CHAPITRE XVII
au de Morilzbourg. — Les bains d'Auguslus-Bad. — Le Loin. — L'ÉIocleur de Cassel. — Le divorce de M. Brawoura. îurs russes. — 51. de Friesen. — Origine de la foi lune du Albert de Prusse. — Kœnigsbrunn, établissement d'hydrone. — La colonie américaine de Dresde. — Les prairies du :hlôssen. — La villa Rosa; l'ennui prussien. — La fêle de ;reur Napoléon à Dresde, 15 août. — Soirée chez M. de z-Walhvilz. — ^ Le cirque Renz.
Dresde, 8 août 1868. .
irsion au château de Moritzbourg, à trois ; de Dresde. Le temps est gris et un peu triste; lant, quelle journée intéressante ! La route est mais toute cette contrée a un aspect sauvage intraste avec le côté sud de Dresde si cultivé, ile, couvert dusines et d'habitations, /icux château des Électeurs, au milieu d'une est entouré d'un étang ; il a été construit par cur Maurice, en 1542, et depuis embelli par te II, en 1712 ; il est relié à la terre par un
solide ponl de pierres. Le château contient six grandes salles et deux cents autres pièces ornées de tapisseries et de sculptures fort belles. Le parc a quatre lieues de tour.
Tandis que nos enfants s'arrêtent à la Faisanderie '€l devant les sangliers apprivoisés, nous visitons l'intérieur du château. Ces vieux appartements du dernier siècle exhalent un parfum singulier que j'adore. Je me croyais transporté à Ilampton-Courtt à Trianon, ou au vieux château de Moncaliéri, près de Turin. Que de souvenirs, que de traces ont laissés ici les galants princes de Saxe! Tout ce monde bizarre était évoqué par moi. D'ailleurs, les portraits de la comtesse de Kœnigsmarck et de la comtesse de Cosel, les premières maîtresses d'Auguste-le-Fort, — c'est ainsi que l'on nomme Auguste II, — n'étaient-ils pas là pour nous rappeler de curieuses et de sinistres aventures?
Marie-Aurore, comtesse de Kœnigsmarck, née à Stade en 1666, disent les uns, en 1670, prétendent les autres, était la petite-Iîlle du feld-maréchal suédois Jean-Christophe de Kœnigsmarck qui, par la prise de Prague, mit fin à la guerre de Trente ans, et la tille de Conrad-Christophe de Kœnigsmarck, qui mourut en 1673 devant Bonn, à la tète des troupes hollandaises qu'il commandait en qualité dégénérai. Son frère aîné, chef de la famille, Philippe, ayant disparu subitement, la comtesse Aurore se rendit en 1694 avec ses sœurs à Dresde, oii sa beauté exceptionnelle et son esprit charmant ne tardèrent
pas à attirer sur elle l'altention d'Auguste-le-Fort. DeiDL ans plus tard, elle donnait à rËlecteur un gage de leurs amours en mettant au monde un fils que l'histoire connaît sous le nom de Maurice de Saxe. Si tour à tour detplus jeunes rivales réussirent à la chasser du cœur d'Auguste II, elles ne parvinrent jamais à lui enlever Pamitié et restime du galant prince, qui la fit nommer abbesse du couvent de Quediinbourg. Elle s'y retira en 1 7.00 pour y mourir vingt-huit ans plus^ tard. On montre encore aujourd'hui aux étrangers, dans Téglise cathédrale de Quediinbourg, le corps momifié de la belle pécheresse. Ses deux frères Othon-Christoplie et Philippe Christophe se sont fait un nom par leur bravoure et par leurs exploits amoureux.
