A FUÉDÉIUC FEBVRE LA VILLE DE SEGGEDLNE RECONNAISSANTE
Mardi 13.
C'est la voiture du maire, qui, cette fois, nous reconduit au chemin de fer.
Arrivée à Pesth, à 1 heure et demie.
Départ, le soir même, pour Agram, à 9 heures du soir.
Mercredi 14.
Arrivée à Agram, capitale de la Croatie, un des coins les plus pittoresques de ce long voyage.
Vendredi 16.
Départ, à 8 heures du matin, pour Gratz; arrivée, à 4 h. 20 du soir.
Départ, après le spectacle, pour Fiume.
Après la représentation, souper offert par le cercle français. Les Tziganes jouent la Marseillaise ; pendant le spectacle, le cercle m'avait fait passer en scène un bijou d'un goût exquis, en souvenir de la soirée oii ilsaraient en le bonheur, trop rare, d'entendre parler français.
Lundi 19.
Excursion à Abbazia, la Nice autrichienne, une merveille !
Mardi 20.
Départ de Fiume pour Trieste, où nous arrivons à 9 heures du soir.
Mercredi 21.
Visite au consul, M. Cliollet.
Vendredi 23.
Excursion à Miramar. un des plus beaux châteaux que j'aie vus, comme situation, sur l'Adriatique.
J'avais fait, autrefois, les honneurs de la Comédie- Française à ce martyr de la politique, l'empereur Maximilien; aussi, cette visite m'a-t-elle causé une vive impression.
Lundi 26.
DùpaiL (le Trieste pour ViMii.^e. Arrivée à Venise, à 2 h. 2o du soir, .hisle le temps de se précipiter sur la place Saint-.Marc et de revoir sou église.
250 JOUKNAL D'UN COMEDIEN
Mardi 27.
Départ de Venise pour Milan, à 8 h. 45, Arrivée à Milau, à i heures et demie, après avoir déjeuné à Véroue.
Vendredi 2 mars.
Départ de Milau, à 2 li. o4 matiu, pour Turin. Arrivée à Turin, à 1 h. 30 du soir... Visite au consul, comte de Diesbach.
Lundi o.
Départ de Turin, à 9 li. lo, pour San-Rémo ; arrivée à San-Rémo, à o heures soir.
Mardis.
Départ de San-Rémo pour Nice, à 8 h. oo matin. Arrivée à Nice pour déjeuner.
Jeudi 8.
Départ de Nice pour Cannes. Joué eu matinée. Départ le soir, 11 h. lo, pour Nimes.
Vendirdi 9.
Arrivée à Nimes, à 7 heures du matiu.
Diiiianrhc 1 1 .
Départ de Nimes pour Valence, à 8 h. lo. Ai rivée à Valence, à 3 heures.
Lundi 12.
Départ de Valence, à 8 h. 10 du matiu; arrivée à Grenoble, à 11 h. 10.
Mardi 13.
Départ de Grenoble pour Chambéry, à 8 h. 10. Arrivée à Chambéry, à 2 heures. Excursion à Aixles-Bains.
Mercredi 14.
Départ de Chambéry, à 10 heures, pour Lyon. Arrivée à Lyon, à 2 heures.
Veudreili 10.
Départ de Lyon, à 12 h. .')8, pour Roanne. Arrivée à Roanne, à 4 heures et demie.
Sanieili 17.
Partis de Roanne, à 0 h. 55 matin, pour Chalonsur-Saône. Arrivée à Chalon, à 2 heures soir.
Partis de Chalon, ai)rès le spectacle, à 1 h. 55 matin.
Arrivée à Paris, le dimanche 18 mars, à 1 1 heures du matin.
Maintenant (juc h' lecteur a pu se rendre compte de ce qu'on peut faire de parcours en cinq mois et demi, il convient de relater, ici, au point de vue
artistique, l'etlet produit par ces représentations devant tant de peuples divers.
