VOYAGE D'EUROPE
Départ de Paris, le jeudi 12 octobre 1893.
La troupe se composait de quinze artistes.
Le répertoire comprenait : le Demi-Monde, le Père prodigue, VAmi Fritz, Mie, Tartuffe, et un spectacle de petites pièces.
Itinéraire : Versailles, Le Havre, Rouen, Abbeville, Lille, Bruxelles, Charleroy, Ostende, Anvers, Verviers, Metz.
A Metz, nous donnions Tartuffe ei l'Ami Fritz. Par une faveur inexplicable, Tartuffe, qui était interdit, m'était rendu, et j'avais l'autorisation de jouer l'Ami Fritz, sans coupures. C'était d'une grande amabilité, ou d'un profond dédain !
Les officiers allemands occupaient les deux avant-scènes de droite et de gauche. Les Français avaient loué presque toute la salle, qui était comble.
J'avais le cœur serré; dans la journée, j'avais rencontré quelques dames françaises, reconnaissablés aux vêtements de deuil qu'elles n'ont jamais quittés depuis l'annexion ; et, tout en les
saluant, il m'avait été donné de comprendre, dans un regard, tout ce qu'il eùl été imprudent de se dire. Le lendemain matin, nous prîmes une voiture et nous fîmes conduire au cimetière français.
Nous passâmes sous les yeux de la sentinelle, qui, très intriguée, nous regardait, de loin, déposer sur la tombe des officiers et des soldats français les couronnes et les bouquets que j'avais reçus, la veille, pendant la représentation.
Le lendemain, nous jouions à Louvaiu, et le voyage se continuait par Amsterdam, Namur.
A Xamur, l'hôtel d'Arscamp mérite une mention.
C'est la comtesse d'Arscamp qui a légué sou hùtel à ses successeurs, à la condition qu'il deviendrait un hôtel pour voyageurs et qu'il y aurait toujours 40.000 bouteilles de vin eu cave.
Huy, Liège, La Haye, Arnheim, Hambourg, Copenhague.
En arrivant au théâtre, ou me remet une carte et un délicieux bouquet aux rubans tricolores.
C'est une charmante intention de la princesse Marie de Waldemar, la fille du duc de Chartres, qui ne peut assister, à sou grand regret, à ma représentation, attendant chez elle ha venue d'un [)etit prince, auquel je souhaite bonheur et santé.
Dimanclte 19 novembre.
Matinée à Malmœ.
Le soir, à Helsingbord, nous donnons Tartuffe. Delà, nous nous dirigeons sur Gotheubourg, Cliristiana, Upsala.
D'Upsala à Stockolm.
Visite à M. Millet, notre ambassadeur. Déjeuner, le lendemain, à l'ambassade, et audience de Sa Majesté le Roi, qui ne manque pas une de mes représentations et veut bien m'accueillir avec la plus haute bienveillance.
Mardi 28 .
Départ, après le spectacle, sur le bateau qui doit nous conduire à Obo.
Arrivée, à G heures du soir, dans le port d'Obo éclairé à l'électricité, notre navire, armé d'un fort éperon, fend la glace pour se frayer un passage ; à la descente du bateau, de petits traîneaux nous attendent pour nous conduire en ville, à l'hôtel. 80 centimètres de neige...
Jeudi 30.
Arrivée à Elsingtords : quarante heures de bateau'. A travers les grands liords, grâce à la neige, il nous semble voir un paysage découpé dans de la
dentelle ! Souper ofïert par l'Alliance Française, où une demoiselle Verneuil, qui habite le pays, a pris la peine, avant notre arrivée, de faire des lectures conférences sur les ouvrages que nous devons interpréter, A ce souper, j'ai l'honneur de me rencontrer avec le grand veneur de Sa Majesté l'Empereur de Russie.
Dimanche 3.
Arrivée à Viborg, d'où, après avoir joué, nous repartons pour Saint-Pétersbourg, où nous arrile 4. à 10 heures 1/2.
Départ de Pétersbourg, le 10, pour arriver à Moscou, le lundi 11, à 8 heures du matin.
