CHAPITRE XIII
Là révolation à Naples. — Garibaldi. — Politique piémontaise.
Pendant le mois de juin, les enrôlements et les embarquements pour la Sicile se faisaient au grand jour. M. de Talleyrand m'avait emmené avec lui à Gènes, passer une dizaine de jours chez son vieil ami le consul général de France, M. Huet. Par deux fois, nous avions aperçu, à la tombée de la nuit, sur le port, le docteur Bertani au milieu d'un groupe, organisant les départs qui s'effectuaient la nuit même.
M. de Talleyrand, bien édifié cette fois, revint brusquement à Turin et passa une note à M. de Cavour, dans laquelle il se plaignait, au nom du gouvernement de TEmpercur, de cette violation flagrante du droit des gens, en constatant les faits dont il avait été témoin. Il ajoutait en termes polis, mais énergiques, qu'il pétait plus dupe de l'accord existant ^ entre le gouvernement sarde et Garibaldi. Peu de
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jours après cependant, le héros débarquait à Marsala avec les milles aux applaudissements de l'Italie républicaine.
La situation de H. Canofari, ministre de Naples pendant ces jours de crise, fut des plus douloureuses; c'est à peine si, avec son humeur joviale et les dispositions bienveillantes de la société turinaise, il put conserver son sang-froid.
SO juillet 1860.
La Sicile entière vient de secouer le joug des rois de Naples, et Garibaldi en est le souverain maître. Toutefois, au commencement de ce mois de juillet, les événements ont pris une autre tournure. Les sottises de Garibaldi à Palerme, le peu de sympathie qu'il rencontre dans la noblesse et la bourgeoisie sicilienne, Pindignité et Tincapacilé de ^ es conseillers et de ses ministres improvisés ont rendu un peu de courage au roi de Naples. La Sicile, qui, depuis des siècles, a accepté avec peine la suprématie et l'autorité de Naples, désire, avant tout, son autonomie. Aujourd'hui, elle a changé de maître. Et quel maître lui a été donné I Tout est en suspens.
Le roi François 11 vient d'accorder aux peuples qui lui restent une nouvelle constitution. C'est un peu tard sans doute; mais, en présence de cet acte, les sentiments de l'Europe se sont modifiés. Malgré sa répugnance et le peu de foi qu'il affecte d'ajouter aux
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promesses royales, le gouyerncment sarde vient d^être contraint d'accepter les propositions d'accommodement présentées par le jeune prince de la maison dé Bourbon, En ce monient, François II, avec ses concessions de la dernière heure, me semble, hélas! jouer le même rôle que notre infortuné Louis XVI. Dieu veuille qu'il soit plus heureuxl
L'arrivée des. deux plénipotentiaires napolitains Manna et le baron de Winspeare ont placé le comte de Cavour dans le plus grand embarras, d'autant plus que les négociateurs se présentent avec l'appui ostensible de la France, de la Russie, de la Prusse et de l'Angleterre même. Quant à cette dernière puissance, son appui est fort hypocrite. Sir James était depuis longtemps déjà au courant de ces enrôlements ; un parti anglais existe en Sicile et, le cas échéant, la Grande-Bretagne ne dédaignerait pas d'établir une colonie anglaise dans la Méditerranée.
Le comte de Cavour n'a jamais traversé une crise aussi terrible. En refusant de recevoir les envoyés de Naples, il avoue implicitement les désirs ambitieux du Piémont et sa complicité dans les derniers événements : c'est placer son gouvernement vis-à-vis des grandes puissances dans une situation hostile et fort dangereuse. S'il contracte une alliance avec Naples, c'en est fait de sa popularité déjà un peu ébranlée par le traité de Nice et il sera inévitablement ren- * versé, sans aucun bénéfice pour l'Italie.
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Les éTénemenfs ont senri à souhait M. de GaTour, le désordre est à Naples. La trahison est dans le palais du roi. Victor-Emmanuel a écrit à Garibaldi, et celui-ci a répondu qu'il deyait nécessairement poursuivre son but. Tout le monde croit à une comédie de leur part. La lettre de l'Empereur à M. de Persigny (note B) a enlevé aux plénipotentiaires de Naples la force morale que leur donnait l'appui de la France. Dans l'esprit de l'empereur, le roi Bourbon est condamné, j'en suis persuadé, aujourd'hui. Les événements très-graves de Syrie détournent l'atteo* lion de l'Europe. Garibaldi est aux portes de Naples ; la défection est dans l'armée rojale. Ce n'est plus ijii'une question de jours.