Quant à la comtesse de Cosel, la première passion d'Auguste II, que l'on nomme la La Vallière de Saxe^ elle était fille d'un colonel danois du nom de Joacliim von Brockdorf Anf Deppenan. Née en 1680, elle épousa à Page de dix-sept ans le ministre saxon von Iloymb, avec lequel elle divor<;a après quatre ans de mariage pour pouvoir répondre sans réserve à la passion qu'elle avait su inspirer à PÉlecleur. Grâce a cette très-haule protection, elle obtenait, quelques mois plus tard, de l'empereur Joseph d'Autriche le titre de comtesse de l'empire. Elle ne jouit pas longtemps de sa faveur. A Page de tretite ans, Hle était envoyée dans la forteresse de Stolpen, où elle mourut en 1765. Sa chute est attribuée à son ambition et à son humeur jalouse. On la dépeint comme la plus
belle et la plus spirituelle des femmes de l'époque. Les enfants qu'elle eut de son royal amant firent tous une brillante carrière. A la suite d'une gageure qu*Auguste-lc-Fort avait faite avec la comtesse, il avait fait frapper des florins, appelés Coselgulden, soit florins deCosel, dont on conserve encore aujourd'hui quelques curieux spécimens au cabinet de numismatique à Dresde. D'un côté, on voit les armes accolées de TÉlcctorat de Saxe et du royaume de Pologne, auprès des açmes du saint Empire et de l'autre, le chiffre cinq polonais, c'est-à-dire une espèce de losange au milieu duquel est un point. Il faudrait écrire des volumes pour narrer les amours et les aventures d'Auguste si justement désigné le Fort. Il n'est pas de famille, pas de palais à Dresde qui ne garde encore le souvenir de ce vert-galant. La comtesse Aurore de Kœnigsmarck et la comtesse de Cosel furent les plus célèbres, mais n'ont pas éii les plus aimées. (Lire la Saxe galante.)
Aujourd'hui, l'austère Cour de Saxe habite rarement la résidence de Moritzbourg, devenue rendez-vous de chasse. Cependant, la reine, les princes et les princesses y ont leur chambre, et le chàleau est beaucoup mieux entretenu que nous ne nous l'étions figuré.
En me rappelant cet étrange château de Moritzbourg, perdu dans les bois et peuplé de si gracieux fantômes, je ne pourrai détacher de mes souvenirs la figure de celle qui nous en fit les honneurs. Je venais de frapper à une porte du château : per-
sonne ! nous entrons et commencions à parcourir seuls les vestibules, lorsque apparut une ravissante jeune fille. Qui était-elle? Je ne sais; elle ne connaissait pas un mot de notre Unguc, mais elle nous sourit gracieusement et nous fit visiter son palais désert en vraie châtelaine. C'est un officier qui sert de régisseur, de gouverneur, à Moritzbourg ; j'en conclus que la jolie personne devait être sa fille. Elle nous sembla en ce moment une apparition du siècle dernier; sa démarche élégante, sa taille souple, ses grands yeux noirs et ses cheveux dorés me faisaient rêver à Tadorable comtesse de Cosel. Elle glissait comme une ombre dans les grandes salles, et je ne me lassai point de la regarder. C'est le seul être vivant que nous aperçûmes dans ce château hanté. — Nous n'oublierons jamais Moritzbourg ni la demoiselle à la longue robe blanche.
Dresde, 9 août 1868.