Il m'a été douué de constater la mauvaise impression laissée derrière eux, par certains artistes qui, s'emparant du titre de pensionnaire de la Comédie -Française, deviennent un obstacle à la réussite des représentations données par ceux qui ont véritablement le droit de se réclamer de la grande et noble maison.
Cette sorte de contrebande artistique devrait êti'e poursuivie et punie sévèrement; car elle fait un tort très préjudiciable, non seulement aux iûlérèts des comédiens autorisés à se déplacer, mais encore, à ceux du Tbéàtre-Français, qui semble envoyer à l'étranger, sous le couvert de sa baute marque, des comédiens, et surtout des comédiennes, de troisième et quatrième ordre.
Je me souviens d'avoir rencontré, au fond de la Russie, sur les bords de la mer Noire, des afficlies portant le nom d'une artiste, se disant de la Comédie-Française, et qui, réellement, n'avait appartenu à ce théâtre que le temps d'y figurer dans des rùles où elle était d'une médiocrité très appréciable.
Il est vrai que celle aimable personne, pendant son séjour rue Richelieu, fournissait, à certain journal, de la copie, où ses camarades étaient Irailés par elle de telle sorte que l'on n'a gardé de celte
aigre mégère qu'un bon souvenir : celui du jour de son départ !
Il est bien évident que les directeurs des théâtres de province, ayant à lutter, déjà, contre la pénurie de comédiens: privés, en outre, du droit de jouer des ouvrages nouveaux, restant toute la saison l'arme au bras, avec une troupe immobilisée, ne pouvant plus donner au public, comme nouveauté, que la Tour de ^csle ou la Closerie des Genêts, sont bien forcés de se rabattre sur les troupes nomades, privilégiées ; oui, mais alors, plus de
répertoire Le public, en attendant le passage
de la tournée, qui doit lui amener le dernier succès parisien, se précipite au beuglant, pendant que le malheureux administrateur voit poindre la faillite à l'horizon.
Quand on se souvient du nombre d'artistes qui se sont fait une place à Paris, venant de la province, comme Félix, Geoffroy, et tant d'autres, on reste frappé d'une situation que l'avenir ne semble pas devoir améliorer
En I80O, comme on a pu le voir au début de ce journal, quand j'étais au Havre, j'avais comme camarades Dumaine, (îarraud, Butant, tous disparus, hélas! mais dont les noms sont restés dans la mémoire des amateurs de théâtre.
Et, cependant, que de villes où il y a encore de
véritables connaisseurs, où la presse ne demande qu'une occasion d'encourager les artistes d'avenir.
Mais, comment voulez-vous, au lendemain d'une représentation, comme celle dont je parle, présenter au public un ouvrage qui a été monté en huit jours , c'est-à-dire à peine le temps que réclame la mémoire la plus exercée et la plus fidèle.
A l'étranger, c'est autre chose ; ou a en outre à lutter contre les événements du jour, le choix du répertoire et le nombre restreint de ceux qui comprennent la langue française... et encore?
J'ai vu des soirs, où la salle se composait de quelques spectateurs qui parlent notre langue, de ceux qui, sans la parler, la comprennent, de ceux qui ne la comprennent pas, mais qui désirent faire croire qu'elle leur est familière.
Certains ouvrages ayant eu cette bonne ou mauvaise fortune, comme on voudra, d'être traduits dans la langue du pays, quand vous donnez cette pièce en sa langue maternelle, les elTels peuvent se déplacer, le traducteur étant passé à cùté du trait, sans pouvoir lui restituer sa forme première ; mais, en somme, la donnée générale de l'ouvrage estcomprise... les détails peuvent souffrir... mais, l'ensemble olïre au public l'audition d'une œuvre qu'il a déjà entendue, et à laquelle il peut prendre une
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certaine dose de plaisir, puisque, sans entendre, il comprend.
