‹ Journal d'un diplomate en Allemagne et en Grèce: notes intimes pouvant servir a? l'histoire duChapitre 17 sur 40 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Lo comte de Flandre. — Passage de souverains et de princes i Dresde. — Le prince Humbert de Piémont. — Condamnation du comte Platen. — La Saxe galante. — Les maîtresses d'Auguste II.

Dresde, 15 juillet 1868.

Le roi Jean est installé avec la Cour au château de Pilnitz ; son voyage dans la province n^aura pas duré plus de cinq jours.

Le comte de Flandre, frère du roi des Belges, petit-fils de notre roi Louis-Philippe, et la comtesse de Flandre, arrivés à Dresde depuis plus d'une semaine, sont, de la part de la famille royale, Tobjel des égards et des attentions les plus marqués. La comtesse de Flandre, née princesse de Hohenzollern, sœur du prince Charles de Roumanie, est alliée à la famille régnante de Prusse. LVx -Électeur de Hesse- Cassel, venant de Prague et voyageant avec sa famille

SOUS le nom de comte de Hanau, se trouve également ici, mais sa présence y est peu remarquée.

L'impératrice de Russie a traversé Dresde hier soir pour se rendre à Kissingen ; mais le strict incognito que Sa Majesté désirait garder a été scrupuleusement respecté, le comte Bloudoff lui-même, le ministre de Russie, ayant reçu Tordre de ne pas se rendre à la gare. Que de princes, que d'altesses ! C'est à y perdre la tête. Il faut être très-ferré lorsqu'on est diplomate en Allemagne, sur son almanach de Gotha. Cette aptitude pour les généalogies me manque tout à fait.

On s'occupe beaucoup en ce moment dans les cercles politiques du voyage du prince Ilumbert et de la princesse de Piémont à Munich, à Francfort, et de la visite qu'ils comptent faire à Leurs Majestés prussiennes, avant même de s'être rendus auprès du roi de Saxe, leur grand-père. Le roi Jean et la reine Amélie, mus par des sentiments de haute piété et des scrupules religieux, avaient vu avec un certain déplaisir le mariage de leur petite-fille avec son cousin le prince Humbert, héritier du royaume d'Italie. Malgré la froideur qui a pu exister, au moment du mariage, entre le grand-père et sa petite-fille, froideur qui s'est manifestée par l'absence à Turin de tout représentant de la Cour de Saxe, on ne peut croire cependant que le prince Humbert ose quitter FAUentiagne sans avoir présenté ses devoirs aux grands parents de la princesse Marguerite.

Dresde, 17 juillet.

L'arrêt de la haute Cour de Berlin, qui a condamné, le 8 de ce mois, le comte Plalen, commie coupable de haute trahison, à quinze ans de travaux forcés, a causé une pénible impression dans la société de Dresde. Le frère du condamné, le comte Platen Hallermund, est ici intendant général de la musique de la chapelle royale et du théâtre de la Cour. II exerçait, avant les derniers événements, les mêmes fonctions auprès de la Cour de Hanovre. Il faut que M. de Bismarck soit bien sûr de lui et de ^on but pour agir avec autant d'audace et de brutalité en Hanovre. — H est vrai que le Hanovre est vaincu, terrifié, annexé; la politique employée vis-à-vis de la Saxe est différente. Le gouvernement prussien a fait preuve jusqu'ici, dans ses rapports avec la Saxe, d'un grand tact et d'une profonde habileté. H est prudent et ne néglige aucune occasion pour arriver à une assimilation totale. Ce travail, selon les événements, s'opérera plus ou moins lentement ; mais les esprits y sont préparés et les partisans de la Prusse se groupent peu à peu et en silence. U eût été sans doute dangereux pour le roi de Saxe de lutter ouvertement avec les vainqueurs de Sadowa et de s'opposer à leurs empiétements successifs ; mais aussi, il est fort à craindre que le découragement et Tapathie incroya-

ble, ou si l'on préfère l'abnégation résignée qui semble dicter tous les actes de la famille royale, n^ait pour l'avenir de la dynastie les mêmes résultats qu'aurait, peut-être obtenus, avec la gloire en plus, une résistance opiniâtre et énergique. — Que peut-on demander au peuple, lorsque les souverains euxmêmes courbent si docilement la tête devant le vainqueur ?

Dresde, 20 juillet 1868.

Lorsque je quittai Paris, un vieux lettré de mes amis, M. de X..., m'avait beaucoup engagé à emporter à Dresde un livre intitulé la Saxe galante^ imprimé en 1735. Je viens à grand'peine de me procurer ce petit volume, aujourdMmi assez rare, et cette lecture, je l'avoue, m'a vivement intéressé. — Nous sommes, hélas ! si ignorants en France de Thistoire des autres pays, que j'étais loin de connaître les curieux détails contenus dans ce livre. — Ces récits très-circonstanciés de la vie et des amours de rÉlecteur Auguste II, roi de Pologne, de 1 697 à 1 733, sont des plus instructifs. J*ai retrouvé, dans la plupart des noms des personnages dont il est question dans ce livre, les familles actuelles de Saxe. Les scandales, les intrigues de cette époque, les épisodes dramatiques, la vie de faste, d'amour et de dissipation des rois-électeurs, tout revit dans ce récit d'un

comtemporain, mêlé à la plupart des faits dont il parle. — A dire vrai, j'étais loin de me douter que les vieux palais de Dresde et les châteaux que j'ai visités avaient, jadis, abrité tant de splendeurs et tant de galanteries. Notre roi de France, Louis XV, le trop aimé, pourrait passer pour le plus fidèle des époux, le plus xhaste des souverains, si. on le compare à l'Electeur Auguste II. M. de Voltaire, dans son Histoire de Charles Xlly nous a bien donné des détails ifur les défaites de cet infortuné prince, inais il était loin de nous avoir initié aux aventures du terrible et scduisapl Electeur de Saxe, roi de Pologne. Que de larmes a fait verser ce lovelace couronné, si on en juge par les innombrables maîtresses enchaînées à son char triomphal 1

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