.
Pour le, second Dumas, tu combattis sans trêve, De son œuvre subtil ouvrier sans repos, Et tu n'as de regrets qu'à renoncer au rêve De combattre une fois encore sous ses drapeaux.
Tu quittes le thê;'itrc, ayant créé cent rôles,
— Chiffre que nul de nous ne lit sans s'clVrayer. —