‹ Journal d'un diplomate en Allemagne et en Grèce: notes intimes pouvant servir a? l'histoire duChapitre 8 sur 40 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Madame de Sahr. — Les environs de Dresde. -— Attentat contre le Prince Royal. — Séjour du prince Napoléon à Dresde. — Le comte Léon. — La comtesse Uohenau.

Dresde, 10 mars 1868.

Ce soir, au raout de madame de Sahr, on annonçait que la Cour avait été prévenue de l'arrivée du prince Napoléon pour vendredi. Grand émoi chez nos Saxons I la visite d'un prince quelconque est toujours un événement à la Cour de Saxe.

J*ai été présenté à M. de Falkenstein, président du conseil des ministres. C'est un petit vieillard aimable, très-estimé comme jurisconsulte, et qui s^occupe beaucoup moins de politique que le ministre des affaires étrangères, le baron de Friesen. Quant à celui-ci, il joue le rôle important à Dresde. A en juger à ses yeux fins et perçants, un peu inquiets, M. de Friesen, quoique d'apparence fort bon homme.

doit être très-ambitieux. Mais tous ces personnages ne sont que la petite monnaie du comte de Beust. Madame de Sahr, comme la plupart des Saxonnes, est grande et assez raide. Elle était plus âgée que son mari, lorsqu'elle a divorcé pour l'épouser. M. de Sarh est un des plus riches seigneurs de Saxe; il est fort indépendant, n'occupe aucun poste à la Cour, mais ses attaches sont prussiennes. J'ai retrouvé là la charmante madame de Leipziger. Cette jeune et toute ravissante blonde est décidément la plus jolie personne que ^'aie rencontrée ici. — Je regrette que madame d'Ideville n*ait pu m'accompagner ce soir, elle aurait eu un aperçu de toute la socié'.c saxonne.

Où serons-nous l'hiver prochain? Dieu le sait.

La Cour étant en deuil et Tétiquette de rigueur, les toilettes décolletées des femmes en costume noir faisaient très-bon effet.

Dresde, 11 mars 1868.

Les environs de Dresde ont été de tout temps célèbres. 11 est difficile de trouver réunies, autour d'une capitale, des promenades plus variées, plus pittoresques et plus intéressantes. Les routes, les bateaux à vapeur de TElbe, les chemins de fer donnent libre accès, à quelques lieues de Dresde, dans la Suisse saxonne, dont les jolis sites peuvent ri' valiser avec ceux de la Suisse de Guillaume Tell.

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Ce n'est pas seulement le dimanche que les bateaux regorgent de monde et que les chemins de fer sont envahis ; dès que le temps est beau, tout est encombré. II semblerait que ces braves Saxons n'aient rien à faire. Cependant, ils sont loin d'être paresseux ; leur riche banlieue, couverte d'usines et de fabriques, témoigne de leur activité.

Aujourd'hui, nous avons suivi, en voiture, TElbe jusqu*au Waldschlœsschen^ splendide établissement de brasserie, où les Saxons vont se restaurer et entendre la musique. Loin de là se trouve le palais du prince de Prusse, Albrechtsburg. Nous avons l'honneur, en effet, de posséder à Dresde le prince Albrecht, frère cadet du roi Guillaume. Son Altesse a épousé, morganatiquement, il y a quelques années, étant déjà marié, une charmante demoiselle de la Cour, dont il était fort épris. Émoi dans Tauguste famille, laquelle s'est refusée à reconnaître la dame 6t à la recevoir. C'est alors que le prince a fait édifier pour son épouse, près de Dresde, une superbe habitation, où elle passe les hivers et les étés avec ^Gs trois garçons. La comtesse Hohenau est une très-aimable personne ; mais, pas plus qu'à Berlin., les augustes salons de la Cour ne lui sont ouverts. Elle reçoit beaucoup, cependant, et donne de belles fêtes.

Nous avons marché dans les bois de sapins et de bouleaux .(|ui bordent la route, les enfants étaient émerveillés de cette végétation des pays du Nord.

5i JOURNAL D UN DIPLOMATE

Dresde, 12 mars 1868.