La pièce qui n'a pas eu de traducteur, au contraire, est un supplice pour l'auditeur et le comédien.
Le Demi-Monde a été compris et apprécié, partout où j'ai eu le bonheur de le jouer.
Le Père Prodigue, comme traduction, est moins populaire.
Très curieux TeHet de ces deux ouvrages de Dumas. Dans certaines villes, c'est le Père Prodigue qui tenait la corde, tandis que, dans d'autres, le Demi-Monde recueillait tous les suffrages.
L'Ami Fritz a été, partout, un succès. Le roman ayant été traduit dans toutes les langues et la pièce offrant aux yeux des spectateurs une suite de petits tableaux pittoresques ; ajoutez à cela la bonne réputation de l'œuvre d'Erckmann-CIiatrian, qui permet l'audition de cette idylle aux jeunes filles, et vous aurez l'explication de la popularité de ces trois actes, qu'un farouche critique avait baptisés de ce nom : « Amour et charcuterie ».
Tartujfc. lui, est aussi populaire en Finlande, en Courlande, où vous voudrez, qu'à Paris.
Pendant ce voyage, j'ai rencontré des publics qui pouvaient me faire croire que je n'avais pas quitté
la France : à La Haye, Amsterdam, Copenhague, Stockholm, Hambourg. Je ne parle pas de Pétersbourg, bien entendu; mais, à Moscou, Odessa, Buccarest, Constautinople, le parisianisme de ces capitales est incroyable !
Quant à la presse, partout je l'ai trouvée empressée, courtoise, et pleine d'une bienveillance dont je suis heureux de lui adresser, ici, une nouvelle marque de ma gratitude.
A Buccarest, M. Vacaresco, ce parisien roumain, était persuadé qu'on avait acheté des meubles nouveaux pour la mise en scène du Demi-Monde. Quand je lui eus prouvé qu'il se trompait, il se rendit compte, alors, de ce qu'on peut faire, du parti que l'on peut tirer de la disposition du mobilier eu scène.
Cette disposition inusitée des meubles et accessoires était, pour l'aimable critique, d'uu arrangement tellement nouveau qu'il n'avait pas reconnu le vieux matériel, auquel rien n'avait été changé.
La mise eu état, comme on dit au théâtre, est un art presque inconnu à l'étranger, que le respect du style de certaines époques semble ne préoccuper que faiblement
Le siècle de Louis XIV, surtout; quant au Louis XV, il se confond dans leur pensée, comme décors, meubles et accessoires, avec le Louis XVL
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L'époque qui lui serait encore le plus familière, serait le moyen âge, ou l'empire
Il n'y a de vrais décors qu'en France, au point de vue du goût et du coloris, et surtout, de la plantation.
Il m'a été donné d'entendre, en Italie, la Manon de Puccini. Je ne dirai rien de la partition, ne voulant pas blesser la modestie de Massenet; mais, les costumes!... les décors !... Imaginez une palette brutalement préparée... où les tons, les plus violents, les plus criards, dansent la farandole, en piétinant sur le bon goût et l'harmonie.
Avec la moitié de ce qu'a pu coûter, là-bas, cet ouvrage, à Paris, on ferait quelque chose d'exquis.
Voyez les décors et les costumes de Werther, à rOpéra-Comique.
A Londres, les décorateurs fout, quelquefois, des plantations originales, ingénieuses, pittoresques; mais, c'est la couleur qui fait défaut... il y a de certains tons qui ne se produisent que de l'autre côté de la Manciie.
Dans la lettre-préface, qui ouvre le second volume de mes souvenirs — Dumas m'avait prié de me rendre à Jérémie, et de rechercher dans les Mornes delà Guinaudée les souvenirs qui pourraient encore se rattacher à la mémoire de sou aïeule — ïiénette
Dumas, mère du général Dumas et grand'mère de l'auteur d'Antony.
