CHAPITRE X
Mademoiselle Phrosso Soutzo. — Fraternité des Grecs. — Le rêfeda maréchal Pélissier. — Course à Tatoî (anciemie Décélie). — H. Rinn, yice-consul au Pirée. — Fiançailles du roi Georges avec la grande-duchesse Olga. — M. Stavros ; la banque d'Athènes. — Les iles ; l'Eubée : voyages dans l'intérieur. — Maladie. — M. Desprez. — Départ.
Athènes, 16 mai 1867.
Aujourd'hui, pendant une visite que la jeune princesse Euphrosine Soutzo et sa grand-mère faisaient à ma femme, une liirondelle est entrée par les fenêtres du salon. Elle a voltigé autour dé nos têtes, puis, s'est envolée par où elle était venue. Est-ce de bon augure? je Tespère. Mais que nous présage l'oiseau voyageur?
La jeune Phrosso, c'est ce nom que Ton donne, à Athènes, à la petite fille du prince Soutzo, est une très-jolie personne. Sa taille souple, sa démarche élégante, ses grands yeux noirs, tristes, tout en elle a je ne sais quoi de langoureux, en même temps de
dédaigneux et fier, qui me plaît .beaucoup et je ne suis pas le seul. Elle a très-grand air, quoique fort simpler^et la jolie enfant est loin d^étre une personne ordinaire. La famille des Soutzo est, en Orient, une famille presque souveraine. Ce sont les chefs de la haute aristocratie grecque-russe. Il y a deux ans, le roi Georges, ayant me dit-on, remarqué à un bal la jeune Phrosso, avait dansé plusieurs fois avec elle, et paru prendre plaisir à sa conversation. D n'en fallut pas davantage pour exciter Tenvie et la jalousie des bons Grecs. On voyait déjà mademoiselle Soutzo reine des Hellènes, et toute sa famille au • pouvoir. Les Athéniens n'en dormaient plus !
Il est bon, à ce sujet, de connaître et d'étudier, dans tous ses replis, le grand cœur des Athéniens. La perspective la plus lointaine de voir un Grec s'élever au-dessus des autres Grecs ; la seule pensée qu'un de leurs compatriotes, un de leurs frères, un Hellène enfin, pourrait devenir un jour leur chef, voilà de quoi troubler pour longtemps, et remplir d'épouvante, de fiel et d'indignation les meilleures âmes grecques. A défaut d'un prince d'Europe, de petite ou grande race, les Grecs préféreraient placer un nègre à leur tète plutôt que d'élever sur le pavpi un de leurs pairs.
En vérité, pour réveiller ce peuple du tombeau, pour le régénérer, pour lui donner un corps et une àme, il eût fallu le génie d'un grand homme de guerre ou d'un grand homme d'État, ou tout au moins une main de fer« Un pouvoir absolu et fo
pourrait seul opérer TœuTre de salut, en imposaot silence à toutes les ambitions, compétitions, haioes et discordes intestines. Il faudrait, avant toul, faire pénétrer, l>on gré mal gré, des idées d*ordre et de travail dans ce peuple indiscipliné.
Je persiste à croire que si l'Angleterre avait tena pendant plusieurs années, entre ses mains, la Grèce actuelle, son occupation eût été féconde en résultats. Les Anglais eussent fait aisément de ce sol ingrat ce qu^ils avaient fait des îles Ioniennes. L'expérience est là.
Nous voyons malheureusement ce qu*a produit sur ces peuples l'exercice continu et immodéré du régime parlementaire et constitutionnel.