Journée à Augustus-Bad ; visite projetée à madame d'Eichman. Route à travers les bois, rappelant, à s'y méprendre, les horizons de montagnes, les collines désertes du Bourbonnais aux habitations clairsemées. Augustus-Bad est une petite station minérale encaissée au milieu d'un bouquet d'arbres; les sources sont, dit-on, riches et salutaires, mais tout y est modeste et même pauvre. Pas
d'Ilôtcle, quelques maisons mal installées, un établissement lugubre fréquenté par des dames fort communes et des demoiselles sans beauté. Je tiens à oublier le maigre déjeuner que nous y avons fait dans une espèce de réfectoire, en compagnie d'une trentaine de caricalures; cela rappelait trop le collège et rhospice. Nous sommes allés ensuite à ce qu'on appelle le palais^ habitation plus élevée, autrefois belle, où est installée la femme du ministre de Prusse, madame d^Eichman. Madame d'Eichman allait partir pour Dresde avec une de ses amies, mademoiselle de Glinka, fille du ministre de Russie à Rio, mais en nous voyant, ces dames rebroussent aimablement chemin et remettent au lendemain leur voyage. Le séjour d'Augustus-Bad est si monotone, que notre visite est une distraction. Mademoiselle de Glinka est une aimable personne de beaucoup d'esprit, elle arrive du Brésil et ses récils sur Rio sont des plus piquants. Charmant dîner dans le jardin, promenade dans les bois, et retour à Dresde. Mon collègue du Ponceau commence à trouver fastidieux le séjour de Dresde ; le spleen le gagne. Le corps diplomatique jeune, en effet, n'est pas nombreux, et le cercle lui offre peu de ressources, les Saxons n'admettant qu*aiprès un long séjour les étrangers dans leur intimité ; d'un autre côté, du Ponceau hésite à se lancer dans la société polonaise ou américaine, ce qui me parait prudent de sa part. Il vit donc presque seul, et, en exceptant notre intérieur, qui n'est point d'une extrême gaieté pour un
parisien de vingt-deux ans, il ne fréquente aucune maison. Depuis que je lui ai retracé le tableau enchanteur de Texistence animée et folâtre de nos attachés de Turin et de Rome, il ne rêve plus que ritalie. — « Croyez-moi, lui dis-je, il vaut mieux, pour vous, avoir débuté par une résidence un peu austère ; vous amassez ainsi, en vue de votre avenir de diplomate, un fonds de résignation et de patience qui vous sera plus d'une fois nécessaire. Le jour où vous le voudrez, vous connaîtrez Te^istence de Vienne, de Londres ou de Rome. Les bruyants plaisirs des grandes ambassades ont, sans aucun doute, leur côté séduisant pour l'apprenti diplomate, cependant, le calme et les joies douces des petites légations ne sont point à dédaigner. » — C'est ainsi que je fais prendre patience à mon ami du Ponceau. — « Mais, vous allez partir, me dit-il trop aimablement, et que vais-je devenir seul avec notre ministre ? »
Dresde, 7 août 18G8.
De Paris, point de nouvelles importantes ; tout semble assez calme chez nous ; cependant l'Espagne continue à se soulever. La plupart des généraux de la reine sont disgraciés ou exilés ; le duc de Montpensier, beau-frère de Sa Majesté, est contraint de quitter Séville et de se réfugier en Angleterre. Quel triste pays 1
Hier soir, nous avons entendu de nouveau le Lohengrin^ chanté par un ténor excellent, le célèbre et vieux Tichatscheck, qui a plus de soixante ans. Décidément la musique de Wagner commence à me plaire. Les parties douces, tendres, inspirées par le rôle de Lohengrin, ont un caractère naïf et d'une grande originalité. Plusieurs morceaux à grand orchestre, ainsi que les chœurs, m'ont fait frissonner. M. Joseph Tichatscheck, le plus brillant ténor qu'ait jamais entendu l'Allemagne et le meilleur interprète des opéras de Richard Wagner, est né en 1807 à Wekelsdorf, en Bohême. II se rendit en i827 à Vienne, pour y étudier la médecine, mais se décida bientôt à entrer au théâtre. C'est un élève du fameux professeur italien Ciccimara. Il s'est retiré il y a sept ans de l'opéra de Dresde, dont il n'a cessé de faire partie depuis 1838, et vit aujourd'hui de la pension royale qu'il a si bien méritée.
Dresde, 7 août 1868.
Ce soir, au théâtre, le Rienzi de Wagner ; j'aperçois le comte et la comtesse de Flandre, ainsi que Son Altesse très-auguste l'Électeur de Cassel, flanqué de toute sa famille. Ce vieux souverain détrôné a un air morose et soucieux qui s'accommode bien, hélas! avec sa triste destinée. L'infortuné prince s'est marié deux fois morganatiquement, et, de ses unions, est
ssue une infinité de grands garçons et de grandes illes. Son Altesse était dans une simple loge de côté, nais les Flandres trônaient dans la loge du prince oyal.