Le lecteur, je l'espère, prendra, peut-être, quelque intérêt au récit de ce pèlerinage, accompli le 9 avril 1895 — et qui se trouve relaté dans la lettre ci-dessous, que j'adressai, deJérémie, à l'auteur de Francillon :
« Mon cher Dumas,
« Le mardi, 9 avril 1895, un peu avant le lever du soleil, après avoir traversé la Grand'Rivière, gravi les mornes, passé à gué la source Madère, franchi bien des obstacles, une soixantaine de cavaliers sont arrivés enfin à la Haute Guinaudée, sur l'emplacement de la grande case.
« C'est bien là, au côté ouest de la partie française, qu'au mois de mai de l'année 1762, Tiénette Dumas mettait au monde celui qui devait être un jour le général Dumas.
« Venu de Port-au-Prince à Jérémie, pour tenir la promesse faite à l'auteur du Bcmi-Monde de me rendre à la Guinaudée, j'ai trouvé, pour accomplir ce pèlerinage, le concours le plus empressé, le plus courtois, le plus fraternel des personnes dont les siguatures suivent :
« Uucleurel Mc.C. Van Waterschoud, MM. Louis Goubault, yéaéral Kerlegand, Pressoir Jérôme, Numa Laraque,
V. Villedouin, Dr. C. Gaveau. Saint-Justé. U. Duvivier, G. Gaveau, G. Chassagne, D. Clérié, Dr. L. Margon, A. A. Blanchet, C. Lavaud, Ph. Laraque, Oths. Duvivier, Fouchard Martineau, Léonce Duvivier, Dumas Rigault, Th. Degraiîe, G. Laveau, Drufréné Pamphile, L.-A. Timotée, François-Etienne, Castan, A. Régies, H. Villedouin, P.-L. Laraque, Albertini, Lysias Jean Pierre, Pamphile jeune, J.-IL Lanoue, Jeannot, M. Desquiron, Th. Blanchet, Volney, Gostalle, M. et M"^^ Febvre.
« Hélas! de ce qui fut, autrefois, une grande habitation, il ne reste plus que les débris duu vieux moulin.
« Là, où la petite esclave devait donner la vie à cette lignée de géants qui ont illustré leur pays, avec tant d'honneur et de gloire, soit par la plume, soit par l'épée — je n'ai trouvé que quelques pierres noircies, quelques fleurettes et une modeste cabane... mais, quels horizons ! aussi vastes, aussi profonds que profondément demeurera dans l'avenir ce glorieux nom des Dumas.
« Deux heures après, toute la petite troupe s'est remise eu marche, sous un soleil brûlant, pour venir déjeuner à la case d'Antoine.
« Le bon Pamphile nous servait de guide au milieu de ce labyrinthe tout en fleurs.
« Déjeuner charmant, plein d'entrain, Les provi-
sious avaient été expédiées, dans la nuit, à dos de mulets.
« Et tout cela me faisait songer au convoi de votre cher et regretté père, à Villers-Cotterets.
« Là encore, comme aujourd'hui, le soleil était de la partie, et ses chauds rayons semblaient vouloir que chaque convive écartât de son esprit tout sentiment de tristesse,... car, pour tous les vôtres, mon cher ami, le soleil qui fête leur venue en ce monde dissipe encore, après leur mort, l'ombre, la douleur et l'oubli.
« Après ce petit repas si cordial, si pittoresque, plusieurs de nous ont pris la parole pour chanter Tienette et ses illustres enfants.
« On a bien parlé du général, de votre père et de vous, mon cher Dumas; aussi, je vous adresse, de suite, ce souvenir encore tiède d'une naïve et sincère émotion.
« Puis, nous sommes descendus à la cascade, où se baignait votre glorieux grand'père, quand il était enfant. Si, aujourd'hui, celui qui se plonge dans cette belle eau claire et limpide ne risque plus d'y rencontrer le légendaire caïman qui faillit dévorer le brave général, dans ses ébats nautiques, en revanche, l'endroit est resté merveilleux, plein d'ombre, de fraîcheur et de mystère.