Près du Kremlin, vu le carrosse de la Vierge qui, attelé de six chevaux, se tient eu permanence, prêt à se rendre chez les malades et les mourants!
Personne, hors la Vierge, ne peut avoir six chevaux à sa voiture.
Vu la chambre où a été signé le décret de Moscou, souvenir ([ui miuspire de singulières réflexions...
Jeudi 14.
Inauguration du grand bazar ; déjeuner à la table du regretté consul de France. M. de Kerkaradec ; M""^ Febvre est la seule dame présente à ce
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banquet: ou boit à une daine française .'... Une cérémonie religieuse avait eu lieu, le matin, à laquelle assistaient le grand duc Serge et la grandeduchesse !
Dinuuiche 17.
Départ de Moscou pour Kiew.
Le samedi 23, on m'offre, en scène, une splendide couronne d'argent massif et un vase de vermeil.
Cette petite cérémonie mérite d'être contée en détail.
C'était le soir de ma représentation d'adieux; au moment où j'entre en scène, une nuée de petits papiers tricolores partent du cintre {â la Comédie- Française; à Fehvre, son illustre représentant ; à un artiste français, etc., etc....), je me baisse, en ramasse un et le place sur ma poitrine, eu saluant. Ce mouvement est accueilli par trois salves d'applaudissements; au même moment, je vois, en scène, la porte de droite donner passage à mou ami et excellent collègue Soulvzoff, artiste et directeur, qui, une immense couronne à la main, s'approche de moi et me dit, en russe, uue foule de choses que jai tout lieu de supposer très aimables. A peine sa harangue est-elle terminée, que sa femme, M"*" Soulvzoff Klébowa, une artiste de grand talent, entre, à son tour, et m'adresse un autre compli-
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ment, toujours eu russe. Puis tous deux se rapprochent, et à la grande joie des spectateurs, nous nous livrons à une forte embrassade. Il me faut, c'est la coutume, adresser quelques mots au public. Je m'acquitte, le mieux possible, de cette délicate épreuve ; mais, j'étais, je l'avoue, si siucèment ému, que je serais bien embarrassé de reproduire, ici, cette improvisation...
A Saint-Pétersbourg, il y a un public aimable. A Moscou, on est tout à la France. La capitale de toutes les Russies personnifie la tête, et Moscou et Kiew le cœur !
Dimanclie :24.
Départ, à 6 heures du soir, pour Odessa ; tous les artistes, de même qu'à Moscou, nous attendent à la gare, pour nous dire adieu.
Lundi 25.
Arrivée à Odessa, à 10 heures du matin. Plus de bateau pour Goustautiuople ; choléra, quarantaine.
Vendredi ±\
Départ d'Odessa, à minuit, pour Jassy, après avoir entendu à l'Opéra, dans la loge de M. Casarinofï, le plus aimajjle des préfets, l'opéra de Pouschkine, La Ihime de Vitiae.
Arrivée à Jassy, à o heures après midi. Vu, le soir, les Surprises du Dirorce , en roumain étrange ! ! !
l^"" jamier 4894.
Jassy. Un jour de l'an dans la neige, par 18 degrés de froid lugubre!
Jeudi 4.
Départ, à 6 heures du matin, pour Galatz.
Samedi 6.
Départ de Galatz pour Buccarest, à 10 heures et demie du soir; le lendemain matin, arrivée à Djiorgevo.
Là, nous apprenons que le Danube, qui n'est pas assezprispourle traverser eutraîneau, en revanche, charie dénormes banquises de glace. Il nous faut, si nous trouvons des gens assez hardis pour cela, nous faire passer sur une péniche; nous descendons avec nos traîneaux au bord du fleuve jusqu'à Smorda et là, dans un petit poste de douaniers, moitié bulgares turcs ou roumains, nous parlementons pour effectuer notre traversée. On nous demande (;i)0 francs; pourSOOl'aiïaire se conclue. La première barque prend à son bord douze artistes, et nous embarquousavecsept hommes d'é([uipe, qui.
armés de pics de fer, avec une adresse merveilleuse, écartent les blocs de glace, en se frayant un chenal, où glisse lentement le bateau.
