‹ Journal d'un diplomate en Allemagne et en Grèce: notes intimes pouvant servir a? l'histoire duChapitre 16 sur 40 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Excursions du roi àli Saxe. — La famille royale. — Les huit jar dins du palais Maximilicn. — L'association- des Lessaliensen Allemagne et en Saxe. — La comtesse de Hatzfeld. — M. de Lassalle.

Dresde, 11 juillet 18C8.

Hier, toute la famille royale de Saxe s'est réunie au château de Jahnisbausen pour célébrer la fête Je la reine Amélie. Jahnishausen, près de Leipsig, est un simple domaine où le roi se rend volontiers au printemps, cette propriété étant une de celles où il peut vivre en simple particulier. Il est décidé que le bon roi entreprendra prochainement un voyage de plusieurs jours dans le Yogtland, une des provinces les plus industrielles de la Saxe. Sa Majesté sera accompagnée d'un seul aide de camp.

Le prince nunâ)ert et la princesse Marguerite, pctite-fille du roi Jean, sont en ce moment à Munich ; leur voyage à Dresde n'a pas encore été annoncé. On

<5ommence même à croire que le jeune couple ne viendra pas à Dresde; — ce sera encore pour nos pauvres souverains une nouvelle épreuve.

Je comprends la sympathie, le respect qu'inspirent le roi et la reine de Saxe aux personnes qui les entourent. Peu de familles ont été aussi éprouvées que la famille royale. De mœurs simples, austères, renfermé dans les joies du foyer et les plaisirs de Tétude, le roi Jean était Thomme le moins fait pour le trône, lorsque la mort de son frère l'appela à régner. Dès ce jour, les malheurs s'accumulèrent sur sa tête ; la mort s'appesantit sur sa maison. Cinq enfants successivement lui furent enlevés ; trois enfants seulement ont survécu: le grince royal, le prince Georges et la duchesse de Gênes. On sait de quels chagrins cette princesse abreuva le roi et la reine. Puis, survinrent les désastres de Sadowa, Thumilis^tion et les tortures de la* défaite.

Hier, à l'église catholique, je contemplais ces deux vieillards à cheveux blancs, agenouillés dans la tribune royale, le visage caché dans les mains, tous deux abîmés dans la prière. Quelle tristesse profonde ! quelle mélancolie empreinte sur la physionomie du vieux couple royal I Lorsqu'ils passèrent devant nous pour regagner la galerie qui conduit au palais, c'était, je l'avoue, bien plus devant la majesté de l'âge, des vertus et de la douleur, que je m'inclinai, que. devant la majesté du trône.

Dans l'allée d'Ostra, un peu avant d'arriver au <;imetière catholique, se trouve le beau palais Maxi-

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milien ; aujourd'hui ce palais est inhabité et sert, au besoin,* de demeure aux souverains de passage. Il reçoit, deux fois dans l'année, la visite de ses anciens maîtres le roi et la reine de Saxe. On m'a montré la partie des jardins où Leurs Majestés viennent, religieusement, faire une sorte de pèlerinage : c'est une série de charmants jardins avec berceaux et parterres, séparés les uns des autres par une légère clôture. Il y en a huit. Trois seulement sont entretenus et cultivés ; l'herbe pousse dans les autres ; les allées ont disparu sous la végétation qui a envahi jusqu'aux berceaux et aux petits bancs de pierre : telle est la volonté du roi. Au milieu de chacun des cinq jardins abandonnés, se trouve un fût de colonne surmonté d'un buste d'enfant. Rien de plus mélancolique que ces souvenirs d'heureuse enfance mêlés aux souvenirs de mort ! Comme il est loin, le temps où une troupe joyeuse de charmants enfants pleins de santé et de grâce faisait retentir de ses cris et de ses jeux les échos du vieux palais et du parc ! De toutes les familles du royaume, la famille du prince Jean était citée comme la plus heureuse, la plus belle, la plus prospère. Qui la reconnaîtrait aujourd'hui !

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Dresde, 12 juillet 1868.