« Connaissant votre iiorreur des longueurs, je
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VOUS mets, à la poste de Jérémie, ce procès-verbal rapide d'une journée qui restera inoubliable ; et mes aimables compagnes et compagnons de route y joignent, avec l'expression de leur admiration, celle de leurs plus affectueux sentiments.
« Et, pendant qu'on sellait nos moutures, j'ai cueilli ces petites fleurs qui vous parviendront desséchées : elles ont poussé là-haut, sur le sommet des Mornes, que nous avons redescendus lentement, pendant que la lune éclairait de sa discrète lumière ce lieu si bruyant, tout à l'heure encore, si calme, si profondément silencieux, maintenant. « V^otre bien aflectionné, « Frédéric Febvre.
« Jércniie, )0 avril 95. ■■
Avant de cloie le dernier chapitre de ce journal, il m'a paru intéressant de placer sous les yeux du lecteur quelques lettres, reçues à l'occasion de ma représentation de retraite.
Voici, d'abord, celle du plus afïable des ambassadeurs: j'ai nommé M. le baron de Moreuheira, ministre de Russie en France.
» Cher Monsieur,
« Un deuil trop cruel et trop récent ne me permet malheureusement pas de fré(|ucnter encore les théâtres et j'éprouve un véritable chagrin d'être,
ainsi, privé de la possibilité de prendre ma part de cœur à votre triomphe.
« Ce sera une grande et noble date dans l'histoire de l'art, et un impérissable souvenir pour tous ceux auxquels n'aura pas élé refusée Theureuse chance de venir vous apporter le tribut de leur admiration et de leur reconnaissance.
Œ Le mot d'adieu est bien le plus cruel de la langue humaine; aussi, neveux-je pas le prononcer.
« Au revoir donc, malgré tout; vous nous quittez trop tôt pour qu'il ne soit pas permis de compter sur l'avenir, qui peut nous ménager encore d'heureuses surprises. C'est en y comptant que je viens vous prier de me réserver un petit souvenir dans un coin de votre mémoire, en retour de celui que ne cessera de vous garder
« Votre aflectueusement dévoué, <f Baron de Morenueim. »
« Mon cher Febvre,
« Votre lettre m'a profondément touché ; je l'ai lue, je l'ai relue, et je l'ai serrée dans le tiroir, où je garde les lettres que jai rinteulion de garder toujours.
«Toutes les pièces de moi, que vous citez, ne sont pas des chefs-d'œuvre, hélas ! Elles vous ont, du moius, fourni l'occasion d"ètre applaudi, et bien
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applaudi. Je regrette, à cause de cela, que la liste n'en soit pas plus longue.
« Adieu, mon cher Febvre, ou au revoir, ce qui vaudrait mieux; vous pouvez, aujourd'hui et toujours, compter sur la vieille afïectioa de celui qui ne fut pas assez souvent votre auteur.
« H. Meilhac. »
1 Mon cher Febvre,
« Votre cœur a trop de mémoire.
« J'en profite, avec plaisir, et je m'empresse de vous en remercier.
Œ Ce sera l'honneur de ma vie heureuse d'avoir été à même de reconnaître souvent, et de seconder, parfois, dans le domaine des arts et des lettres, de jeunes talents, dout le succès a été, pour moi, une bien douce récompense.
« Vous êtes de ceux-là, mon cher Febvre, et depuis vingt-sept ans, en elïet, j'ai suivi, avec une vive sympathie, avec un peu de fierté, même, le développemeut continu de votre brillaute carrière.
« Vous l'abandonnez trop tôt. C'est le premier reproche que vous me forcez à vous adresser.
« A mercredi donc ; nous serons tous là, pour applaudir, une fois encore, l'ami qui me reuierciait, hier eucore, de lui avoir ouvert, jadis, les portes de
la grande maison. Que ne puis-je empêcher son départ, en les lui fermant aujourd'hui.