Nous avons couru de grands dangers ; mais nous ne l'avons appris que le lendemain ; et, d'ailleurs, nous étions tous si transis de froid , que nous n'avions aucune conscience de ce qui se passait autour de nous.
La barque, après nous avoir déposés, repart pour aller prendre nos bagages.
Sur le bord du fleuve, qui est loin d'être bleuy nous trouvons des traîneaux qui nous conduisent à Islan Hùtel, un bouge !
Là, nouvelle tuile! Nous apprenons que la ligne de Varna est bloquée. Que faire? Je vais chez le consul de France, qui me confirme la nouvelle, et m'apprend que c'est grâce à nous qu'il a reçu le courrier, qui ne lui parvenait plus, depuis six jours.
— Quand mon domestique, me dit le consul, est venu, hier, pour me signaler une barque se disposant à traverser le fleuve, je ne l'ai cru que lor?;que, avec ma lorgnette, j'ai pu constater qu'il m'avait dit vrai ; et, ne sachant pas que c'était, vous, je me suis écrié : « Quels sont les imbéciles ou les fous qui peuvent ainsi courir au-devant de la mort ! '>
Le lendemain, quand on apprit au consul de
Roumanie que j'étais à Routchouk, voici ce qu'il répondit :
— Pourquoi me dire cela I suis-je uue bête?
Très curieux Routchouk, quand ou y passe un jour; on sent qu'il n'y a pas encore bien longtemps que les Turcs en étaient les maîtres; mais, quand il faut l'habiter près d'une semaine, c'est sévère !
Enfin, la voie est libre et nous traversons ces fameux Balkans, dont la presse nous a tant entretenus, pendant la guerre de 1877.
Passé à Choumla, où Skobelefï livra de si sanglantes batailles à Osman Pacha, pendant la dernière guerre des Russes et des Turcs... Varna! enfin!
Là, nous nous croyons sauvés ; ah 1 bien, oui ! grâce au choléra, il n'y aura pas de bateau pour Coustantiuople avant samedi ou dimanche! !!
Samedi 13.
Nous avons organisé uue représentation à Varna : trois petites pièces et des récitations; salle archicomble; mais, un seul ennui : sauf les consuls, personne ne nous comprenant; le public se met à causer de ses petites affaires.
Détail curieux : tous les hôteliers étant au théâtre, à partir de 8 heures, les hôtels ont été fermés. Quant
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à l'aspect de la salle? ça ue se raconte pas. Bien bizarre le Tout Varna!...
Enfin, ou nous donne l'espoir d'un départ de bateau, le Panormos, compagnie Curjis, qui partira pourConstantinople, lelundi lo, à G heures dusoir ; mais, ou nous recommande de nous armer d'une grande philosophie, au point de vue du confortable, ce petit bâtiment emportant un chargement de 2.000 volailles!
Nous ne faisons pas de façons ; nous nous embarquons et, le soir, à 8 heures, le Panormos lève l'ancre.
Parmi nos compagnons de voyage, un jeune couple grec! Le nouveau marié se livrait à un pinçage de guitare féroce, même à table...
Le soir, ou eut toutes les peines du monde à persuader à ce jeune dilettante, qu'une couchette à bord, dans un salon commun, ne pouvait, ne devait contenir qu'une seule personne ; il est vrai... qu'il se dédommagea toute la nuit en tourmentant les cordes de son instrument, et ses mélodies, tristes, plaintives, nous peignirent fidèlement l'état de son âme...
Ail! que la musitiue grecque exprime bien ce qu'éprouve un homme amoureux, qui soulïrc de la solitude et de l'étroitesse des cabines à i)orii:
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Mand \Q.
8 heures du matin.
— Montez vite sur le pont, me crie-t-on, nous entrons dans le Bosphore...
A cette vue, j'avoue que le souvenir du Danube, de Routchouk, de Varna, des 2.000 volailles, de l'enragé guitariste, tout fut vite oublié... Quelle merveille... à droite, tous les palais et résidences d'été... à gauche, la cote d'Asie... Scutari — que sais-je encore! un enchantement!
Je conserve une impression trop vive, une admiration trop sincère de cette féerie, pour essayer même d'en faire une description. Je laisse ce soiu à des plumes plus autorisées que la mienne...
