‹ Journal d'un diplomate en Italie: notes intimes pour servir à l'histoire du second empire. TurinChapitre 15 sur 41 · RÉPONSES QUESTIONS. DE MAD. DE SOLUS. DE M. VATTA^^I · texte numérisé non relu

RÉPONSES QUESTIONS. DE MAD. DE SOLUS. DE M. VATTA^^I

Quel poète? Hugo.

Quel prosateur? Georges Sand. Thiers.

Quels peintres? Titieii^, Eug. Delacroix. Raphacl.

Quelle occupation? Écrire. Ne rien faire.

Qi^l plaisir? Jouer la comédie.

Quelle passion ? En inspirer.

Quel pays? La France. Mon pays.

^ , o ï ' vr i Conslilulionncl sin-

Quel gouvernement? La république. j ^^^^

Quel caractère? Passionné. Doux.

Quelle senaotioft? L'aveu.

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102 JOUILNAL D*UK DIPLOMATE

BÉP03I8SS QOEmOn. K HAB. M MUM. DE ■. SATTAZQ.

Quelle vertu? Lliéroîsme.

Quel vice antipathique? L'hypocrisie. L'hypocrisie.

^pJl^^r^^ '^"" \ C^sw Garibildi. Nipoiéon.

Quel livre? La nomrelle Héloîse.

Me toujours bien por> ter.

Quels MOuhaiU? /Pouvoir toujours ai-

mer, sans en être fatiguée.

Ne jamais vieillir.

La soirée cependant devait avoir un terme. Le président 9 désespérant d'obtenir, ce jour-là, un téte-à-téte, prit d'un air contrit et plein de tendres reproches congé de la jeune Française ; quant à moi, je quittai le salon de la comtesse au moment où la porte de T hôtel se refermait sur l'amoureui homme d'État, non sans avoir interrogé, mais en vain, la cruelle sur les motifs de sa coquetterie et du supplice infligé au président Raltazzi.

C'était depuis fort peu de temps que M. Rattazzi avait fait la connaissance de madame de Solms ; mais il brûlait déjà d*une flamme discrète, habilement attisée par l'intraitable comtesse née princesse. En elle, Rattazzi adorait avec un égal respect et la grande dame et la femme belle, intelligente, libérale, et la petite-cousine de l'empereur Napoléon III.

Lorsque, peu de mois après cette singulière soirée,

Rattazzi devint ministre des affaires étrangères, ce

fut^ai^x pieds de madame de Solms qu'il vint déposer •• • • • • • •

son portefeuille. *I1 la consultait souvent, le croiraiton, et ce qu'il y a de surprenant, c'est que le ministre italien s'imaginait sincèrement, en obtenant les confidences de madame de Solms, pénétrer les secrets les plus intimes du cabinet 'des Tuileries. Douce illusion, résultat d'une aveugle tendresse qui n'a pas cessé, aujourd'hui que la mort de M. de Solms a permis au commandeur Urbain d'échanger les ardeurs contenues et mystiques. que lui inspirait la princesse Marie, contre les joies profondes et Tintimité du mariage.

C'est à Turin même que vint mourir M. de Solms, ce personnage fabuleux dont plusieurs personnes avaient nié l'existence. On le fit venir; le pauvre homme arriva en très-piteux état, mais eut l'esprit de quitter ce monde après avoir passé quelques semaines auprès de son épouse, afin probablement que son décès fût bien constaté et qu'il n'y eût aucun doute sur la rupture des liens purement sociaux qui Tenchainaient à la princesse, ni sur la complète liberté de la jeune veuve. Chose étrange et que nos lois françaises n'eussent pas soufferte, le mariage entre madame de Solms et M. Rattazzi eut lieu à Turin, quinze jours après le décès du premier mari. La bénédiction nuptiale fut donnée à minuit, dans réglise Saint-Philippe, en présence d'un très-petit nombre d'assistants. Quatre jours après, on vendait, chez les principaux marchands de nouveautés, une intéressante et touchante photographie, oiiM. Rattazzi, recouvert de tous ses ordres, en habit noiFret

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rravate blanche, cette fois, était représenté ayant au l'Pas, maritalement penchée vers lui, la veuve de M. de Solms, devenue madame Rattazzi, vêtue de blanc et la tète abrilée sous un long voile.

Le ministre Rattazzi avait alors perdu son portefeuille, mais ritalie n'est pas assez riche en grands hommes pour que la jeune mariée ne puisse espérer encore diriger officiellement les destinées du jeune royaume.

Marie Wyse Bonapartôy selon sa signature, avait, lorsque je la vis pour la première fois à Milan, au mois de février 1860, vingt-six ans, d'après VAlmanach de Gotha. Il est impossible de nier, malgré toutes ses folies et ses maladresses, le charme singulier que possède cette femme, et je m'explique aisément la séduction qu'elle a exercée sur tant de gens depuis sa plus tendre jeunesse.