Un attentat a eu lieu aujourd'hui, à trois heures, sur le prince royal. L'assassin est un individu étrange, de vingt-trois ans, d'intelligence bornée, (ils naturel d'un pauvre officier ; le malheureux se croyait, parait-il, de naissance royale et pensait appartenir à la famille de Saie. Il a couché en joue le prince avec un pistolet fortement chargé, mais n'a pas eu le temps de tirer. Le prince, selon son habitude, faisait sa promenade dans le Grand Jardin^ bois de Boulogne de Dresde. Cet attentat n'a pas causé une émotion indicible. On a vu là, avec raison, Tœuvre d'un fou. S'il eût tué le prince, qu'en serait-il advenu? Ce n'est point cette mort qui eût anéanti la monarchie saxonne. Le danger est ailleurs... du reste, le prince royal assassiné, le prince Georges, son frère, n'est-il pas. là, avec ses quatre enfants et l'avenir?

Dresde, 13 mars 1868.

J'ai eu une conversation intéressante, au cercle, avec le général Fabrice, ministre de la guerre. Bien qu'il louche assez fortement, le général est un trèsbel homme, il s'exprime convenablement en français et m'a paru des plus intelligen|s. On le dit absola-

ment dévoué à la Prusse. C'est étrange I je ne puis encore me faire aux bizarreries politiques de la Saxe ; les uns sont attachés à la dynastie, c'est le petit nombre^ et ils ne sont pas aux affaires ; d'autres, qu'on soupçonne fortement de recevoir leurs inspirations de Berlin, comme M. de Friesen, minisire des affaires étrangères, et le général Fabrice, détiennent le pouvoir. Que peut devenir un pays dont* l'armée est entre les mains du monarque voisin? — On dit tout bas que M. de Friesen et le général Fabrice ont été indiqués et peut-être môme imposés par M. de Bismarck au choix de Sa Majesté saxonne. ' Ce serait fort possible, — alors tout s'explique !

Dresde, 14 mars 1868.

La légation de France se rend à la gare pour attendre S. A. I. le prince Napoléon. La colonie polonaise, groupée aux abords de la station, acclame le prince français avec enthousiasme. Pendant son voyage à Berlin, on avait prétendu que le but de la mission princière était de proposer au roi de Prusse la reconstitution du royaume de Pologne. Pauvre Pologne ! Je crois que les princes et les rois pensent peu à elle, et, en tout cas, ce ne serait pas la Prusse qui songerait à la relever. A une heure le prince se rend chez le roi. A cinq heures il y dine; théâtre, et, à neuf heures, thé chez le prince royal. Quelle journée !

Dresde, 15 mars 1808.

Je ne connaissais point le prince Napoléon, sans contredit, fort grand air; sa taille est élev( *sa ressemblance avec l'Empereur est saisissante, rej^ard vif, intelligent, a je ne sais quoi de dur faux ; le geste est hautain et un peu brutal. Le pi m'a beaucoup rappelé un autre homme que j' rencontré jadis dans ma jeunesse et qui éU fils authentique de l'empereur Napoléon P"^, le c X***. Ce triste personnage, sans aucune valeur, moralité, menait une étrange vie dans le quî Latin, en 1850, au moment où je faisais mon c Plus petit que le prince Napoléon, il était le po frappant de son père, maiw«» lui aussi, différa l'Empereur par le regard ; le sien était hideux ( flétait tous les mauvais instincts du personnag par hasard il avait été un homme de valeur, qu< été son» rôle? Le comte X*** est le fils de cette térieuse grande dame polonaise qui se prése:

Fontainebleau le 19 avril 1814, et que l'Emp ne voulut point recevoir. Pourquoi ?

t'est un peu tôt de se lever à quatre heures, le temps est superbe, et il faut bien faire la con à notre auguste compatriote, cousin de Sa Ma L'illustre voyageur aura séjourné dix-huit h à Dresde, et je serais fort embarrassé de savc

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qu'il est venu y faire. Nous n'avons pas eu Thonneur d'échanger trois paroles avec lui ; son confident et ami, M. Benedetli, j'imagine, aura dû le mettre en * garde contre le personnel de notre légation et le pré» Tenir qu'aucun de nous n'avait pour lui une bien profonde sympathie. Notre légation doit être mal notée.

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