« Merci encore de votre bonne lettre, mon cher Febvre, avec la nouvelle assurance de mon trop vieux dévouement.
« Camille Doucet. »
« Cher monsieur Febvre,
« Les adieux sont toujours pour moi chose triste, et votre retraite faisant disparaître un des derniers représentants de la vieille tradition, si précieuse à la Comédie-Française, est pour moi un véritable chagrin.
« Ai-je besoin de vous dire ce que nos déjà si anciennes relations personnelles ajoutent à mes regrets de perdre le bénéfice de votre talent.
« Croyez, mon cher monsieur Febvre, à l'expression de mes sentiments les plus distingués.
« De Vogué. »
« Mon cher monsieur Febvre,
« Je vous dirai, comme tous vos amis et admirateurs, (jue je suis désolé de la décision que vous venez de prendre de vous retirer.
« Ce qui est certain, c'est que vous ne serez ni oublié ni remplacé.
a Croyez, mon cher monsieur Febvre, à mes sentiments les meilleurs.
« Chevalier de Stuers, »
« Mon cher vice-Doyen,
« Vous avez bien jugé mon cœur et ma reconnaissance ; oui, je veux aller applaudir celui qui a honoré la Comédie-Française et a si longtemps réjoui ma fibre littéraire.
« Nous avons vieilli ensemble, vous, comme charmeur, moi, comme charmé; merci.
« A vous cordialement,
« G. Berger. »
« Monsieur,
« M. le président de la République me charge de vous faire connaître que, désireux de vous applaudir une dernière fois, il occupera la loge d'avantscène, à la représentation de retraite que vous donnez, le 24 mai prociiain, à la Comédie- Française.
a Veuillez agréer, monsieur, l'assurance de ma considération distinguée.
« Le Général sccnHairc de la Présidence,
« Voisin. »
« Monsieur,
« Bien que je ne sois pas absolument siir d'être libre le 24 mai au soir, je serai très heureux de
m'iuscrire parmi ceux qui vous témoignent le regret de vous entendre pour la dernière fois.
« De Broglie. »
« Mon cher monsieur Febvre,
« Madame de Morny et moi serons très heureux de vous applaudir encore le 24 mai, avec le ferme espoir, cependant, que ce ne sera pas la dernière fois.
« Si vous pouvez me faire obtenir une avantscène, j'en serai enchanté et je promets de la remplir des plus enthousiastes de votre talent.
« Croyez, mon cher monsieur Febvre, à l'expression de mes sentiments les meilleurs, et recevez l'assurance de mon admiration très sincère.
« Morny. »
« Monsieur,
« Pourquoi des adieux ? Pourquoi partir, quitter ce théâtre et un public qui vous aime et vous regrettera ?
« C'est trop tôt vraiment : on a déjà dû vous le dire ; mais, je veux aussi vous le répéter, avec l'assurance de mes regrets personnels et celle de mes sentiments bien distingués.
« Duc de MouGiiY »
« Mon cher monsieur Febvre, « Je comprends, malgré mes regrets, vos soifs de
repos.
« Nous avons eu des carrières pareilles: la foule et la mer sont houleuses toutes deux; mais, le talent est le plus puissant de tous les brise-lames, et vous n'emporterez dans votre retraite que des souvenirs de triomphe, avec le respect et l'estime de tous ceux qui y ont contribué.
« Je vous serre aflectueusement la main,
& Fitz James. »
a Mon cher ami,
<t Sans aucun doute, je serai là...
« Ah ! que je voudrais vous voir longtemps nous rester... soit comme régisseur de la scène, où nous avons tant besoin de vous... à l'occasion, vous joueriez un rôle, en manière d'extra...