Visite à M. Cambon, notre ambassadeur, au prince Mavrocordado, ambassadeur de Grèce, que javais eu l'honneur de connaître à Paris.
Le lendemain, visite à Sainte-Sophie. Malgré les babouches trop larges dont on a recouvert mes chaussures, et que je perds à tout moment, je suis resté quelques instants avant de pouvoir parler, saisi de la grandeur imposante de ce temple, unique au monde.
Vu la Sublime Porte, et promenade au bazar.
Vendredi 19, Le Salonick.
Grâce à l'extrême obligeance de M. Cambou, uous sommes admirablement placés à une fenêtre de l'entre-sol du palais, pour voir passer et saluer Sa Hautesse le Sultan, qui nous envoie un aide de camp uous souhaiter la bienvenue dans son empire.
Le Sultan daigna se souvenir qu'alors qu'il était prince, j'avais eu l'honneur de lui être présenté, en 18G7, aux Tuileries par l'empereur Napoléon III.
Je ne veux pas essayer de décrire, ici, le cérémonial qui pn''cède l'entrée de Sa Hautesse à la mosquée; cela se voit, ça ne se raconte pas...
Au moment où le souverain passait sous notre fenêtre, ayant dans sa voiture Osman Pacha le Gazir (le Victorieux), je m'inclinai respectueusement... Le Sultan, qui sait d'avance quels seront les étrangers assistant à la cérémonie, leva les yeux et voulut bien répondre à mon salut par un léger mouvement de tête. Après la cérémonie, l'aide de camp revint pour me dire que Sa Majesté serait heureuse si, avant mon départ, elle pouvait organiser une soirée à son palais; et l'officier ajouta :
Sa Majesté, en rentrant dans ses appartements, a dit à (lliakir Pacha ([ui lui parlait de vous : « Je l'ai reconnu; mais, comme il a blanchi. »
— Mes cheveux out blanchi, il est vrai, répoudis-je; mais, quand ils étaient noirs, le Sultan uétait que prince héritier... et j'aurais pu ajouteile commencement de la tirade de Saint-Vallier, du Roi s'a)nu>ie : « Nous avons tous deux, sirC; une couronne 1... »
Lundi 22.
La police interdit Taituffe !...
On va voir si, avec quelques coupures, on peut autoriser la représentation de cet ouvrage...
Api'ès deux jours employés en de vaines démarches, Tartu/f'e est bien interdit. Un officier de Sa Majesté est détaché pour nous servir de guide dans la visite des palais, et un caïque à trois paires de rameurs a été mis à notre disposition poumons promener sur le Bosphore.
Visite au vieux sérail, dont les jardins donnent sur la mer de Marmara. On nous sert une collation : confitures de roses, café, etc.
Visite au Trésor impérial, où se trouve une collection de turbans, qui rendrait rêveur Mounet- SuUy lui-même!...
Visite à Beylar-Bey, palais habité par l'impératrice Eugénie, lors de son voyage en Turquie.
Mardi 23.
Déjeuner donné en notre honneur, par S. E. M. Canibon, auquel assistaient S. E. l'ambassadeur de Russie et sa femme, M. et M'"° de Nelidolï, S. E. Munir Bey, secrétaire des affaires étrangères, et tous les attachés de l'ambassade et du consulat de France.
Le Sultan ne pourra, me dit-on, me recevoir que le vendredi suivant; mais, hélas! nous partons le jeudi, par le bateau russe, qui nous conduira à Odessa, pour regagner Buccaiest, où nous sommesaffichés.
Je fais présenter à Sa Majesté mes excuses et mes regrets ; à o heures, uu envoyé de Sa Hautesse me remet, en sou nom, les insignes de commandeur du Metjidié, en me faisant dire qu'il regrette, de son côté, ce départ trop précipité, qui me prive d'une faveur tout à lait exceptionnelle, celle d'être reçu en audience privée, après la soirée! Mais il faut partir; et, après avoir remercié le souverain de sa haute bienveillance, je prends congé de son aimable envoyé.
