‹ Journal d'un diplomate en Italie: notes intimes pour servir à l'histoire du second empire. TurinChapitre 18 sur 41 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

La Villa Gattina — Voyage à travers l'Italie. Gènes. Livourne. Lucques. Florence. Bologne. Modène. Parme. Bergame efMilan.

10 août i8eo.

Pourrais-je jamais oublier les deux mois de la villa Gattina? — C'est vers la fin de juin que nous eûmes la bienheureuse idée de quitter Turin, les chaleurs accablantes et la vie monotone du club. — Il s'agissait de trouver une maison de campagne pour y installer notre petite colonie de diplomates : Talleyrand; Tourte, ministre de Suisse; le bon comte Piper, chargé d'affaires de Suède ; le secrétaire prussien, baron de Pfuel, Bourgoing et moi, nous nous sommes mis en quête et avons fini par découvrir près de la ville, sur la colline qui domine la vallée du Pô, une charmante habitation.

Une longue terrasse, garnie d'orangers et de laur riers-roses, ombragée par des arbres verts et des ga-

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leries recouvertes de lignes et de plantes grimpantes, était devenu notre salon fayori. Que de matinées, que de soirées délicieuses nous aïons passées là, tons ensemble, sous le grand tulipier, ayant devant nous la chaîne des Alpes, Turin et le fleuve à nos pieds ! Nous descendions à la ville le moins possible. Les voitures des deux ministres,TaIleyrand et Tourte, nous conduisaient de temps à autre à la légation. On venait beaucoup nous voir; nous étions fortàla mode et nos dinersde laYilla-phalanstère étaient très-recherchés.

17 aoûl 4860.

Tallcvrand vient de me remettre tristement, ce matin, la lettre ofGcielle du ministère qui me nomme secrétaire à Berlin. — Je sais désespéré et encore plus outré de ce brutal changement. — A peine étaisje ici depuis une année et voilà qu'on me retire. -^ M. de Talleyrand a écrit sur-le-champ à Paris pour demander instamment que je ne sois pas déplacé. Y parviendra-t-il? Mon collègue de Berlin, M. de la Roche-Lambert, se déplaisant fort dans cette ville, où il est depuis deux mois, a daigné jeter les yeux sur le poste de Turin, et comme cet aimable jeune homme est le frère de mesdames de la Poèze et de la Bédoyèrc, dames de Sa Majesté Timpératrice, fort appréciées aux Tuileries, je crains fort que la lettre de M. de Talleyrand arrive trop tard, à moins toutefois que M. de la Roche-Lambert, dans l'intervalle, ne

jette son dévolu sur une autre résidence. Je n'ai personne à la cour, moi, et je ne connais ni TEmpereur ni l'Lnpératricc.

J'ai le cœur serré en songeant que je vais quitter, pour ne plus les revoir, tant de personnes que je commençais à aimer. — Je dois abandonner l'Italie, au moment où je m'y trouvais si heureux, je ne peux croire à cette brutale séparation ; il me semble avoir fait un mauvais rêve, tant j'étais loin de songer à la possibilité d'un départ et h la nécessité de rompre avec mes chères habitudes.

Lucques, 21 août 1800.

En attendant que mon ministre ait reçu de Paris une réponse à sa lettre, et avant de quitter l'Italie, j'ai voulu visiter la Toscane, l'Emilie, et rentrant par la Lombardie, faire mes adieux au bien-aimé Milan.

« C'est son itinéraire de cœur, disait Talleyrand ; chaque étape sera pour lui une source de souvenirs et de tendres regrets. » — Il y avait un peu de vrai dans la plaisanterie de mon l)on chef.

J'ai commencé par Gênes, où j'ai revu madame X. . . et après avoir quitté mon ami du Roscoat, notre élève consul de Gênes, je me suis embarqué à quatre heures du soir sur le Capitale. — Le lendemain, au lever du soleil, j'étais à Livourne, où j'ai retrouvé la comtesse X..., ma charmante amie de France, qui m'a fait les honneurs de la partie élégante de sa ville.

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