« Je vous serre affectueusement la main, « Francisque Sarcey. »
« Monsieur et maître, « Je regrette bien sincèrement votre départ : vous allez laisser à la Comédie- Française un grand vide, et qui sera diflicileuieut comblé. Je m'associe de tout cœur à tous ceux ([ui vous regretteront.
« Recevez, Monsieur et Maître, l'expression de ma bien vive et profonde admiration.
« TlDÈS DEVRn'iS-ADLER. »
« Clier ^Monsieur Febvre.
« Je suis ravi que vous donniez un acte de la Mégère, à votre représentation de retraite.
« C'est un de mes plus charmants souvenirs, que celui des répétitions de la Mégère, et vous me faites grand plaisir de l'évoquer; mais, quel chagrin de vous voir, en plein talent, deux fois incomparable, comme artiste et metteur en scène, quitter une scène, où tant de belles soirées vous étaient réservées encore.
« Voyons ; il y aura bien un veau gras pour vous ! Croyez à ma reconnaissance pour ce que je vous ai dû, et à ma vive et sincère sympathie.
« Paul Di:lair. »
« Cher Monsieur, * Je suis vraiment flattée de l'honneur que vous me faites de joindre mon nom à ceux de vos camarades pour votre représentation de retiaite.
« Je n'ai peur que d'une chose, c'est de ne pas être à la hauteur du rôle que vous voulez bien me confier, a Recevez, cher monsieur Febvre, l'expression de mes sentiments respectueux et distingués.
« Alice Lavigne. »
« A Monsieur Frédéric Febvre,
sociétaire de la Comédie-Française.
« Ou m"a conseillé de ne pas trop vous tourmenter, en ce moment, parce que tous vos instants étaient pris par la mise en scène de la Reint' Jaana.
« J'ai vu M. Marck, qui m'a dit vous avoir répondu favorablement. Cependant, tout en vous remerciant de l'insigne honneur que vous me faites, et des hautes marques de sympathie que vous daignez m'accorder, je crois devoir vous avouer (pardonnez-moi !) que je ne connais rien du répertoire.
« Cet aveu fait, je ressens une grande joie de votre distinction et j'accepte, de grand cœur, de paraître sur notre première scène française, aux côtés des maîtres de l'art, desquels je vous prie d'obtenir une grande indulgence à mon égard.
« Jamais, non, jamais je n'avais songé et ne songerai encore à pareille gloire.
<f Je vais donc apprendre, et me tiendrai à votre disposition, pour les répétitions et conseils, dont j'aurai le plus grand besoin, et i)our lesiiuels je vous prie de ne pas m'abandonner.
« Je le répète, Monsieur, j(; vous remercie mille
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fois de votre bonne pensée, et n'oublierai jamais ce que vous venez de faire pour moi.
« Veuillez donc agréer l'expression de gratitude de votre reconnaissant admirateur.
« J. Dailly. 3
« Cher grand artiste, « Comment vous exprimer toute ma reconnaissance ?
« Je suis très touchée de votre aimable démarche et serai des vôtres avec joie, non seulement pour le plaisir d'être agréable au grand artiste que vous êtes, mais à l'homme sympathique que chacun sait.
« Merci encore d'avoir pensé à moi,
'( Votre sincère '( Yvette GuiLBERT. >
Enfin, voici une lettre de mon excellent camarade Coquelin, qui, pour me donner une preuve de son amitié, fit le voyage de Valenciennes à Paris, me permettant, ainsi, d'ajouter l'attrait de son nom à celui des éminents artistes qui voulaient bien me prêter leur concours.
« Mon cher Febvre, « Que penserais-tu des Précieuses, avec une distribution comme celle-ci :
« Sarah et Réjane ? ou, en cas d'empêchement, Marsy et Hading.
ï Chaumont dans Marotte, toi dans le Violon, Baron dans Gorgibus, les amoureux par n'importe qui, ça ne fait rien, les porteurs, selon la tradition, par les tragédiens.
« Rumine ! et écris-moi.
« Ton vieux camarade