Aujourd'hui à Antons, chez les Kaskell, le comte iloudoff donne de longs détails sur le scandale de A. Brawoura. Ce jeune attaché russe, marié, père de ieux enfants, vient de faire la conquête à Paris l'une jeune demoiselle moscovite riche, belle et pleine d'énergie. Madame Brawoura, la pauvre abandonnée, est à Bade, attendant un divorce. Les mœurs russes sont bizarres. Ainsi cette aventure ne semble pas jeter dans la stupéfaction les compatriotes des deux héros; on va simplement divorcer, et la morale et la loi seront sauves*.
Dresde, 8 août 1868.
Nous retournons à la Bastei. C'est, de la Suisse saxonne, le site le plus curieux, le plus étrange à vi- ^Uer. Cette fois, j'emmène tout mon petit monde,
* Je trouve, dans l Événement de novembre 1874, aux nouveUes •mondaines, l'annonce suivante :
« On nous apprend l'arrivée de la comtesse de Galve, née Basi- ^^vsky, une des trois (illes du richissime propriétaire des mines d'or *bériennes, et saîur de la princesse Souwarolf.
< La comtesse avait épousé en premières noces M. Brawoura; puis, ^ divorce accompli, elle a convolé en secondes noces avec M. le omio de Galvé. >
bien que Pexcursion soit assoz fatigante. 11 est utile que les enfants de la diplomatie s'habituent de bonne heure à gravir les sommets ; l'apprentissage de leur vie errante et nomade doit commencer dès le jeune âge. — Mon pauvre André n'a pas cinq ans. Que de pays il a déjà parcourus I Né à Rome, il a fait trois fois le voyage d'Italie en France sans qu'on lui ait demandé son avis, et avec trop peu de profit pour son expérience. Un beau jour qu'il jouait, paisible à Paris, on l'emballe brusquement avec ses infortunés parents pour Marseille et Athènes. — En Grèce, les chaleurs, la maladie, — retour en France. Mais ce n était point encore pour atteindre le port que cet élève de Joconde avait fait tant de chemin par terre et par eau. Au cœur de l'hiver, en rude janvier, nouvel ordre de départ. Cette fois, c'est dans le Nord, sur les frontières de Russie qu'il faut transplanter notre pauvre petit Romain. — Ainsi le décide au coin de son feu un tout-puissant collègue, rimportant M. de Saint- Vallier. — Obéissons, mais non sans maudire, et souvenons-nous !
Comme tout à l'heure, je les oubliais cependant, les voyages lointains et les déboires en contemplant André et sa sœur Hélène, gravissant la montée de la Bastei !
N'était- ce pas un charmant tableau dans les sentiers ombragés, quexe petit couple de bébés se serrant l'un contre l'autre, balancé en cadence sur une primitive chaise à porteur, tandis que leur mère anxieuse, suivait, auprès d'eux, à cheval,
surveillant les porteurs, aux passages dangereux, et écârtanfles branchages devant le clier petit cortège?
Dresde, 9 août 1868.
M. de Friesen, que je viens de voir, selon l'usage réglementaire, est décidément un homme assez fort. Je le crois, au fond, très-convaincu que la Saxe est perdue et mourante. Il sert cependant son pays et son roi, mais sans amour et sans enthousiasme. Je le soupçonne d'être beaucoup plus à Taise et dans son rôle, lorsque, en Tabsence du chancelier de Bismarck, il vice-préside à Berlin le Reichstag et le parlement douanier. Il n*a pas la prétention de changer la face des choses et se résigne ; ses qualités sont du reste plutôt solides que brillantes.