Je me souviens avoir entendu le maréchal Pélissier parlant de l'avenir de la (irèce, émettre, sur les moyens de gouverner ce pays, des idées qui me plaisaient singulièrement. Le maréchal, avait, je crois, dans sa jeunesse, pris part à la guerre de Undépendance avec le colonel Favier ; aussi connaissaitil déjà les Grecs, et pouvait-il les apprécier. « Savez-vous quel a été longtemps un de mes rêves, disait-il, c'était d'être souverain, roi ou duc d'Athènes. Si TEurope y consentait, je me chargerais encore volontiers de ce pays; j'en ferais quelque chose, et certainement les révolutions y seraient supprimées. Pour condition unique, je demanderais d'amener avec moi six cents hommes de la garde impériale. Avec cette base, il serait si facile de bien administrer et de gouverner le pays. Les
Athéniens se sentant dans la main d'un maître, feraient des merveilles; mais il faudrait savoir ce qu'on veut, imposer silence aux bavards, et diriger vers un but pratique l'activité de ces populations vives, courageuses et intelligentes. Sans cesse conquises, elles n'ont jamais été gouvernées. N^est-ce pas là la vraie cause de leur dégénérescence? »
, Athènes, 18 mai 1867.
Excursion à quatre heures d'Athènes, à Tatoïa, ancienne forteresse de Décélie, sur la route de Thèbes. Charmant déjeuner offert à madame d'Ideville par M. de Wagner. Là, nous trouvons de véritables bois, des prairies et une vue splendide. Nous sommes en pleine juridiction de Kitsos, sur les terres du célèbre chef de brigands; aussi avons-nous nombreuse escorte. Partout, sur notre passage, surgissent, derrière les buissons, les gardes de montagne, troupe très-pittoresque, aussi aguerrie que les brigands qu'ils pourchassent avec une modération singulière. La danse à laquelle ils se sont livrés après le repas est curieuse; les hommes seuls y prennent part. Ce sont des sauts, des gambades, puis une promenade lente, sur un mode cadencé et monotone*
Retour à huit heures et demie. Temps charmant, fraîcheur embaumée, odeur des bois et des genêts. Nous avons avec nous le bon Boudouri, ancien prési-
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dent de la Chambre et ministre sous Othon. Ses idées sur l'avenir de la Grèce sont très-sages, a Nous devons faire des vœux pour la durée de la Turquie, dit-il, aCn d avoir le temps, de grandir. Nous sommes des enfants de dix ans qui voulons jouer à l'homme, fumer, boire et tenter le reste. Nous nV vons ni iBnances, ni armée, ni marine, et nous vous parlons d'envahir le monde. Tout agrandissement de territoire produirait fatalement un désastre, et accuserait notre immense faiblesse. »
Athènes, 20 mai 1S67.
Journée passée au Pirée, chez Rinn, notre viceconsul. C'est un garçon intelligent et très-Qonsciencieux, qui sort du ministère. II est fils de l'ancien proviseur de Louis-le-Grand. Sa femme est toute charmante, mais elle commence à s'ennuyer éperdûment au Pirée, ce qui n'est pas rassurant. Quant au mari, il a pris son parti avec courage et fera un excellent consul. Retour à Athènes par une de ces belles nuits de Grèce, que l'on n'oublie pas; mais par quelles journées achetons-nous cette bienfaisante fraîcheur!
Athènes, 23 mai 1867.
Le courrier apporte enfin des nouvelles de Pétersbourgy et les télégrammes retenus en Russie arrivent coup sur coup. Les fiançailles du roi Georges avec la Grande-Duchesse Olga sont un fait accompli. Nous allons donc avoir une reine et, si Dieu nous l'accorde, une nombreuse dynastie. — Grande joie dans la ville ; cérémonie solennelle ; Te Deum chanté à la cathédrale ; le régent et les autorités y assistent ; salves d'artillerie ; véritable enthousiasme à Athènes. On voit dans ce mariage une alliance sérieuse et utile. Pourvu, qu'à un moment donné, les Russes ne sacrifient pas le jeune ménage et le jeune royaume à leur ambition. Je les crois trop prudents pour agir ainsi. Des trois puissances, il ne faut pas se le dissimuler, c'est la Russie qui a ici le plus d'influence ; les rapports n ont cessé d'être très-intimes ; la religion est la même; il y a entre les deux peuples de sérieux points de contact. Le mariage du roi de Grèce avec la nièce du Czar va resserrer davantage encore l'union gréco-russe.
