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Je ne m^attendais pas à rencontrer autant d'animation sur la plage. C*est un semblant de luxe qui rappelle assez nos villes d'eau et nos bains de mer; le soir, elle m'a conduit à Mofite Rotondo^ à deux milles de Livoume , chez le prince Poniatowski , où l'on jouait le Piano de Berthe avec madame Mestiatis, notre amie de Turin. J'aurais bien préféré une promenade sur le bord de la mer, mais enfin ! — Quel excellent prince que cet admirable dilettante et comme il entend Thospitalité! C'est uniquement pour amuser ses voisins de campagne, les Levantins et Grecs de Livourne, qu'il organise ses fêtes. — Vraiment, ils n'en valent pas la peine.
Le lendemain, malgré un peu de fatigue, je me suis levé à Taubeet j'ai débarqué dans la grande nécropole de Pise. Sa tour penchée m'a laissé un peu froid, mais le baptistère, mais le dôme de Pise I
J'emporterai du Campo-Santo de Pise un souvenir éternel. — Après avoir parcouru ses galeries à jour, je vins à m'asseoir sur un tombeau de marbre et devant les fresques si bizarres d'Orcagna, le Jugement dernier et la Mort. Mes yeux restèrent fixés sur la muraille, mais peu à peu ma pensée s'envola ailleurs. L'influence énervante du ciel de Pise m'envahissait ;
la chaleur tiède et bienfaisante de ce climat produisit sur moi un effet singulier. — Je ne me souviens pas avoir éprouvé dans ma vie une impression semblable; ce fut une sorte d'hallucination, d'engourdissement qui dura presque une heure, pendant laquelle je restai seul et immobile, et dans un bizarre état de bien-être, — Mes tristesses, mes chagrins me semblaient des misères. L'avenir se découvrait facile et plein de bonheur; enfin, je rêvais tout éveillé et quand je quittai mon tombeau, je me sentis léger, plein de résignation et d'espérance. — Aussi n'oublierai-je jamais le Campo-Santo de Pise et les moments que j'y ai passés.
Quelle heureuse idée a eue madame de X... de conseiller le voyage de Lucques et de me charger d'une lettre pour la villa de S. Q. I — En sortant de la poussière des plaines de Livourne et de Pise, j'ai retrouvé avec un plaisir inexprimable les montagnes et la verdure au milieu desquelles se perd la ravissante petite capitale de Lucques.
Elle est enfouie dans un nid de feuillage, et ses vieilles murailles plantées de platanes et de trembles n'ont rien d'effrayant. Si je devais renaître souverain, c'est Lucques que je demanderai pour tout royaume sa petite capitale, avec ses rues animées, ses habitants
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à la physionomie souriante, ses belles montagnes, ses gaies villas, et surtout, à nia cour, des marquises B... avec leurs nièces.
Le nom de mon chef, M. deTalieyrand, est vraiment un talisman qui m'ouvre les cœurs et les portes, et je n'oubherai pas Taccueil qui m'a été fait tout à l'heure à la Villa San Quirico. Lorsque mon modeste équipage entra dans l'avenue, les sonnettes de cuivre qui ornent, selon l'habitude du pays, les harnaisdu cheval annoncèrent bruyamment mon arrivée. Un groupe de jeunes femmes que j'apercevais sur la terrasse sembla agité et très-intrigué de l'arrivée de cet inconnu ; et je partageai l'embarras des deux jolies curieuses qui coururent au-devant de moi, croyant avoir reconnu un des leurs.
La présentation fut courte, je remis la lettre de madame X..., et, avec cette affabilité charmante, cette grâce familière des Italiennes et principalement des Florentines, je fus feçu comme un ami que l'on attendait. On causa de toutes nos relations de Turin, de Paris, de Florence, et quand je quittai la Villa, vers une heure du matin, j'étais déjà traité comme un familier de la maison.
Florence, 30 août.
Le cœur me battait un peu lorsque je suis entré à Florence, celte ville singulière, qui n'a pas d'égale
au. monde. — Depuis cinq nuits que je dors aux bords de l'Arno, je suis émerveillé de tout ce que je vois ; j'ai la tête brisée; ces madones, ces églises, ces statues, ces vieux souvenirs vivants du passé, ces mœurs nouvelles, tout se confond et s'agite dans ma mémoire, et je rêve, pendant mon sommeil à la Florence des temps passés et je vis à la cour des Médicis, dans l'intimité de mon André del Sarto, — Toutes ces impressions sont fatigantes à la longue, mais elles n'ont rien de désagréable. — J'ai la chance d'avoir un temps idéal, et avant de m'endormir j'ouvre mes fenêtres qui donnent sur TArno et je contemple avec recueillement la lune qui brille dans ce ciel unique. — Je pense à tout ce que j'ai vu et entendu dans la journée, et je finis par me dire que, dans cette capitale de l'indulgence, il est absurde d'être seul à jouir de toutes ces splendeurs, et que le bon Dieu et les maris ne sauraient trop en vouloir de s'aimer un peu dans cette ville étrange. — Le club, le café Doney, les Cascineei le soir le théâtre. Je viens de vivre de la vie de Florence, de la Florence des grands-ducs; car, à vrai dire, les mœurs ne sont pas encore très-modifîées, bien que Garibaldi soit aux portes de Naples.
Le matin, j'ai de longues conversations politiques au palais Pitti, avec mon vieil ami Fernand de Perron, secrétaire intime du prince de Carignan, qui gouverne la Toscane, avec le baron Ricasoli. — La tranquillité est parfaite, dans ce pays hier encore en révolution. On finit par s'habituer en Italie à ces