‹ Journal d'un diplomate en Italie: notes intimes pour servir à l'histoire du second empire. TurinChapitre 3 sur 41 · III · texte numérisé non relu

III

exprime, comme dans des lettres familières, sans contrainte et avec une entière liberté. Les jugements que je portais alors sous l'influence du moment sont peut-être empreints de trop de personnalité et de passion; toutefois, les événements qui se sont succédé depuis sont loin d'avoir modifié mes idées. Il me suffira de dire que je n'ai pas ajouté une ligne à ces pages et que j'en ai retranché beaucoup.

La première partie de ce journal a trait aux événements qui se passèrent à Turin pendant le temps où je résidai dans celte ville comme secrétaire de la légation de France depuis le mois de septembre 1859 jusqu'au mois de mars 1862.

La secondepartie, écrite à Rome, comprend une période de trois années, novembre 1862, — janvier 1866, d\irant lesquelles je fis partie, comme secrétaire, de l 'ambassade dirigée d'abord par le prince de la Tour d'Auvergne, ensuite par le comte de Sartiges.

(lEnaT d'Ideville.

Ayant eu l'heureuse fortune d'assister à de grands événements et de me trouver en rapport avec les hommes qui en furent les principaux acteurs, je n'ai pas cessé, suivant en cela une habitude d'enfance, d'écrire sous l'impression même du moment, les faits tels qu'ils se passaient devant moi. Ces notes n'ont d'autre mérite que celui de traduire exactement les pensées qui m'agitaient alors et de me rappeler une des époques les plus intéressantes de ma vie.

Certaines appréciations sur les faits, certains jugements sur les hommes sembleront peut-être trop passionnée et trop enthousiastes; ce défaut résulte de l'indépendance du caractère et de la sincérité parfois trop grande de la personne qui a écrit ces notes. Au reproche qui pourrait m'ètre adressé d'avoir suivi avec trop d'intérêt les événements, d'avoir épousé avec trop de chaleur les querelles d'un pays qui n'est pas le mien, je répondrai en avouant sincèrement que j'ai été, en effet, attiré et séduit par la personnalité du comte de Gavour. Il ne m'a pas été possible de voir, sans émotion et de sang-froid, cet homme de génie aux prises avec des adversaires de tout genre, luttant jusqu'à la dernière heure pour la grandeur de son pays.

J'ajouterai en même temps que, loin d'avoir ébranlé et faussé mes sentiments, l'admiration et la sympathie que m'inspirait le comte de Cavour m'ont été fort utiles, en m'apprenant à discerner les grands hommes des ambitieux et des intrigants. C'est ainsi quej'ai pu, sans cesser d'êire pour cela conséquent avec moi-même et fidèle aux intérêts politiques de mon pays, m'incliner devant les efforts du grand Italien et éprouver, en même temps, pour certains hommes qui se prétendent honunes d'État, une singulière mais légitime répulsion.

Paris, mai 1802

JOURNAL

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