Avant mou départ, j'eus riionncur d'organiser, dans les salons de l'ambassade, une matinée au profit de la caisse pour la propagation de la langue française, œuvre desplus intéressantes, et à huiuelle S. E. M. Cambon porte un vif intérêt.
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Cette petite fête, presque improvisée, produisit une recette de mille livres turques, soit près de 20.000 francs.
Trop heureux de douuer à notre ambassadeur une preuve de ma gratitude, pour l'accueil plein de courtoisie que j'avais trouvé à Constautinople, sous le drapeau français.
Qu'il me permette ici de lui renouveler l'assurance de mes sentiments, aussi reconnaissants que dévoués.
Par une délicate attention, très remarquée, d'ailleurs, le Sultan s'était fait représenter à la matinée de l'ambassade, par le ministre de sa liste civile.
Jeudi 25
Départ de Constautinople, à 2 heures trois quarts, par le Tchekatchojf, bâtiment russe, se rendant à Odessa.
Vendredi 26.
Arrivée à Odessa, à 9 h. et demie du soir; couchera bord, les navires n'entrant jamais dans un port russe après le coucher du soleil.
Samedi 27.
Représentation du Demi-Monde. Départ, à minuit, après le théâtre.
Lundi 29.
Arrivée à Buccarest, que nous revoyous pour la seconde fois... (Quel voyage !) Visite au consul.
Mardi 30.
Visite à M. Laliovary, ministre de la guerre.
Samedi 3.
Déjeuner chez le mioislre de la guerre, avec son frère, le ministre des affaires étrangères.
Dimanche 4.
Visite au palais du roi, Sa Majesté souffre de riuflueuza; audience du prince héritier.
Soirée chez les Gatarjis : représentation du Cas de conscience.
Lundi 5.
Déjeuner à l'ambassade de France, chez M. de Goutouly. un de nos représentants à l'étranger, les plus courtois, les plus hospitaliers.
Mercredi 27.
Visite au Palais; organisation d'une représentation, qui sera donnée, demain soir, devant Sa Majesté.
Jeudi 8.
Représentation au palais.
Hier soir, au théâtre, pendant le spectacle, le ministre de l'instruction publique est venu ra'annoncer que Sa Majesté, voulant me donner une marque de sa haute bienveillance, m'avait nommé commandeur de l'ordre de la Couronne de Roumanie et que M"® Febvre recevait, des mains de Sa Majesté, la médaille de première classe du Bene mcrenti.
Ce matin, M. de Coutouly, ministre de France, est venu nous confirmer les bonnes nouvelles de la "veille.
A 9 heures du soir, le Roi nous reroit en audience privée et daigne s'entretenir, près d'une demi-heure, avec nous. Sa Majesté me remet les insignes de •commandeur, et c'est elle-même qui veut bien prendre la peine d'attacher sur la poitrine de M""' Febvre la nouvelle distinction qui lui est •échue.
Nous jouons Hisloirc liti. Yit'ii.r Temps, de Maupassant. Grand elïet; pas un mot ne passe sans être ■compris et souligné de murmures (latteurs.
Après la pièce, défilé dans le salon, qui nous sert <\e foyer, de personnages officiels, venant nous <npporter leurs félicitations et leurs compliments.
Le prince héritier lui-même vient nous serrer la main et prendre congé de nous.
Vendredi 9.
Départ de Buccarest pour Crayova.
Dimanche 11
Départ pour Seggedine.
Arrivée à 10 heures du matin.
Lundi \'2.
Se souvenant que j'avais eu l'honneur d'être un des organisateurs de la représentation qui avait été donnée à l'Opéra, lors de la terrible inondation de cette ville, le préfet envoie à la gare sa voiture pour nous conduire à Thùtel, chargeant de nous faire les honneurs de Seggedine un professeur du Lycée, représentant, en outre, la presse.
Le soir, au moment où le rideau se levait sur le premier acte du ])emi-Monde, je fus l'objet d'une manifestation des plus flatteuses.
Et, comme après avoir salué, je regagnais ma I)lace, un léger bruit me fit lever la télé.
C'était une immense couronne, où les couleurs de
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France étaient entrelacées à celles de Hongrie, qui descendait lentement sur ma tète.
Sur le ruban, cette inscription :