J'ai appris par M. de Friesen de curieux détails sur le châtelain d'AIbrechtsberg. — Lo prince Albert a une fortune beaucoup plus considérable que celle de ses frères, le roi de Prusse et le prince Charles. Voici comment elle lui est advenue. Rien de plus romanesque. Il est né en 1809 à Kœnigsberg, au moment où la Cour de Prusse, errante et chassée de Berlin, était venue chercher un asile à l'extrémité de ses États. Un richissime Anglais, qui se trouvait alors à Kœnigsberg, fut profondément louché du sort de la jeune reine Louise-Amélie. Celle-ci, malade, exilée, au moment de mettre au monde le petit prince
Albert, inspira une affection et un intérêt si singuliers au vieux gentleman, que celui-ci venant à mourir, peu de temps après, légua toute sa fortune à l'enfant royal né dans l'exil. Ce détail est peu connu.
Dresde, 10 août 1868.
Nous sommes partie ce matin pour Kœnigstein ; arrivés à cette station, nous gagnons à pied, par un soleil ardent, le village de Kœnigsbrunn, établissement modèle d'hydrothérapie. Le chemin est trèspittoresque; il suit un torrent, en même temps qu'il tourne la forteresse de Kœnigstein, laquelle apparaît, sous tous ses aspects, avec sa masse imposante de verdure et de rochers. L'établissement de Kœnigsbrun est aussi confortable et aussi animé que celui d'Augustusbad Test peu. Nous retrouvons là une de nos amies de Dresde, madame Christmas, charmante Américaine du Sud; la fille, qui a quinze ans, est aussi adorable que la mère. Sous la tutelle de ces dames, se trouve miss Campbell, une des jolies filles du consul américain. La jeune personne est fiancée, à Rotterdam, à un Hollandais, que connaît beaucoup mon ami, le comte de Pina, consul de France dans ladite ville. Miss Eva est une beauté fine et très-sympathique, mais madame Christmas est rayonnante de cette grâce, de cette séduction naturelle qui s'impose à tous. Dresde est peuplée d'Américaines et il
3US faut avouer que les beautés saxonnes peuvent ifficilement rivaliser avec elles.
Les enfants se promènent le long du torrent et ans les prairies qui entourent rétablissement. Cet ndroit, sur la route de la fontaine, est d'une fraiheur délicieuse.
Retour en bateau à vapeur; le steamer est tellenent surchargé de passagers qu'à peine peut-on s'y enir debout.
Dresde, 11 août 18G8.
Promenade au pied du Waldschlœsschen dans la >rairie où se tint, en 1865, la grande réunion des hanteurs. Celle assemblée populaire des représenants de toute TÂllemagne ne plut guère, comme je *ai déjà dit, à la famille royale ; elle prit, en effet, m caractère et des proportions tout à fait inattenlus. En effet, il est à remarquer que cette réunion acifique précéda d'un an le qoup de main prussien e 1866; ce qu'il y eut de piquant, c'est que les rente mille couvertures, les lits et les logements, réparés en vue de la fête par la bonne et hospitaère municipalité de Dresde, servirent à l'armée russienne, lorsque le roi Guillaume envahit les Hats du roi Jean et fit occuper militairement et en onquérant la vieille cité de Dresde.
Départ de mon jeune attaché du Ponceau : en le p
U8 JOlRiSAL D'UN DIPLOMATE
conduisant à la gare, je rencontre M. Ernest Baroche, fils du ministre, revenant de Vienne. Il y a quinze ans, je m'en souviens, c'était le temps de la splendeur de ce jeune politique, nommé conseiller d'État presque à Tàge où Ton est bachelier. C'est un garçon d'esprit. Je lui ai présenté mon jeune vicomte et voilà nos voyageurs en route pour la France.
Dresde, 12 août 1868.
Soirée à la Villa-Rosa, sur les bords de l'Elbe, chez le baron de Warbourg, richissime Prussien établi à Dresde. Promenade dans les jardins. La société est toute prussienne : des officiers, quelques jolies femmes, mais personne ne se connaît. Excellent souper en plein air. Belle installation, toutefois il est difficile de s'ennuyer davantage avec de plus charmants éléments. « C'est étrange, me disait mon collègue X..., il suffit que l'on mette le pied sur le territoire prussien pour que l'ennui commence. »
Dresde, 13 août 1868.