Athènes, 25 mai 1867.
On parle beaucoup du voyage du Sultan à Paris* Pour les Grecs, c'est une mauvaise nouvelle,
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contre-temps. En conscience, b Crète peut-elle être enlcTée aux Turcs au moment où le Sultan, ioTilé courtoisement par notre Empereur, Tient Tisiter la France ? Le faste oriental et la prodigalité du grand Turc vont éblouir nos Parisiens ; et personne ne sera plus populaire, j*en suis sûr, que le commandeur des croyants. SaH^utesse attendra, dit-on, ledqort de Paris du Czar et du roi Geoi^es pour quitter Coqstantinople et faire son grand Toyage à TExposition.
AUiènes, S 7 mai 1867.
Aujourd'hui j'ai visité, avec M. Dumont, le cabinet fort intéressant de M. Roussopoulos. Collection de médailles, de vases antiques très-rares. Cet antiquaire est aimable, et parait instruit; mais vraiment, dès que Tart, le grand art n'entre pas pour la meilleure part dans l'archéologie, j'éprouve un profond dédain pour ces études qui me semblent fort inutiles et dépourvues d*intérét. Que dirait-on, dans dix siècles, d'un savant dont Tunique gloire aurait été de découvrir, classer et étudier des boites d'allumettes et des poupées ? Le célèbre Lambros, le grand marchand d'antiquités, possède de belles choses. Nous achetons quelques belles médailles de Philippe, d'Alexandre, de Ptolémée, d'Athènes et de Corinlhe; de plus un délicieux petit vase bysantin en vermeil, que madame d'Ideville découvre au fond d'une armoire.
Athènes, 28 mai 1867.
Les nuits mêmes deviennent intoIéraJ)Ies; il n'était las encore quatre heures, lorsque ce matin, ne pouant dormir, je suis sorti pour chercher un peu de raicheur. Vent affreux ; poussière épaisse aveuglant es yeux ; temps triste à mourir. C'est donc là ces aalinées, ces aubes dont nous parlent les Athéniens, it ces nuils idéales qui aident à supporter les chasurs de la journée. Je suis allé jusqu'au pont de ^atissia, quel pays !
Athènes, 30 mai 1867.
Huit cents volontaires sont partis aujourd'hui pour
a Crète sur VArcadie, en s'embarquant au Laurium,
Ergastillia. Il faut que ces malheureux Turcs soient
lien naïfs et bien peu terribles, pour que de pa-
eilles expéditions s'organisent ainsi ostensiblement.
J'ai longuement causé dans la journée avec [. Stavros, le vieux directeur et fondateur de la banque d'Athènes. Cette institution remarquable est 3 seul établissement de Grèce qui soit en pleine irospérité. On le doit à l'aclivilé et à l'intelligence le M. Stavros, vieillard encore vert, qui a plus e quatre-vingts ans. Il aimait beaucoup M. Thou-
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venel, avec lequel il est resté en correspondance; ïljjj^, m^a donné des aperçus curieux sur la politique fnn-K) , çaisc en Orient. Le billet de Banque-Slavros esllil|ç.^
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seule monnaie qui ait cour» en Grèce ; la seule monnaie nationale, si j'en excepte les pièces de cuivredê dix XiTTzx el de cinq Xéir:a. Il n'existe pas de monnaie d'or, pas de monnaie d'argent. Les billets, sur les- L^ quels est gravée la tête du bon père Slavros, sont fr L^ briqués aux États-Unis. Quand on songe que QOiiil|g^ sommes ici sur la terre classique de l'art! Que pcfl- Lj^; seraient de leurs descendants dégénérés les artistes 1^^ célèbres, les habiles ouvriers qui gravaient, comme L^^, monnaie courante d'alors, ces merveilleuses mé- L:^ dailles, qui font encore Tadmiration de notre siècle!
Athènes, 31 mai 1867.