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l'association ouyrière allemande les Lasalliens^ qui a inscrit sur son drapeau le nom de l'agitateur Lassalle. Lassalle, né le 11 avril 1825, à Breslau, Israélite d'origine française, était une sorte d'apôtre, fort intelligent et très-audacieux, qui professait des prinîstli ^'P^ analogues à ceux de Louis Blanc et de Prou-

^00. Ses partisans ou sectateurs sont très-nombreux en Saxe, et même, depuis sa mort tragique, l'association n a cessé de prospérer.

orne- Il s'agissait, le mois dernier, de l'élection d'un \m\ 'Nouveau président des Lassalliens en Saxe. M. Fœrsanfej ^telling, maître chaudronnier de Dresde, membre du m I^arlement de Berlin, avait été jusqu'à présent resfcj ^êlu de cette dignité*, mais il a déclaré vouloir ^ en démettre en faveur de M. Mende, jeune littéra- *• *eur, compagnon inséparable de la comtesse de Hatz- ^•^Id, patronne de l'association. Le rôle joué dans ces

^ Ce chaudronnier, qui s'occupait de socialisme et de chaudron- ^^i^ie, était un homme fort ordinaire. Au Parlement de Berlin, il se ^*ïita, un jour, de se contenter pour dîner et pour souper d*un Morceau de fromage et d'un morceau de pain. Depuis ce jour, quand ^ïi veut avoir dans un restaurant de Berlin du pain et du fromage, J^ demande au garçon un Fœsterling. Fœslerling, qui est mort en ^^^10, avait accepté la tutelle de la fameuse comtesse de Halzfeld, et ^ptait rendu par là, sans en avoir conscience, l'instrument de M. de ^iBmarck; aussi son triomphe a-t-il été de courte durée. C'était un ^U^er dépourvu d'instruction et sans valeur^

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dernières années par la comtesse de Hatzfeld est des plus bizarres et ses aventures ont eu une triste célébrité. Bien qu'elle ait été la cause du duel où fut tué Lassalleen Suisse, en 1864, l'association avait considéré madame de Hatzfeld comme ayant particulièrement mission de continuer son œuvre. Dans la grande réunion qui a en lieu récemment à Ghemnitz, M. Mende a été élu à une majorité de plus de 5,000 voix, et les Lassalliens répandus dans les autres villes et contrées de la Saxe seraient en général disposés à obtempérer au désir de leur protectrice en ratifiant par leur vote la nomination de M. Mende. Au reste, des germes de discorde se manifestent en ce moment au sein de l'association. M. Fœrstelling publiait, il y a peu ^e temps, « qu'il avait été contraint d'expulser deux membres de Tassociation, attendu que leur conduite n'avait pas été d'accord avec les buts de haute moralité que poursuit la société des Lassalli.ens. » Les deux membres ouvriers auraient cependant, dit-on, obtenu gain de cause devant le comité général, qui aurait blâmé le procédé arbitraire de M. Fœrstelling. D'un autre côté, des membres, indisposés par cette affaire, auraient vivement exprimé leur mécontentement et déclaré « qu'ils ne voulaient pas être placés sous la tutelle de la comtesse de Hatzfeld.» Pendant ce temps-là, M. de Schweilzer, président de l'association en Prusse, et nommé par dérision Vanti-pape, attendu qu'il ne devrait y avoir qu'un seul président pour l'association d'Allemagne,- vient d'être condamné par le tri-

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bunal royal de Berlin à 25 thalers d'amende pour contraTention à la loi sur 1^ droit de réunion, et ce tribunal a en outre interdit les assemblées des Lassalliens dans la capitale.

Quoi qu'il en soit, cette association, qui n'a aujourd'hui pour but apparent que de veiller aux intérêts matériels des ouvriers et discuter les questions de salaire et de droit au travail, préoccupe jusqu'à un certain point les gouvernements allemands. M. de Friesen m'avouait lui-même « qu'une société qui compte des affiliés dans toutes les villes manufacturières d'Allemagne, depuis Kœnigsberg, jusqu'à Strasbourg (sic), pourrait, au milieu d'une crise politique, jouer un grand rôle et causer de sérieux ^iangers. »

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