Mariée à quinze ans et sacrifiée par sa mère, elle ne tarda pas à rester isolée et sans guide au milieu du monde. Douée d'un esprit remarquable, d'une beauté étrange rehaussée par une naissance illustre, elle a mené l'existence la plus douloureuse et la plus décousue qu*unc femme puisse mener. J*ai raconté de quelle façon bizarre j'avais fait sa connaissance au théâtre de la Scala pendant un bal masqué. Elle habitait ÏMôtel-de-la-Villey où M. de Talleyrand était descendu ; je continuai de la voir pendant le séjour que le corps diplomatique et le Roi firent à Milan.

Peu de jours après mon arrivée à Turin, j'eus occasion de lui écrire, et voici la curieuse et très-

intéressante réponse qu'elle m'adressa. Jamais portrait d'elle plus sincère, plus exact, ne pourra être l\\it : c'est un petit chef-d'œuvre.

Milan, mars 18C0.

« J'ai été très-touchée, mon cher d'ideville, de c( votre bon et affectueux souvenir. Je croyais qu'à « peine arrivé à Turin, avec l'insouciance qui m*a « paru quelquefois vous caractériser, vous m'auriez « déjà oubliée. Je vous avoue que cela m'affligeait « bien un peu. Merci donc pour la surprise que vous « me ménagiez, et croyez que je vous suis très-re- « connaissante du commencement d'amitié que vous a voulez bien avoir pour moi. Je ne suis pas aussi a difficile à connaître que vous vous l'imaginez. J'ai a beaucoup de cœur et assez d'esprit, une très-mau- « vaise tête et une grande maladresse en toutes cho- « ses. Je suis franche, surtout parce que cela m'en- « nuierait de me donner la peine d'être hypocrite, a loyale par orgueil, ferme dans ma conduite et mes « amitiés, par égoïsme. Je suis bonne, parce que, « jusqu'à un certain point, c'est une grâce chez une « femme, et que je tiens à rester femme, malgré « mes bas bleus, le plus possible ; je ne suis pas « inoffensive, car ce serait une duperie, et je ne suis (( pas assez religieuse pour pardonner, ni même ou- « blier les offenses. Somme toute, j'ai de grandes « qualités et de grands défauts ; je crois cependant

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« que, modestie à part, les premières remportent « sur les derniers ; je compte parmi mes qualités la « volonté bien arrêtée de ne pas être et surtout de « ne pas paraître parfaite ; je^n^ai pas du tout de bon « sens, mais j'ai un caractère très-sûr; je n'ai aucune a prétention, aussi suis-je incapable de supporter « l'affectation chez les autres. Pour en finir avec ma c( biographie d'après moi, je suis le meilleur ami a qu'on puisse trouver ; un honnête homme, mais « une femme impossible que je ne souhaiterais pas à « mon pire ennemi ; vous voyez que je suis sincère. « C*est beau, n'est-ce pas? — A présent que je suis « un sujet épuisé pour le présent et pour l'avenir, « parlons un peu de vous. Je me suis fait montrer c( mademoiselle ***. Elle est jolie comme ces GUes-là « ont seules le droit de l'être. Sa vertu me parait « beaucoup plus contestable que sa beauté ; on dit, « avec beaucoup de probabilité, je dois le confesser, a que votre ami *** a dû convenablement vérifier c( Tune et l'autre, pendant son séjour à Milan. Ahl le c( vilain homme, c'était donc pour cela qu'il n'est « pas venu au Voglione ! Ne m'en parlez jamais, je « crois bien qu'il avait envie de dormir ; votre rêve « idéal lui servait d'oreiller. Mais t'oubliais deux « choses : 1° que je ne veux pas me moquer de vous, a 2^ que j'oublie sans cesse la recommandation que « m'avait faite ma belle-mère, une femme d'esprit, « le jour de mon mariage. « Soyez sage, mon enfant, t( si vous pouvez, me dit-elle à voix basse, mais sur- « tout quoi qu'il arrive, mettez des verrous à vos

« portes et n'écrivez jamais. » J'ai toujours fait tout Cl le contraire. La défiance m'est impossible et le « calcul m'est odieux; puis, en définitive, je me a trouve assez grande dame et assez intelligente, « pour me faire pardonner, quand j'aurai quarante a ans, ou lorsque cela me plaira, par le bon Dieu et (c par les hommes, toutes les excentricités de ma « jeunesse et les incartades de mon esprit. N'est-ce « pas votre avis, mon nouvel ami? — Mais voici une (( bien longue lettre et qui tourne décidément à la « profession de foi. Je me dépêche bien vite de vous « quitter, en vous priant de pasGcr tout ce galima- « tias, pour ne vous arrêter qu'à la dernière ligne, (( qui contient mes meilleures sympathies.

€ Marie Bohapàrte Wtse de Solms. »

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