Je crois, en vérité, que le dégoût profond que m'inspire la Grèce vient d'un trop long séjour à Athènes. J'aurais dû suivre le conseil de mon ami Beulé, qui, peu de temps après mon arrivée, m'écrivait: (( Faites des excursions, de grandes courses à Eleusis, à Sunium, à Corinthe, par le paquebot. Février est souvent uii beau mois, et la meilleure façon de goûter Athènes, c'est de quitter et de revenir souvent. » Je ne suis jamais sorti de TAttique, et maintenant que j'ai épuisé toutes les émotions des souvenirs et des réminiscences antiques, je n'ai pour
limenter mon enthousiasme et ma curiosité que le dI poudreux de la banlieue athénienne et les lœurs du Grec de 1867. — Triste ressource!
Nous voyons presque chaque jour M. Dumont.
elui-là a suivi à la lettre les instructions de son rédécesseur à l'École d*Athènes ; aussi n'est-il pas e.senti^r grec qu'il ne connaisse; il a parcouru en >us sens l'Asie mineure, les Cyclades et les Se^t es, et c'est «ainsi qu'il a pu goûter Athènes en y Ssidant le moins possible. — Il nous raconte avec eaucoup d'esprit et de complaisance ses pérégriations; bien que l'archéologie soit pour lui un bjet constant d'études et, de plus, une très-réelle assion, il a l'esprit trop ouvert et l'âme trop élevée our se laisser absorber par cette branche de la eience. Ses savants mémoires, hérissés fle grec, ne empêchent point d'être artiste, poète et observaeur très-Gn.
Dernièrement, il nous faisait une description de *Ëubée et des sites enchanteurs de cette ile bizarre, |ui augmentait mes regrets de n'avoir pas visité ivec lui cette province grecque si différente de celles ]ue je connais. La capitale Chalcis est une ville aussi pittoresque qu'on peut le désirer; de plus, les Eubéens ne sont point, comme les habitants de TAtiique, jaloux des étrangers. Plusieurs de nos compatriotes, établis dans ce petit territoire fertile et )mbragé, y possèdent de grandes exploitations agricoles.
Avant mon départ, j'irai certainement à Syra ; il
faut dix heures de paquebot pour s'y rendre. Syn est la ville la plus animée, la plus peuplée, la plus bruyante du royaume hellène. Ce port demeraemiron vingt-cinq mille habitants, et notre capitale n'en compte point autant. C'est le vrai centre commerçant et maritime de la Grèce, Tentrepôt général de Tarchipel et le point de croisement de toutes les lignes de bateaux à vapeur. Syra est une ville riche et prospère ; un petit Naples en miniature. Il est vrai que les habitants de Tile de Syra s'occupent peu de politique ; ils passent même, aux yeux des prome. neurs et péripaléticiens d'Athènes, pour élre des patriotes tièdes et ne pas comprendre dans toute sa splendeur la Grande Idée de l'avenir national.
Pour voyager facilement dans l'intérieur des îles et, en général, dans toutes les provinces grecques, il faut être valide et célibataire. Les moyens ordinaires de locomotion employés en Europe manquent totalement en Grèce et on peut même dire en Orient ; il faut voyager à cheval et suivre, avec ou sans guide, les sentiers de la montagne; point d'hôtellerie : c'est chez le plus riche habitant de la contrée que les voyageurs, touristes ou savants, reçoivent une hospitalité généreuse; ceci est admis. Nos élèves de rÉcole d'Athènes surtout sont accueillis avec respect et bon* neur. « Entre la corporation des brigands et nous, me disait M. Dumont, il existe un pacte tacite, une convention très-réelle ; ces messieurs savent ce que nous venons faire dans leur pays : nous ne sommes point porteurs de guinées, et nous respectons
coutumes et les mœurs d'un chacun, sans nous mêler des affaires du pays. Aussi voyageons^ nous dans une complète sécurité; il n*y a pas d'exemple qu'un pensionnaire de l'École ait été inquiété; et cependant plus d'un de nous s'est rencontré avec des brigands et des chefs de bandes ; CD nous considère comme des êtres inoffensifs et presque sacrés. Partout, du reste, en Grèce, il faut le reconnaître, nous sommes traités comme le seraient des amis, des parents éloignés. »
« A Naxos, l'an dernier, j'ai reçu la plus cordiale et la plus confortable des hospitalités dans une famille anglaise, fixée depuis longtemps dans l'intérieur de Tile. — Vous ne sauriez vous imaginer, ajoutait M. Dumont, quelle richesse de végétation on rencontre dans certaine partie des iles : des cours d'eau, de magnifiques ombrages, de gras pâturages, des vignes comme dans nos riches départements de France. Les Français du moyen âge ont laissé des traces de leur occupation et de leur passage. On découvre, à chaque pas, de vieilles tours franques, des châteaux Téodaux. Tout cela est plein de caractère et d'originalité.