Upe lettre m'apprend ce matin la mort de mon oncle, le comte de Sampigny, frère de ma mère. I C'était le dernier lien qui me rattachait au passé !J<? n'avais pas d'ami plus dévoué et plus sûr. C'est au-
}s de lui et des siens que s'est écoulée toute mou Tance, et mes plus heureux jours comme mes plus idres souvenirs se rattachent au Bourbonnais et vieux château de Laforêt de Laya.
Dresde, 15 août 1868.
Messe à l'église catholique pour la fête de l'Empeereur, notre souverain. La légation de France s'y end officiellement. Un grand nombre de Polonais ssistent à la cérémonie. Je suis fort surpris d'aperevoir M. de Gersdorff, premier maître des cérémolics du roi Jean, en grand uniforme ; il m'adresse, le la part de son souverain, des félicitations pour 'Empereur, et je m'incline. C'est la première fois jUB la Cour de Saxe se fait représenter olficielleûent à notre messe du 15 août. Cet incident est rès-remarqué.
Je réunis à déjeuner notre petit personnel de la chancellerie, le chancelier Teulsch et M. Dallery, i'archivisle, deux hommes bons, modestes et trèsinstruits, sur lesquels repose tout le travail de la légation.
Le soir, il doit y avoir, au Grand-Jardin, une fête donnée, sous la protection de la princesse royale, au bénéfice des blessés et des malades des hôpitaux de Dresde.
Dresde, 20 aoùl 1868.
Dîner chez M. dcNoslitz-WàIwitz, minislre del'intérieur. C'est un célibataire riche, très-élégamment et très-confortablement installe. Huit convives seulement ; le général Fabrice, ministre de la guerre ; le comte Platen, directeur des théâtres ; M. de Gersdorffî M. de Kœneritz, gouverneur de Dresde ; M. Sirckx, directeur général des chemins de fer. Le maître de la maison me fait l'honneur de me placer à sa droite, comme chargé d'affaires de France et en qualité de seul étranger. Tous ces messieurs, très-aimablement, parlent français à cause de moi. N'est-ce pas humiliant ! Malheureusement je ne possède pas encore assez bien Fallemand pour suivre la conversation courante.
Nous avons en ce moment le cirque Renz; cette troupe, quoique nomade, est infmiment mieux organisée que les cirques de Paris. Excellents chevaux, de grand prix, personnel choisi. On remarque beaucoup M. Hager, officier de cavalerie autrichien d^ fort bonne mine, mais très-ruiné, gendre de M. Renz, le directeur. Ce jeune militaire a épousé dernièrement mademoiselle Renz, charmante demoiselle sortant du couvent, et appelée à une très-grande fortune. Afm d'apporler son contingent à la communauté, le nouvel époux fait de la haute école, et
EN ALLEUAGNE. 151
aYOue q|ie depuis longtemps il ne m'avait pas été ccordc de voir chevaucher aussi bien. M. Ilager,
cheval, est d'une exquise élégance et d'une rare olidité.
Les exercices du cirque sont' très-variés : peu de erceaux et de ronds en papier; surtout des malœuvres d'ensemble et d'excellentes pantomimes. jCS places sont fort chères : un thaler et un demihaler. Chaque année, les représentations du cirque \enz sont attendues, avec une vive impatience, par e monde élégant de Vienne, de Munich, de Dresde et le Berlin. Tout le matiTiel et le personnel de la Iroupe, hommes et chevaux, est transporté dans d'immenses wagons appartenant à M. Rcnz. A peine débarqué dans la ville, le théâtre, très-bien agencé, est dressé en une journée. Quant aux costumes et aux accessoires, ils sont plus soignés et plus élégants même que ceux de nos cirques français et américains.