, a Ces excursions, ces voyages en Grèce, amènent ine série d'incidents imprévus et d'aventures. Tantôt rous êtes reçu chez un habitant fort peu soucieux, rous devez le comprendre, des commodités de la vie noderne. On dine et on dort à la grâce de Dieu. Un lutre soir, le bon hasard vous conduit dans un inférieur inconnu dont vous ne pouvez vous arracher.
le lendemain, sans laisser quelque chose de votre cœur.
« Ces mœurs qui changent à chaque pas, ces caractères nouveaux, si intéressants à observer, ces paysages étranges, qu'on ne reverra plus et qui se fixent dans la mémoire en traits ineffaçables; ies longues marches et les longs repos, voilà tout ce qui nous fait tant aimer et la Grèce et rÉcole d'Athènes. »
Mon brave ami Dumont disait bien vrai. quelle précieuse éducation que la sienne ! Comme ces jeunes gens, déjà fortement trempés par d'excellentes études et mûris par des voyages pénibles et salutaires, formeraient une pépinière sérieuse et utile de diplomates! comme ils seraient supérieurs à tous nos petits jeunes hommes de club, fruits secs de collège, qui, en fait d'émotions, ne connaissent que celles du divin turf et du spirituel baccarat !
Athènes, 10 juin 1867.
Je viens d'être sérieusement malade. Il m'est impossible de rester plus longtemps à Athènes. — Mais Saint-Vallier, m'écrit-on, fait des difficultés pour me laisser partir, sachant bien que je refuserai de retourner en Grèce. N'est-il pas plaisant que mon jeune collègue décide à son gré de l'avenir et de la vie des agents? J'ai écrit à M. Desprez, Directeur des Af-
faires Politiques, que, plutôt que de rester ici dans Tétai de santé où je nie trouve, je préfère donner ma démission. Malheureusement, dans les questions de personnes, notre cher directeur n'a pas plus d'initiative qu'en politique; il tremble devant tous les ministres, et surtout devant Fomnipotence de Saint- Vallier. Hélas ! le pauvre homme protège avec tant de timidité les intérêts de la France en Allemagne qu'on ne peut, vraiment, attendre de lui une grande énergie dans la défense de son personnel. C'est un travailleur consciencieux, un employé précieux en raison de sa mémoire et de sa facilité de travail ; mais il n'a ni autorité, ni initiative, ni indépendance, qualités indispensables pour un Directeur des Affaires Politiques. Madame d'Idéville m'a avoué que, me croyant en danger, elle avait écrit, il y a quelques jours, à madame Desprez pour l'avertir que, mon congé obtenu Ou refusé, elle était résolue à né pas attendre et à me faire partir. Je ne sais quelle influence peut avoir madame Desprez sur les décisions de M. de Moustier, et je regrette la démarche de ma chère femme. Nous Connaissons fort peu, du reste, madame Desprez; elle m'a paru toutefois une personne excellente; c'est à Rome que je l'ai vue, lorsque nous avons eu le plaisir de la recevoir, avec son mari et ses enfants, à la Villa Torlonia. M. Desprez, alors fort malade, vofyageait en Italie, chargé d'une mission quelconque, et a été fort heureux de Taccueil qu'Armand et moi lui avons fait.